Comme Geneviève Coiffard, figure non-violente des opposants historiques au projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, qui sent monter "la haine", des dizaines de manifestants de tous âges exprimaient samedi leur indignation de s'être fait traiter de "kystes" par Manuel Valls.
Comme Geneviève Coiffard, figure non-violente des opposants historiques au projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, qui sent monter "la haine", des dizaines de manifestants de tous âges exprimaient samedi leur indignation de s'être fait traiter de "kystes" par Manuel Valls. - Jean-Sebastien Evrard afp.com

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Comme Geneviève Coiffard, figure non-violente des opposants historiques au projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, qui sent monter «la haine», des dizaines de manifestants de tous âges exprimaient samedi leur indignation de s'être fait traiter de «kystes» par Manuel Valls.

«J'ai peur que la haine déborde»

Cheveux mi-longs poivre et sel coiffés d'un bonnet orange, foulard pour se protéger des effluves de gaz lacrymogène, cette jeune retraitée dynamique, qui a organisé en juillet dernier sur le site de Notre-Dame-des-Landes le «forum des grands projets inutiles», s'étrangle d'indignation devant les actions engagées depuis vendredi par les forces de l'ordre pour démolir les cabanes édifiées par les opposants. «Je me revendique non violente. Je pense qu'on peut mener des actions non-violentes fortes et efficaces et j'espérais ne jamais devenir haineuse. Mais avec ce qui est en train de se passer là, j'ai peur que la haine déborde», s'exclame-t-elle, dépitée.

Déjà blessée à la main quand un gendarme lui avait arraché sa caméra lors d'une première vague d'expulsions en octobre, elle n'a pourtant même plus peur des grenades lacrymogènes qui tombent à quelques mètres d'elle, dans le bois de Rohanne où elle manifeste face à une ligne de gendarmes qui protègent le chantier de destruction de cabanes dans les arbres. A son image, ils sont des dizaines et des dizaines de quinquagénaires ou sexagénaires, non cagoulés, non violents, à se tenir debout, au milieu des gaz lacrymogènes et du vacarme des grenades assourdissantes. Tous dénoncent aussi avec force «l'insulte» que constitue à leurs yeux le terme de «kyste» employé par Manuel Valls, ministre de l'Intérieur, pour désigner les opposants au projet.

Des électeurs socialistes déçus

Les plus âgés des opposants, se disant agriculteurs, retraités ou travailleurs sociaux, expriment leur déception «immense» d'électeurs socialistes face à l'épreuve de force engagée par le gouvernement pour imposer ce projet d'aéroport et le nom du Premier ministre Jean-Marc Ayrault est désormais prononcé avec haine. Parfois, ils se mettent un peu à l'écart puis reviennent au coeur de la scène, côte à côte avec des jeunes cagoulés dont certains n'ont pas hésité, en revanche, à envoyer cocktail molotov ou projectiles à l'aide de frondes sur les forces de l'ordre.

Autour d'eux, les affrontements se poursuivent sans relâche pour la deuxième journée consécutive, depuis le début vendredi matin d'une intervention massive des forces de l'ordre pour détruire des squats reconstruits depuis une semaine par des opposants anti-aéroport. Dans une large allée bordée de chênes, des opposants cagoulés ont dressé dès le petit matin une barricade «mouvante», faite de tôles et de larges «boucliers» de bois recouverts d'une banderole anti-aéroport blanche, utilisée le 17 novembre lors d'une manifestation massive, mais pacifique, contre ce projet.

Cailloux, bouteilles, fusées de feux d'artifice…

Comme vendredi, autour de chalets de bois reconstruits collectivement à la Châtaigneraie, et pour empêcher un nouvel accès des forces de l'ordre à cet endroit, les opposants n'hésitent plus à mener des assauts violents. Ils repoussent la ligne de gendarmes qui leur fait face par attaques successives, en avançant à chaque fois leur barricade de quelques mètres. Sur un signal concerté, poussant des cris, ils lancent ou tirent en direction des gendarmes des cailloux, des bouteilles, des fusées de feux d'artifice mais aussi des fusées de détresse, beaucoup plus puissantes, et des bouteilles incendiaires. Les gendarmes répliquent avec lacrymogènes et grenades assourdissantes.

Venu en personne sur place pour constater l'avancée des travaux de destruction, le préfet de Loire-Atlantique Christian de Lavernée s'est exprimé dans les bois sur fond de cris de protestation, de tirs de lacrymogènes et de grenades assourdissantes. «Toutes les constructions illégales ont disparu», s'est-il félicité sans se départir de son flegme. Toutes les cabanes qui pouvaient être détruites l'ont été, a-t-il dit.