Dans la foulée de l'affaire Evrard - ce récidiviste qui a enlevé et violé, en août 2007, le petit Enis à Roubaix, après s'être fait prescrire du Viagra en prison -, le ministère de la Justice s'attaque à la lutte contre les pédophiles. François Guéant, conseiller technique de Rachida Dati, s'apprête à recevoir Latifa Bennari, présidente de l'association l'Ange Bleu et auteure de Pédophilie : prévenir pour protéger (Editions du Rocher). Parmi les mesures à l'étude, la création d'hôpitaux fermés et la systématisation de la castration chimique. Bernard Debré, député UMP, a déposé fin septembre une proposition de loi visant à obliger les délinquants sexuels à subir une piqûre anti-libido tous les trois mois, dès leur incarcération. «J'ai remis le texte à Roselyne Bachelot, qui n'est a priori pas contre», nous explique-t-il.

Aujourd'hui, seuls les volontaires peuvent suivre ce traitement anti-testostérone, sous forme de comprimés. Mais en raison du secret médical, impossible de savoir combien des 12.000 condamnés pour pédophilie, viol ou inceste le suivent.

Surtout, ce médicament est loin d'être satisfaisant. Serge Stoléru, chercheur à l'Inserm, estime qu'imposer un traitement n'empêchera pas la récidive, «car s'il est mal accepté, il peut être contourné». Il recrute actuellement des agresseurs sexuels prêts à tester un programme associant médicaments et aide psychologique. Voilà la clé de la lutte, selon la présidente de l'Ange Bleu. Pour elle, «la pédophilie n'est pas un mal qui se soigne à coups de piqûres. On rassure la société avec cette solution, mais l'accompagnement humain est bien plus efficace contre la récidive.»

Dans un courrier que l'association nous a remis, Patrice, incarcéré, assure aussi que «l'écoute est fondamentale. Nos psychismes sont plus complexes que ceux du dealer ou du voleur de voitures. Il suffirait parfois d'apporter un peu de chaleur pour réveiller la conscience en veille.» Le gouvernement, pressé par l'opinion publique, privilégiera- t-il la prévention plutôt que la répression? Pas sûr.

 

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