« La première fois que je suis venu, Le Lescot m’a fait penser à une maison close, les clients s’abordent avant de rejoindre l’étage : “on monte ?” » Tristan, une cigarette japonaise au bec, s’apprête à passer une bonne partie de l’été au bar-hôtel Le Lescot*, qui héberge le Club de go de Paris depuis 1994, au coeur des Halles. Il arrive que des clients accros de stratégie, captivés par les « pierres » (pions) qu’ils posent sur le go-ban (plateau) de 361 cases, prolongent leur partie à l’hôtel, après la fermeture du bar. Ils sont près de 10 000 en France à conquérir des « territoires » et priver leurs adversaires de « libertés ». « Le but n’est pas de tuer l’adversaire, explique un habitué, le go est un jeu de partage. » Les joueurs se présentent selon leur niveau, calqué sur les grades d’arts martiaux : une première « dan » pourra jouer une partie équilibrée avec un débutant en concédant un handicap. Le mercredi soir, les initiés conseillent les novices, qui découvrent que ce jeu révèle parfois les tempéraments jaloux, agressifs ou orgueilleux, autant de péchés qui mènent à la défaite. Une partie de go peut ne jamais finir, aussi la coutume veut que le joueur qui obtient le score le plus faible reconnaisse sa défaite, plutôt que de compter sur la lassitude de son adversaire pour retourner la situation. Des érudits racontent, entre deux verres, qu’un prince chinois si désespéré par la médiocrité de son fils dans l’art de la guerre ordonna à ses conseillers d’inventer ce jeu qui développe l’intelligence tactique. Alain Borrel, ex-président du Club de go de Paris, apprécie peu ces métaphores guerrières : « C’est un jeu mystérieux dont on a trouvé les premières traces au Tibet, il y a 6 000 ans. Les pierres posées sur le go-ban servaient peut-être à dénombrer les récoltes des villages. » Le go fascine par la simplicité de ses règles et son nombre quasi infini de configurations possibles. Aucun ordinateur n’a jamais pu battre un champion de go. Pour toutes ces raisons, les joueurs sont prêts à tout pour apprendre les règles aux novices. Au Lescot, comme dans les clubs de quartier très conviviaux, on racole activement, pour l’amour du go. Octave Bonnaud *Mº Les Halles. Le club est ouvert de 15 h à 2 h du matin. Pour des infos sur les clubs de quartier, consultez www.chez.com/blorer

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