L'écrivain et académicien Alain Decaux, le 3 juin 2013 à Paris
L'écrivain et académicien Alain Decaux, le 3 juin 2013 à Paris - JOEL SAGET AFP

Alain Decaux, décédé dimanche à 90 ans, était devenu au fil de ses émissions de radio et de télévision l'historien préféré des Français, un talent de passeur salué dimanche par la classe politique et ses confrères écrivains et historiens.

Élu à l'Académie française en 1979, ministre de la Francophonie du gouvernement Rocard (1988-1991), ce grand conteur et vulgarisateur a créé et animé plusieurs émissions devenues cultes.

«Il a fait aimer l’Histoire, grâce à ses nombreux livres et à ses émissions qui ont captivé le public à la radio et à la télévision», a indiqué François Hollande dans un communiqué.

La ministre de la Culture Audrey Azoulay a salué un «passeur, prescripteur, véritable griot de l'Histoire» qui «a incarné avec panache l'ambition d'une histoire pour tous».

Martine Aubry a exprimé son «émotion» à la mort de ce Lillois, parrain d'un prix de la Francophonie porté par la Fondation de Lille. «Comme tous les Français, il m’avait fait vivre l’Histoire, avec son talent de conteur et même d’imitateur dans les rencontres plus privées».

Xavier Bertrand, président de la Région Hauts-de-France, a salué une «véritable voix de l'Histoire pour le grand public» et qui était «particulièrement attaché à son territoire».

Si Alain Decaux fut tout d'abord un peu «snobé» par les «vrais» historiens, lui qui n'avait pas de cursus universitaire, ils sont nombreux aujourd'hui à saluer son travail passionné.

«Au début de ma formation d'historien, il n'était pas bien vu», a témoigné l'historien Fabrice d'Almeida sur France Inter. «C'était l'époque où dominait l'histoire économique et sociale, et Alain Decaux défendait l'histoire par l'événement, la confidence, la psychologie. Il nous fascinait mais il était critiqué. Il a fait partie des gens contre lesquels se construisait l'histoire académique».

- «Il rendait l'histoire romanesque»-

«Il a surtout fait aimer l'histoire aux Français», a réagi l'historienne Hélène Carrère d'Encausse sur BFM TV, saluant «un ami très cher et un talent exceptionnel».

L'écrivain Erik Orsenna a salué «un formidable professeur, d'un savoir fraternel» sur France Inter. «J'ai eu l'immense privilège de le croiser assez souvent. Malade, il continuait à sourire. Ce qui restera de lui c'est la bonté, la bienveillance. Je lui dis +merci+ comme élève, comme Français et comme ami.»

Jean-Christophe Rufin, médecin, historien et académicien comme Alain Decaux souligne avoir «eu le bonheur de le connaître à l'Académie française où il m'a entouré, donné beaucoup d'affection, nous étions amis. Il m'a donné le goût de l'histoire, il rendait l'histoire romanesque».

Né le 23 juillet 1925 à Lille, fils d'avocat, Alain Decaux a d'abord étudié le droit à Paris et suivi des cours d'histoire à la Sorbonne, sans se soucier d'obtenir un diplôme. Il publie son premier livre, «Louis XVII retrouvé», en 1947 et est couronné par l'Académie française, trois ans plus tard, pour son second ouvrage, «Letizia».

Conteur hors pair, il crée en 1951 «La tribune de l'histoire» à la radio, qui sera diffusée pendant 46 ans ( 1951 à 1997). En 1956, c'est le tour de la télévision avec «La caméra explore le temps» (avec Stellio Lorenzi et son complice André Castelot), qui ne s'arrêtera que dix ans plus tard.

De 1969 à 1987, dans «Alain Decaux raconte», «Alain Decaux face à l'histoire», puis «Le dossier d'Alain Decaux», il occupe le petit écran chaque mois pendant une heure, traitant d'un personnage ou d'un événement historique.

Dialoguiste du film «Les misérables» (1982) de Robert Hossein, avec qui il aura une intense collaboration artistique, il est aussi biographe de Victor Hugo et admirateur d'Alexandre Dumas, à qui il consacre en 2010 un «Dictionnaire amoureux», et de Sacha Guitry, dont il était l'ami intime.

France Inter rediffusera dimanche à 21H00 la «Radioscopie» qui lui avait été consacrée en 1977.

Mots-clés :

  • Aucun mot-clé