«Actuellement, on laisse le loup dans la bergerie»

INTERVIEW – Pieter, 42 ans, SDF, pédophile récidiviste qui a arrêté son traitement de castration chimique...

Recueilli par L. de C.

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Il y a cinq mois, en octobre 2007, «20 Minutes» avait rencontré Pieter, 42 ans, un pédophile multirécidiviste, condamné six fois pour attentats à la pudeur et agressions sexuelles caractérisées sur des garçons et des filles de 8 à 12 ans. Libre, il errait dans les jardins d’enfant à Paris. Et confiait qu’il craignait de repasser à l’acte, malgré le traitement de castration chimique qu’il suit volontairement, et malgré la surveillance de la police. Certes il n’est pas concerné par la loi relative à la rétention de sûreté, publiée ce mardi au Journal Officiel, puisqu’il n’a jamais été condamné à une peine de quinze ans de prison. Mais le risque de récidive est réel. Depuis la rencontre, Pieter a arrêté son traitement. Et lutte plus que jamais contre ses pulsions.  

Quel est votre parcours, en quelques mots?

Je suis sorti de prison il y a un an et demi, après avoir été condamné six fois pour attentats à la pudeur et agressions sexuelles caractérisées sur des garçons et des filles de 8 à 12 ans. J'étais animateur en centre de vacances. A l'époque, j'entrais en contact avec les enfants par le biais spécieux de l'affectif. Je pensais que sans violence physique, le traumatisme serait moindre. Jusqu'à ma deuxième incarcération, j'étais convaincu que c'était les enfants qui m'avaient provoqué : je me considérais comme une victime de la justice. Et puis petit à petit, j'ai compris que j'avais transposé une sexualité d'adulte sur des attitudes enfantines. Que je suis le seul coupable, l'enfant étant un être d'innocence.

Pourquoi avez-vous demandé à être castré chimiquement?

Je n'aime pas ce terme, que je trouve trop barbare. Je préfère parler de comprimés Androcur, que je prends trois fois par jour. Ça minore mes pulsions, ça diminue mes fantasmes. Je n'oublie jamais de les prendre parce que je ne peux tout simplement pas me permettre de jouer à la roulette russe : je n'ai pas peur de la prison, mais de refaire des victimes. Sans ce traitement, mes instincts de prédateur reviendraient. Parfois, je n'ai plus envie de le prendre, par dégoût ou colère. Mais je m'y tiens. Je ne souhaite pas récidiver.

Etes-vous sûr que ce traitement vous empêche de repasser à l'acte?

Je ne suis sûr de rien. Je ne souffre pas d'une tumeur, qu'on peut guérir. Mon problème, je l'ai à vie. Alors la seule solution, c'est d'apprendre à le gérer. Le médicament n'éradique rien. Seule la volonté de l'individu peut l'empêcher de passer à l'acte. Si je suis fatigué, en colère ou frustré, n'importe quoi peut arriver. Ce n'est pas le sexe qui agit, c'est le cerveau.

Vous n'avez pas le droit de fréquenter des lieux où se trouvent des mineurs (école, piscine, etc.). Mais vivant dans la rue, vous en croisez forcément...

Oui, je joue même avec certains enfants dans les terrains de jeu. On fait du foot ensemble. Ce qui m'a valu de me faire embarquer par la BAC et placer en garde à vue une dizaine de fois. Mais je suis prêt à ça pour jouer avec les enfants. Dans ma tête, je n'ai qu'une seule envie : arriver à une relation physique avec l'un d'eux. Mais depuis ma sortie de prison, je me contente de rapports honorables. Les contacts réguliers avec eux sont un dérivatif. Le sevrage pur et dur serait une catastrophe.

Quelle solution serait envisageable pour vous protéger de vous-même et pour protéger la société?

La solution miracle n'existe pas. Peut-être que plus d'humanité dans la manière dont la société perçoit les agresseurs sexuels nous aiderait. Même si on est des monstres, ce n'est pas en nous renvoyant systématiquement cette image-là qu'on va devenir moins pervers. Il faudrait créer des lieux d'écoute, où on ne serait pas jugé, et où on pourrait s'exprimer en toute sincérité. Aujourd'hui, il n'en existe pas, à part à l'association l'Ange Bleu. On laisse le loup dans la bergerie. Mais je mets ma main à couper que si j'avais rencontré l'association plus tôt, je n'aurais jamais récidivé.

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