Colonna le taiseux se met à causer

JUSTICE Au deuxième jour de son procès...

Bastien Bonnefous

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Même s'il "reste un patriote corse", Yvan Colonna a assuré mardi avoir quitté tout militantisme nationaliste dès 1990, huit ans avant l'assassinat de Claude Erignac, dénonçant une enquête "à charge" qui le désigne à tort comme le meurtrier du préfet.

Même s'il "reste un patriote corse", Yvan Colonna a assuré mardi avoir quitté tout militantisme nationaliste dès 1990, huit ans avant l'assassinat de Claude Erignac, dénonçant une enquête "à charge" qui le désigne à tort comme le meurtrier du préfet. — Olivier Laban-Mattei AFP

Lundi soir, au terme de la longue première journée de son procès, Yvan Colonna avait préféré «parler plus tard». Hier, l'assassin présumé du préfet Erignac a tenu promesse. Dès le début de l'audience, interrogé par le président de la cour d'assises spéciale de Paris, Colonna attaque. «D'abord, monsieur le président, je veux revenir à hier soi », dit-il avec son fort accent corse. Com­mentant l'enquête qui avait été détaillée, le berger de Cargèse, âgé de 47 ans, accuse. «Tous les éléments à décharge ont été écartés, les témoignages en ma faveur ont été tronqués», s'énerve-t-il. Au pilori, l'instruction des juges Le Vert et Thiel, qui témoigneront le 28 novembre: «Il faut à tout prix que Colonna soit un activiste radical, alors on construit à charge!», affirme le prévenu. A plusieurs reprises, il interrompt avocats ou procureur: «Vous vous rendez compte de l'absurdité de votre question, maître?», «Qu'est-ce que c'est que cette histoire?», «Laissez-moi finir!», les provoque-t-il.

Retraçant son parcours, Colonna affirme avoir cessé tout militantisme nationaliste à la fin des années 1980. «J'ai eu un tournant dans ma vie, avec mon exploitation agricole à développer et la naissance de mon fils... mais je suis resté un patriote corse.» Il raconte son «arrachement» à 16 ans, quand ses parents s'installent à Nice, «en métropole». Après le bac, il lâchera ses études de sport pour revenir sur l'île, et deviendra éleveur de chèvres. Sur sa vie sentimentale, l'homme Colonna n'aime guère s'épancher. «C'est impératif d'en parler?», demande-t-il, avant d'expliquer «les hauts et les bas» qu'a connus son couple. «Vous allez sourire, monsieur le président, mais là aussi, c'était un peu une prise de recul», plaisante-t-il, reprenant l'expression employée au moment de son arrestation pour justifier sa cavale de quatre ans.

Colonna père. Plusieurs membres de la famille Colonna ont témoigné hier. Le premier, Jean- Hugues Colonna, père de l’accusé, a dit avoir «la certitude qu’Yvan est innocent». Mais l’ex-député PS, âgé de 73 ans, a eu du mal à expliquer pourquoi il a écrit une lettre à la veuve du préfet Erignac le 28 mai 1999, dans laquelle il «demande pardon» à Dominique Erignac. Pour les parties civiles, ce courrier accuse Yvan Colonna. «Oui, j’ai eu des doutes à ce moment-là», s’est énervé Jean-Hugues Colonna. «Mais je ne les ai plus», a-t-il ajouté.

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