Des membres de sociétés militaires privées en Irak
Des membres de sociétés militaires privées en Irak - AFP
Pierre Marziali, vous dirigez la société Secopex qui se définit elle-même comme une «société militaire privée» (SMP) sur le modèle anglo-saxon. Un cas unique en France. Outre des activités traditionnelles de sécurité en France, votre filiale CSA International est tournée vers des activités vraiment militaires. De quoi s'agit-il exactement?
Nous assurons des missions de formation et de conseil militaire ainsi que des opérations en milieux hostiles à l'étranger. Contrairement aux autres sociétés françaises sur ce créneau, nous n'avons pas peur de nous afficher car ce que nous faisons n'est pas du mercenariat. Nous travaillons pour des Etats souverains ou des entreprises - surtout pétrolières et gazières - avec des contrats de droit français. Nous sommes toujours accrédités dans les pays dans lesquels nous intervenons. Bref, nous sommes très loin de l'image Bob Denard. Nous travaillons avec 1.500 à 2.000 profils - essentiellement des anciens militaires - qui exercent une quarantaine de métiers différents, de pilotes d'hélicoptère à nageurs de combat ou démineurs. Ils gagnent, selon les missions, de 5.000 à 13.000 euros par mois.

Etes-vous engagés dans des combats à l'étranger?
Nous apportons du personnel de soutien aux forces engagées...

C'est-à-dire, concrètement?
Nous entraînons des troupes, les conduisons, les soignons, faisons de la protection rapprochée, sécurisons des sites sensibles... Nous ne combattons pas, même si nos agents sont habilités à se défendre par les armes.

Quel est le statut juridique des SMP en France?
Le vide juridique est total. Aucun texte n'autorise ni n'interdit les activités militaires privées. Mais si le nombre de sociétés se multiplient, il faudra réglementer la profession pour des raisons déontologiques. L'absence de statut en France - les SMP sont très réglementées dans les pays anglo-saxons - nous empêche de répondre par exemple au marché public européen pour sécuriser l'Afghanistan. Nous décrochons nos contrats actuellement par réseaux et connections dans le «pré carré» de la France, essentiellement en Afrique et au Moyen-Orient.

Avez-vous envoyé des collaborateurs en Irak où les SMP sont très présentes?
Nous avions des contrats de convoyage sécurisé d'Amman à Bagdad mais le quai d'Orsay nous a interdit d'y aller. Une demande est étudiée actuellement pour nous laisser le feu vert. Avec l'actuel gouvernement, je suis confiant.

L'Etat français sous-traite-t-il des missions, comme les Etats-Unis?
Pas encore mais des discussions sont en cours. Car la réduction des effectifs militaires va contraindre l'Etat à faire appel à nous. L'armée ne peut plus se permettre d'utiliser les forces spéciales pour certaines opérations non-combattantes comme la sécurisation de sites stratégiques ou le nettoyage d'infrastructures, en Afrique notamment. Au niveau financier également, l'Etat a intérêt à passer par nous pour des missions limitées dans le temps. Font donc l'objet actuellement de consultations la possibilité de nous attribuer la sécurisation d'ambassades mais aussi le raccompagnement aux frontières de sans-papiers ou l'accompagnement de prévenus aux tribunaux en France même.

Les SMP, un secteur d'activités qui a donc de l'avenir?
En 1991, lors de la guerre du Golfe, il y en avait un agent privé pour 50 militaires. En 2003, au début de la seconde guerre d'Irak, il y en avait un pour dix. Le marché est aujourd'hui de 100 milliards de dollars dans le monde. D'ici 2010, il aura doublé.

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