Aurélie Dauvin, auteur d'«A perte de vue» (Max Milo éditions), plaide pour une meilleure intégration des élèves handicapés…

Enfant malvoyante, votre famille a insisté pour que vous suiviez une scolarité en milieu ordinaire...

Ce choix, très bénéfique, ne s'est pas fait sans mal ! Du fait des préjugés, le handicap - sensoriel ou moteur - est souvent associé à l'idée de handicap mental. En CP, l'instituteur voulait me mettre dans une classe à part, avec des enfants qui avaient des retards d'apprentissages. Mais je n'avais aucun retard ! La scolarisation ordinaire est la meilleure solution, si l'on donne à l'élève les aides adaptées. Cela éveille les autres enfants à la tolérance et prépare mieux à l'insertion dans le monde du travail.

Vous êtes aujourd'hui enseignante. Depuis votre enfance, la scolarisation des enfants en situation de handicap a fait un bond en avant, non ?

Il y a des textes légaux, très beaux. Et des situations concrètes, moins évidentes. Les progrès sont indéniables. L'inscription en milieu ordinaire est facilitée, et l'enfant est entouré d'adultes qui l'appuient : une éducatrice, un auxiliaire de vie scolaire (AVS)... Moi, à l'époque, c'était : « Voilà une lampe, une table, débrouille-toi ! » Mais il reste des questions en suspens. Les AVS ne sont pas toujours bien formés au handicap de l'élève qu'ils vont accompagner, et leur statut est précaire.

Et du côté des enseignants ?

Les nouveaux auront eu quelques heures de formation dans les IUFM, mais pour ceux qui sont déjà en poste, il n'y a rien ! Alors qu'il est urgent qu'ils apprennent à ne pas avoir peur du handicap. Ce sont des enfants qui me frappaient dans la cour de l'école, mais ce sont des adultes qui m'ont rejetée. Au collège, mes parents ont demandé au professeur de mathématiques de dicter à voix haute en même temps qu'il écrivait au tableau, afin que je puisse suivre. Il a refusé, «pour ne pas changer de méthode pédagogique»...

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