«La fin de carrière de Jean-Marie Le Pen»

EXTREME-DROITE – Le politologue Jean-Yves Camus analyse la contre-performance du FN…

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Le candidat FN à la présidentielle Jean-Marie Le Pen a accusé dimanche Nicolas Sarkozy d'être un "emblème" de la "racaille politicienne", lui reprochant de n'avoir "qu'une nationalité, la nationalité sarkozienne", dans une réunion publique à Paris.

Le candidat FN à la présidentielle Jean-Marie Le Pen a accusé dimanche Nicolas Sarkozy d'être un "emblème" de la "racaille politicienne", lui reprochant de n'avoir "qu'une nationalité, la nationalité sarkozienne", dans une réunion publique à Paris. — Martin Bureau AFP

Jean-Yves Camus, chercheur associé à l’Iris et auteur de «Les extrémismes en France : faut-il en avoir peur?» (éd. Milan), analyse le score de l’extrême droite :

Jean-Marie Le Pen fait un score nettement inférieur à celui de 2002. Comment l’expliquer ?

Deux raisons à cela : le fort taux de participation et le vote utile en faveur de Nicolas Sarkozy. Ce chiffre prouve que les électeurs indécis n’étaient pas des abstentionnistes et que les 1,6 million de nouveaux électeurs ont été un réservoir de voix pour les candidats démocratiques. Ce n’est pas une surprise car le résultat très fort de Le Pen de 2002 était largement provoqué par l’importance de l’abstention. Une abstention très faible cette année. Le fameux vote des banlieues en faveur de Le Pen, dont la presse a fait ses choux gras, a, lui, été un non-phénomène.
Quant au report sur la candidature de Nicolas Sarkozy, elle valide — en dehors du jugement moral que l’on peut porter — la stratégie du candidat UMP à mordre sur l’électorat FN. Le score enlève une épine du pied de Nicolas Sarkozy qui n’aura pas besoin d’aller à une pêche éhontée des voix du FN au second tour. La polarisation du débat entre droite et gauche ne profite jamais aux extrêmes.

Quelles sont les conséquences d’un tel score pour l’extrême droite ?

L’ampleur de la contre-performance du FN est une surprise. Nous assistons à un tournant historique, à la fin d’un cycle pour Le Pen qui revient aux scores qu’il faisait avant les élections européennes de 1984. Les conséquences en interne devraient être importantes puisque la stratégie de dédiabolisation du FN, entreprise par Marine Le Pen, ne manquera pas d’être remise en cause par les militants frontistes. Jusqu’alors, le vote Le Pen était un vote de transgression. Il n’a plus aujourd’hui le même attrait.
Alors que le FN ne sera pas en mesure de peser beaucoup sur les législatives, il va sans doute revenir aux fondamentaux de l’extrême droite. Mais ce soir marque très probablement la fin de carrière de Jean-Marie Le Pen.

Philippe de Villiers fait, lui autour de 3%...

Oui, le président du MPF a fait davantage que ce que pronostiquaient les sondages. Il a indéniablement réussi à récupérer des votes du FN et pourra peser dans l’échiquier politique à droite.

Propos recueillis par Alexandre Sulzer

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