Nicolas Sarkozy a vanté samedi à Châteauneuf-du-Pape (Vaucluse) la "laïcité à la française", en citant l'ancien président socialiste François Mitterrand qui "prenait soin" de poser devant un clocher d'église sur ses affiches électorales.
Nicolas Sarkozy a vanté samedi à Châteauneuf-du-Pape (Vaucluse) la "laïcité à la française", en citant l'ancien président socialiste François Mitterrand qui "prenait soin" de poser devant un clocher d'église sur ses affiches électorales. - Dominique Faget AFP

Des années qu'il ne pense qu'à ça. Des mois qu'il fait la course en tête dans les sondages. Et moins d'une semaine pour réussir à convaincre les sceptiques. A six jours du premier tour, Nicolas Sarkozy nous a accordé une interview où il détaille les premières mesures qu'il prendrait s'il était élu, son calendrier de réformes pour 2006, sa vision de l'université, de la lutte contre le chômage...Toujours en tête dans les dernières enquêtes d'opinion, au premier et au second tour, le candidat de l'UMP se refuse à dire, en public, que tout est joué. Et il se donne un mal de chien pour expliquer, justifier, convaincre. Sa grande différence avec les autres candidats : il ne dit jamais « il faut » mais « je veux ».La dernière ligne droite de sa campagne tourne beaucoup autour des relations entre l'UMP et le FN. Notamment parce que Brice Hortefeux, bras droit historique de Nicolas Sarkozy, s'est prononcé la semaine dernière, pour l'introduction d'une dose de proportionnelle pour les législatives de 2012. Même si le candidat de l'UMP s'est démarqué de cette proposition, il n'en fallait pas plus pour suspecter un appel du pied de la droite à l'extrême droite. Ségolène Royal, sa rivale socialiste, a d'ailleurs dénoncé, hier, « un signe clairement lancé au FN ».En tout cas, il ne sera pas dit que Nicolas Sarkozy n'est pas retourné en banlieue. S'il a soigneusement évité de revenir sur la dalle d'Argenteuil où il avait prononcé le mot « racaille », il s'est rendu à Meaux (Seine-et-Marne) vendredi soir, pour une rencontre tendue - et protégée par de nombreux policiers - avec les habitants d'une cité sensible. Il n'y allait pas pour convaincre son auditoire de voter pour lui, mais plutôt pour montrer à son électorat qu'il peut toujours mettre les pieds en banlieue.

Si vous êtes élu, quelles seront vos premières mesures ?

J’en prendrai quatre principales : exonération de charges et d’impôts sur les heures supplémentaires, cela pour l’employeur comme pour le salarié, exonération d’impôt sur 95% des successions et des donations, déduction des intérêts pour toute personne qui achète son logement, mise en place de peines aggravées pour les multirécidivistes qu’ils soient majeurs ou mineurs. J’ai longuement développé ma vision de la France dans mon dernier livre « Ensemble ».

Avec quelle équipe ?
Avec une équipe restreinte, quinze ministres et pas un de plus. Ce sera une équipe paritaire femme-homme, une équipe ouverte. Mon devoir sera de composer un gouvernement sur la bace de la compétence, du rassemblement et non pas de remercier des amitiés anciennes.

Pour le moment, votre ouverture se limite à Simone Veil et André Santini. Comptez-vous aller plus loin ?

On peut aller plus loin. Un certain nombre de personnalités de gauche pourraient être membres de mon équipe. Je pense à des noms que je ne gênerai pas en les citant maintenant.

Des membres de votre équipe pourraient-ils venir de la société civile ?

Je préfère que les grands ministères soient dirigés par des gens qui ont l’expérience de la politique. C’est une conviction basée sur le bon sens.

