Des migrants traversent un champ boueux après avoir passé la frontière serbo-macédonienne près du village serbe de Miratovac, le 27 janvier 2016
Des migrants traversent un champ boueux après avoir passé la frontière serbo-macédonienne près du village serbe de Miratovac, le 27 janvier 2016 - ARMEND NIMANI AFP

«L'élan du coeur est sans cesse entravé»: malgré un bref élan de solidarité à la mort du petit Aylan, les ONG peinent à faire jouer la générosité pour les réfugiés, malgré des besoins comparables à ceux des catastrophes naturelles.

La photographie du petit Syrien de trois ans, retrouvé noyé sur une plage turque en septembre, avait été reçue comme un électrochoc. «Pendant une semaine à dix jours, on a observé un pic de dons en ligne, multipliés par trois ou quatre par rapport à la normale», affirme Mélanie Cagniart, responsable de la collecte chez Médecins sans frontières (MSF).

«Mais c'est retombé très vite», soupire-t-elle. Entre-temps, il y a eu les attentats de novembre, et la découverte que certains des kamikazes s'étaient mêlés au flot des réfugiés pour entrer en Europe.

«Les gens n'ont pas arrêté de donner mais il y a eu un état de sidération et la jauge est descendue à un niveau extrêmement bas», ajoute la responsable, qui note qu'en matière humanitaire, «il faut qu'il y ait un élan du coeur, sans parasitage. Et là on est typiquement sur une situation où l'élan est sans arrêt entravé».

Même constat chez Médecins du monde, qui a vu la collecte «très nettement en baisse» à partir de mi-novembre, selon Benoît Duchier, responsable de la collecte, qui parle d'un sujet «pas très fédérateur».

La hausse des demandes d'asile, quoique très inférieure à celle enregistrée en Allemagne (80.000 contre plus d'un million), les agressions du Nouvel An à Cologne, sont aussi de nature à alimenter des inquiétudes.

Et cela complique le travail des ONG. «Une catastrophe naturelle, médiatisée, spectaculaire, n'a pas cet aspect politique des conflits qui est clairement un frein à la générosité», note Renaud Douci, responsable de la communication à Solidarités International. «Les besoins sont pourtant au moins aussi sévères, et en général les mêmes: un accès à l'eau, à l'hygiène, à un abri, à de la nourriture...»

A titre d'exemple, l'ONG avait collecté 600.000 euros après le séisme au Népal l'an dernier, dont 60.000 les trois premiers jours. Pour les réfugiés, le total de 2015 plafonne à 110.000 euros.

- «Réactions négatives» -

Le contexte économique n'arrange rien. «On le remarque tout de suite au téléphone. Les gens nous disent: j'ai déjà mon fils à charge, pourquoi vous n'aidez pas les SDF en France, je suis au chômage depuis cinq ans...», affirme M. Douci.

Il y a aussi, selon Mme Cagniat de MSF, des «réactions négatives qu'on n'a pas d'habitude». «Les gens demandent: +Est-ce votre rôle de vous substituer à l'Etat+? D'autres nous disent: +Arrêtez d'encourager les migrants à continuer leur chemin dans l'illégalité vers un pays qui n'a pas les moyens de les accueillir+».

Aussi les ONG doivent-elles plus que jamais accentuer l'aspect humain dans leurs collectes - à l'image de Solidarités International qui a lancé une campagne cette semaine sous le slogan «Aidons-les à rester dignes».

La campagne propose aux internautes l'achat de «kits dignité» composés de savon, peigne, dentifrice... qui seront ensuite distribués dans les campements de pays où l'ONG est active.

Chaque kit coûte sept euros. Un «kit famille» vaut 35 euros. Mais le don est possible à partir d'un euro, qui représente symboliquement l'achat d'un des éléments de la trousse de toilette.

«Quelqu'un qui donne veut savoir ce que représente son don concrètement. A l'euro près, il faut dire à quoi cela va servir», explique M. Douci.

Transparence, explication... la communication doit beaucoup jouer sur l'identification. «Il faut raconter les parcours de ces gens, montrer que n'importe qui, dans ces conditions, aurait fait la même chose», estime Benoît Duchier de MdM.

Mais la lassitude pointe face à cette crise qui semble promise à durer.

«La question qui se pose, c'est: et après?», s'interroge Mélanie Cagniart. «Est-ce qu'on va continuer pendant des années à demander aux gens de financer des kits humanitaires?»

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