Un crocquis d'audience de Jamel Leulmi, jugé en appel le 19 janvier 2016 à Paris pour avoir tué sa femme, puis tenté de faire assassiner une autre compagne afin de toucher des assurances-vie
Un crocquis d'audience de Jamel Leulmi, jugé en appel le 19 janvier 2016 à Paris pour avoir tué sa femme, puis tenté de faire assassiner une autre compagne afin de toucher des assurances-vie - BENOIT PEYRUCQ AFP

Un sentiment «d'étrangeté», mais un verdict implacable: l'insondable Jamel Leulmi a été reconnu coupable, vendredi en appel, d'avoir tué sa femme et d'avoir tenté d'assassiner une compagne pour toucher des millions d'euros en assurance-vie.

L'accusé, qui le matin avait une dernière fois clamé son innocence, a été condamné après quatre semaines de débats à trente années de réclusion criminelle, la même peine qu'en première instance, mais assortie cette fois d'une période de sûreté de 18 ans.

Après la lecture du verdict, trois femmes sont tombées dans les bras les unes des autres, sanglotant et riant: la mère de la première victime, Kathlyn Vasseur, la deuxième victime Julie Derouette, et une dernière conquête de ce playboy adepte de gonflette, Karine T.

Kathlyn Vasseur, Julie Derouette et Karine T. avaient souscrit en faveur de l'ancien professeur de lycée professionnel des contrats d'assurance-vie pour des montants mirobolants.

La mère de Kathlyn et les deux jeunes femmes ont ensuite, avec leurs soutiens, manifesté leur joie dans les couloirs du Palais de Justice de Paris, prenant de nombreuses photos et criant «Hip hip hip, hourra!».

L'avocat général, qui avait requis la perpétuité pour un «être manipulateur et cupide», avait calculé que si ces trois femmes avaient trouvé la mort dans un accident, Jamel Leulmi aurait touché plus de dix millions d'euros.

L'accusé a dans les faits touché un million après la mort de Kathlyn Vasseur, en 2007 dans des circonstances restées troubles: un accident de vélo, la nuit, sur une petite route.

Des témoins ont raconté avoir trouvé Jamel Leulmi couché de tout son long sur sa femme, dans un fossé au bord de la route.

Julie Derouette a elle survécu avec de sérieuses séquelles, à un accident de la route et à une agression en 2009 au Maroc. Là aussi la nuit, là aussi sans témoins, là encore sans que l'enquête ne fasse la lumière sur les faits.

Jamel Leulmi avait ensuite eu une liaison avec Karine T., jeune femme rencontrée dans un club échangiste, décrite comme quasi illettrée.

- Les femmes comme «nourriture»-

Trois femmes, une histoire: celle d'une passion amoureuse dévorante pour Jamel Leulmi - un «éblouissement», a dit Me Caty Richard, avocate de Julie Derouette -, qui les conduit à signer très vite des placements sans aucun rapport avec leurs revenus.

Un rapport d'expertise psychiatrique a estimé que le «serial séducteur» voyait les femmes comme une «nourriture», charnelle et financière.

L'un des avocats des parties civiles, Me Jean Boudot, avait dit de cet accusé, stoïque à l'annonce de sa peine, qu'il lui inspirait «un sentiment de terreur».

Mais pour sa défense, qui a plaidé l'acquittement, et qui réfléchit à un pourvoi en cassation, ni les enquêtes très lacunaires ni les deux procès n'ont apporté de preuve irréfutable de culpabilité.

«Il reste un sentiment d'étrangeté, d'incompréhension, qu'on a essayé d'apaiser en plaquant une hypothèse criminelle», a déploré Me Christian Saint-Palais.

«Vous pourriez en mettre vos mains à couper, qu'il est coupable?», avait demandé aux jurés Me David-Olivier Kaminski.

Faute de pouvoir cerner Jamel Leulmi, le procès aura beaucoup tourné autour des femmes de cette affaire: les victimes, bien sûr, mais aussi sa compagne Céline David, soutien indéfectible depuis des années.

L'avocat général, au grand dam de la défense, avait appelé les jurés à s'interroger sur le rôle de cette jeune femme aux très longs cheveux châtain, avec qui Jamel Leulmi a eu un enfant pendant sa détention.

Selon lui Céline David, qui a été entendue par les enquêteurs sans que rien ne soit retenu contre elle, apparaît «en filigrane» dans toute l'affaire, recueillant l'accusé après son veuvage, ou lui fournissant des alibis. «Faites-la coffrer alors!», s'était indignée Me Françoise Cotta, pour la défense.

Laquelle défense n'a pas épargné les femmes du camp d'en face, traquant les incohérences dans les déclarations de Julie Derouette, survivante au caractère bien trempé. Ou s'interrogeant sur la faiblesse intellectuelle attribuée à Karine T.

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