Quel est votre calendrier des réformes jusqu’à la fin 2006 ?
Je réunirai les ONG dès la première semaine de mon élection et je leur proposerai d’établir un ordre du jour et un calendrier pour un Grenelle de l’environnement dès septembre. Dès la première semaine aussi, je réunirai les partenaires sociaux pour leur proposer d’engager des négociations sur l’égalité des salaires homme-femme, la qualité du travail, le pouvoir d’achat, le contrat de travail unique, la fusion Assedic-ANPE.

Sur toutes ces questions, vous comptez obtenir des résultats à partir de quand ?

Je fixerai à chaque ministre une lettre de mission avec des objectifs à obtenir. Et on évaluera les résultats chaque année. Je ferai moi-même le point chaque année sur le travail accompli et je comparerai les résultats obtenus et les engagements pris. Parmi ceux-là, je prends l’engagement du plein emploi.

Vous pouvez vous engager plus précisément sur la question du pouvoir d’achat ? Vous pouvez dire aux Français à partir de quand ça ira mieux pour eux ?

Quel est le problème du pouvoir d’achat ? Les prix sont trop élevés, les impôts sont trop lourds, les salaires sont trop bas. Je veux libérer les possibilités de travailler pour tous les Français afin d’augmenter leur revenu. Le pouvoir d’achat n’est pas l’ennemi de l’emploi. Le pouvoir d’achat crée de la croissance, la croissance crée de l’emploi.

Faudra-t-il laisser filer la dette ?
Non, j’ai proposé un certain nombre de mesures pour la réduire : le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux sur cinq ans, la mise en place d’une franchise pour les dépenses de l’Assurance-maladie, la réforme des régimes spéciaux de retraite. Tout cela se passe sur cinq ans, mais il faudra commencer à mieux maitriser les finances publiques dès la première année.

A qui va profiter le bouclier fiscal de 50 % ? Aux plus riches ?
Le problème ne se pose pas ainsi. Ce qui compte pour moi, c’est qu’au début de l’année, il n’y ait pas un seul Français qui se dise que l’Etat va lui prendre plus de la moitié de ses revenus. Je veux faire revenir en France, les créateurs, les innovateurs, les artistes. Quand en France, des gens qui ont de l’argent investissent, ça donne de l’emploi à ceux qui n’en ont pas. La question n’est pas savoir à qui ça va profiter. C’est surtout l’économie donc tout le monde qui va en profiter.

N’aurait-il pas été plus simple pour vous de supprimer l’ISF ?
Avec le bouclier fiscal et la possibilité de déduire 50 000 euros de son ISF si on investit dans une petite entreprise, on arrive au même résultat mais au service de l’emploi. Il est normal que quand on gagne plus d’argent, on paye plus d’impôts. Mais je préfère que cet impôt soit versé pour le développement des PME plutôt que pour financer l’Etat.

La sécurité sociale professionnelle, comment ça marche ? Si je suis licencié, qu’est-ce qui va changer pour moi ?
Tous les licenciés économiques auront un contrat d’un an avec le service public de l’emploi en gardant la même rémunération. Ils ne passeront plus par le chômage. Ce contrat leur permettra d’avoir soit une formation qualifiante, soit un autre emploi. Nul chômeur ne pourra refuser plus de deux fois consécutivement un emploi qui correspond à ses qualifications.

Je suis employeur au 1er janvier 2008, j’ai un carnet de commandes incertain, j’hésite à embaucher. Quel est l’aménagement légal que vous proposez pour résoudre ce problème ?
Tout est fait aujourd’hui pour vous empêcher de donner des heures supplémentaires. Tout sera fait pour distribuer des heures supplémentaires. Il n’y aura aucun risque pour l’entreprise.

Mon autorisation de licencier sera-t-elle facilitée si mon carnet de commandes ne répond pas à mes attentes ?
Je veux négocier avec les syndicats la flexi-sécurité. Je veux limiter la durée que peut prendre un licenciement, mais dans le même temps augmenter les indemnités des salariés.

