Des migrants attendent à l'arrière d'un camion non loin de la ville de Calais le 24 octobre 2014
Des migrants attendent à l'arrière d'un camion non loin de la ville de Calais le 24 octobre 2014 - Philippe Huguen AFP

«L'ambiance est plombée dans la ville», «les gens ne parlent que de ça», «à 18H00 c'est le couvre-feu»: beaucoup d'habitants de Calais (Pas-de-Calais) ne cachent plus leur tristesse face à la vague montante des migrants qui déferle sur leur cité.

«On ne reconnaît plus notre ville», assène Ludivine, 32 ans, qui travaille dans un magasin de prêt-à-porter du centre-ville. «Il y a de moins en moins de monde dans les rues. Depuis cet été, il y a une grande détérioration», dit-elle en faisant allusion aux migrants, qui sont désormais entre 2.000 et 2.200 selon la préfecture, contre 1.500 au début de l'été, tous rêvant de rejoindre l'Angleterre.

Devant elle, une foule de caméras et de photographes encerclent Marine Le Pen, la présidente du Front national venue vendredi matin en centre-ville dénoncer ce qu'elle nomme la «scandaleuse incurie» du pouvoir face à la pression migratoire.

«Cela fait plaisir de voir qu'un responsable politique a pris la peine de se déplacer», glisse la jeune femme, consciente de s'aventurer sur un terrain miné.

Pourtant, le phénomène migratoire n'est pas une nouveauté pour les 75.000 Calaisiens.

«Mais c'était différent au début des années 2000», coupe Frédéric Van Gansbeke, 48 ans, à la tête d'une association de commerçants.

«A l'époque de Sangatte, on avait essentiellement des Kosovars venus en famille, +parqués+ dans un centre et qui souhaitaient retourner dans leur pays, une fois le conflit fini.» «Là, on est face à un nombre considérable de jeunes hommes venus de la Corne de l'Afrique seuls et célibataires, qui errent en ville et qui sont prêts à tout pour arriver en Angleterre.»

Beaucoup de commerçants évoquent un terrible dilemme: accueillir les migrants dans leur négoce et perdre leur clientèle habituelle ou bien tenter de refuser l'entrée aux migrants et se faire traiter de racistes ou poursuivre pour refus de vente.

Pour beaucoup, cette transformation du climat est dûe à leur trop grand nombre. Laurent Roussel, comme d'autres Calaisiens, avait l'habitude d'aider les migrants, notamment en rechargeant leurs portables dans son bar «Le Cabestan».

«Au début c'était convivial, je discutais avec eux. Mais à présent ils sont trop nombreux et présents dans chaque quartier et consomment plus d'alcool dans la rue qu'avant», explique cet élu municipal de l'opposition (PC-PG).

- 'Plus rien à voir' -

A l'hôtel de ville, orné d'un imposant beffroi en bichromie de pierre et de brique, l'adjoint au maire en charge de la sécurité, Philippe Mignonet, «reconnaît depuis ces dernières semaines une augmentation de petits délits (commis) par les migrants».

«Avant, il y avait surtout des rixes entre eux, désormais depuis 2-3 mois, il y a un changement d'atmosphère», dit-il.

Le premier adjoint de la mairie UMP, Emmanuel Agius, déplore la transformation de sa ville natale et «le ras-le-bol de la population». «Mais ce n'est pas le chaos touristique ou économique», explique l'élu.

Selon lui, le secteur du tourisme est en hausse de 40% par rapport à 2013 en raison principalement des croisiéristes et aucun investisseur n'a mis fin à un contrat en raison de la détérioration de l'image de la sous-préfecture du Pas-de-Calais.

Sur le perron de l'hôtel de ville, à quelques mètres de la fameuse statue des Bourgeois de Calais de Rodin, Manuel a le cœur gros.

«L'ambiance est complètement plombée, dans la rue on croise des migrants ou des CRS», explique cet employé de bureau de 45 ans, qui ne peut plus aller pêcher avec son fils «car le canal est squatté par les migrants».

Et de confier, nostalgique. «Ici même, en 2000, tout Calais faisait la fête après l'aventure en Coupe de France. Aujourd'hui, ça n'a plus rien à voir.»

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