Le chef du parti Les Républicains, Nicolas Sarkozy, le 4 février 2016 sur le plateau de "Des paroles et des actes" à Paris
Le chef du parti Les Républicains, Nicolas Sarkozy, le 4 février 2016 sur le plateau de "Des paroles et des actes" à Paris - KENZO TRIBOUILLARD AFP

Deux magistrates financières ont clos leur enquête sur les écoutes de Nicolas Sarkozy, qui fait planer sur l'ex-président et probable candidat à la primaire à droite pour 2017 la menace d'un procès en correctionnelle pour corruption, a affirmé samedi une source judiciaire.

Désormais président du parti Les Républicains, l'ancien chef de l'Etat est soupçonné d'avoir tenté d'obtenir, auprès d'un haut magistrat, des informations couvertes par le secret en marge d'un dossier judiciaire le concernant, l'affaire Bettencourt. Il contestait la saisie de ses agendas après avoir bénéficié d'un non-lieu.

Ces soupçons lui ont valu, à l'été 2014, de devenir le premier ancien président placé en garde à vue. Il est mis en examen pour «corruption active», «trafic d'influence actif» et «recel de violation du secret professionnel».

En échange des informations souhaitées, dans des conversations téléphoniques avec son avocat historique Thierry Herzog, Nicolas Sarkozy dit son intention d'intervenir en faveur de ce magistrat, Gilbert Azibert, qui guignait un poste de prestige à Monaco. Nicolas Sarkozy ne l'a finalement pas fait.

L'ex-président y voit la démonstration qu'il n'a rien à se reprocher. Pour les enquêteurs, ce revirement peut s'expliquer par le fait que les deux hommes viennent alors d'apprendre qu'ont été placés sur écoute leurs téléphones non officiels, dont celui qu'utilise Nicolas Sarkozy sous le nom d'emprunt de Paul Bismuth.

Thierry Herzog et Gilbert Azibert, qui a depuis quitté la magistrature, sont également mis en examen.

La Cour de cassation doit se prononcer le 22 mars sur la validité des écoutes. Initialement ordonnées dans le dossier des accusations de financement libyen de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy de 2007, elles paraissent compromettantes pour les trois hommes, dont les avocats, sollicités samedi par l'AFP, n'ont pas souhaité réagir.

Le 5 février 2014, Thierry Herzog explique que Gilbert Azibert est optimiste sur la décision attendue. «Moi, je le fais monter», répond Nicolas Sarkozy. L'avocat évoque l'intérêt du magistrat pour le poste de Monaco. «Je l'aiderai», insiste l'ancien chef de l'Etat, sans détail. Selon Me Herzog, Gilbert Azibert lui aurait dit qu'il n'osait pas demander «un coup de pouce». «Je lui ai dit: +Tu rigoles avec ce que tu fais...», dit Me Herzog.

- «Les deux dames» -

Le 11, sur leurs portables non officiels, les deux hommes conviennent de se rappeler sur la ligne officielle de Nicolas Sarkozy, qu'ils savent surveillée. L'ex-chef de l'Etat ironise sur «ces messieurs qui nous écoutent».

Le 23, alors que l'ex-président doit se rendre dans la Principauté, Me Herzog lui rappelle «de dire un mot pour Gilbert». Nicolas Sarkozy acquiesce. Gilbert Azibert est dans les favoris, mais «si tu donnes un coup de main, ce sera toujours mieux», dit l'avocat le lendemain. Nicolas Sarkozy dit qu'il fera «la démarche» dans les deux jours, ce qu'il réitère le 25.

Mais le lendemain, il explique avoir renoncé: «ça m'embête de demander quelque chose» pour quelqu'un qu'il ne connaît pas bien.

Mais l'enquête est lancée et le 4 mars, Gilbert Azibert évoque avec son épouse les perquisitions qui viennent de le viser: «T'aurais mieux fait de pas aller discuter avec ce Sarko toi!» dit celle-ci qui lui reproche d'être allé «magouiller avec Sarkozy».

La clôture des investigations ne signifie pas que l'épilogue est imminent. Vraisemblablement après l'arrêt de la Cour de cassation, le parquet national financier (PNF) doit prendre ses réquisitions, de non-lieu ou de renvoi en correctionnelle. La décision reviendra ensuite aux deux juges.

Nicolas Sarkozy, qui réfute toute volonté de corrompre et voit dans cette thèse une «insulte à (son) intelligence», a mis en doute leur impartialité politique, tentant en vain d'obtenir la récusation de Claire Thépaut fin 2015. En garde à vue et lors de son interrogatoire, il n'avait pas caché son agacement contre celles qu'il a désignées comme «les deux dames».

Les trois mis en examen peuvent également demander de nouveaux actes d'instruction et contester des refus.

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