Votre flexi-sécurité suppose une formation tout au long de la vie professionnelle. Formation qui n’existe toujours pas…
Aujourd’hui, la formation professionnelle, c’est 23 milliards d’euros qui ne sont pas utilisés de manière efficace. De plus, quand un salarié veut être formé correctement, il vaut mieux pour lui qu’il appartienne à un grand groupe international plutôt que d’être dans une petite entreprise qui délocalise. Je veux reconnaître à chaque salarié le droit à une seconde chance, qu’il ait droit à un an de formation qualifiante.

Comment comptez-vous financer votre plan Marshall pour les quartiers populaires ?

Je veux d’abord mener la guerre aux trafiquants de drogue et à l’oisiveté. Mais il faut aussi proposer aux jeunes un emploi. Je négocierai avec les partenaires sociaux l’ouverture des entreprises aux 250 000 jeunes concernés. C’est très bien de moderniser les immeubles, mais si on ne donne pas un emploi ou une formation à ceux qui sont dedans, ça n’a aucun sens. Ça coûtera moins cher de donner une formation ou un emploi à ces jeunes que de les laisser à la loi de la rue.

Ça se fait en combien de temps ?
Je veux que la première année, tous les jeunes qui veulent s’en sortir puissent le faire. Je veux être ferme, mais je veux être juste.

Comment encourager la reprise d’activité pour un chômeur de longue durée ?

Le conseil régional d’Ile de France vient de décider la gratuité des transports pour les Rmistes : c’est le contraire de ce qu’il fait faire car si le Rmiste retrouve un emploi, son transport n’est plus gratuit. C’est le découragement du travail. C’est une différence fondamentale entre la gauche et moi. Je ferai en sorte qu’il n’y ait pas un seul Français qui perde de l’argent en sortant de l’assistanat et en prenant un travail.

Vous avez annoncé que vous vouliez supprimer les organismes inutiles pour faire des économiques. Vous savez déjà lesquels et combien d’argent cela représente ?
Par exemple, il existe toujours un conseil de la politique monétaire de la Banque de France alors que le franc a disparu depuis 2001. Ces organismes pullulent, je ferai un audit dans chacun des ministères.

Est-ce que vos propositions vont dans le sens d’une révolution fiscale à la Ronald Reagan ou structurelle à la Margaret Thatcher?

Pourquoi choisir ? Quand je propose de changer l’Education nationale, ce n’est pas la structure que je veux changer, c’est l’ambition pour l’école. Je veux une école de la transmission où les mots « exigence » et « excellence » reprennent un sens. Ce n’est ni fiscal, ni structurel. C’est simplement un projet de civilisation. Quand je propose la suppression des droits de succession, ce n’est pas pour des raisons fiscales, c’est pour des raisons de valeur : je crois au travail et à la famille.

Vous vous fixez comme objectif de ne laisser aucun enfant sortir du système scolaire sans qualifications. Comment comptez-vous parvenir à cet objectif ?
Par exemple dans les universités, chacun choisira sa filière, mais l’Etat n’est pas obligé de financer les filières qui conduisent au chômage. L’Etat financera davantage de places dans les filières qui proposent des emplois, que dans des filières où on a 5000 étudiants pour 250 places.

Si je veux faire littérature ancienne, je devrais financer mes études ?

Vous avez le droit de faire littérature ancienne, mais le contribuable n’a pas forcément à payer vos études de littérature ancienne si au bout il y a 1000 étudiants pour deux places. Les universités auront davantage d’argent pour créer des filières dans l’informatique, dans les mathématiques, dans les sciences économiques. Le plaisir de la connaissance est formidable mais l’Etat doit se préoccuper d’abord de la réussite professionnelle des jeunes.

Vous proposez qu’un détenu puisse être seul en prison et qu’un hôpital-prison soit construit dans chaque région… Comment vous faites pour financer tout ça ?
Pour moi, ça coûte moins cher de faire ça que de laisser les prisons devenir des zones de non-droit et d’accepter que certaines d’entre elles aient 15 % des détenus qui sont des malades psychiatriques et n’ont rien à faire en prison. On a dépensé 16 milliards d’euros par an pour financer les 35 heures et on ne peut pas trouver quelques milliards d’euros pour financer des prisons dignes de ce nom ?

Avec votre politique et notamment votre proposition de peines planchers, il y aura besoin de places dans les prisons…
Les peines planchers concernent les 5 % de multi récidivistes qui réalisent 50% de la délinquance. Il y a un programme de construction de prisons qui a été prévu. Pour moi, c’est un choix. On dépense des milliards à l’utilité douteuse pour empêcher les Français de travailler ; on peut faire des dépenses d’investissement dans les prisons. Compte tenu des procédures de permis de construire cela prendra 5 ans. Mais il faut commencer tout de suite.

Certaines propositions déjà dans le programme de Chirac, qu’est-ce qui prouve aux Français que vous, vous allez les mettre en place ?
C’est la grande question, je suis conscient de la méfiance des Français et je veux leur dire avant tout ce que je ferai après.

Quelles sont les capacités que doit avoir un Président de la République ?
Du sang-froid et de la ténacité.

Vous en aurez besoin de sang froid si vous êtes élu ?
Vous parlez au futur. Vous ne croyez pas que j’en ai besoin maintenant.

Si vous êtes élu, il pourrait y avoir des mouvements de protestation dans les banlieues…
Je suis allé à Villepinte, je suis allé dans un quartier difficile de Meaux, et il n’y a pas eu de mouvements de protestation.

A Villepinte, vous y êtes allé le matin, personne n’était au courant…
Dès la veille, les médias annonçaient ma venue. Mais je suis allé à Toulouse le lendemain. 14000 personnes dans le meeting, 50 manifestants… Je fais des réunions, des déplacements et des meetings tous les jours et il n’y a pas de manifestations.

Pourquoi vous laissez Le Pen aller sur la dalle d’Argenteuil ?
J’y suis allé et je ne vois pas où est le courage d’aller à Argenteuil deux ans près moi. Ceux qui ont écrit que j’instrumentalisais la banlieue en y allant voudraient aujourd’hui que j’y retourne. Pourquoi ? Pour être très heureux de me filmer face à des provocations ? Pour pouvoir dire « cet homme inquiète » ? Je ne suis pas obligé de tomber dans tous les pièges.

Votre rencontre avec les habitants d’une cité de Meaux a été très tendue. Y’a-t-il un divorce entre vous et les quartiers populaires ?
Je suis certainement l’homme politique qui s’est le plus rendu dans les quartiers populaires. A Meaux dans le quartier de Beauval, j’ai eu avec les habitants une vraie discussion autour des vrais problèmes. Je m’en réjouis. Et j’aurai d’autres rencontres de ce type.

Sur des sujets comme l’identité nationale, vous dites que vous brisez des tabous. Sauf que vous ne le faites pas pour le vote des immigrés aux élections locales…
Pour le coup, ça clive inutilement. Ça fait reculer le débat plutôt qu’avancer.

Dans le même registre, vous avez pourtant fait supprimer la double peine…

Parce que je pensais que c’était juste.

On sait qu’à titre personnel, vous pensez que le droit de vote pour les élections locales est juste. Quelle est la différence avec les autres sujets ?
Je pense que c’est moins urgent que ne l’était la double peine.

Vous êtes sûr d’être au second tour ?
Non, je ne suis sûr de rien mais je fais campagne. Pendant que mes concurrents me critiquent, moi je fais une seule chose : je propose mes solutions aux problèmes de la France.

Quand Le Pen dit qu’il va vous appeler entre les deux tours, vous attendez son coup de fil ?
Non, pas du tout. Ce n’est pas Le Pen qui m’intéresse, c’est son électorat.

Mots-clés :

  • Aucun mot-clé