Le gouvernement avait préparé les esprits dès le début du mois, il l'a confirmé mercredi: le seuil symbolique des trois millions de demandeurs d'emploi sans activité a été franchi en août en métropole, "une situation dont nous héritons", s'est défendu François Hollande depuis New York.
Le gouvernement avait préparé les esprits dès le début du mois, il l'a confirmé mercredi: le seuil symbolique des trois millions de demandeurs d'emploi sans activité a été franchi en août en métropole, "une situation dont nous héritons", s'est défendu François Hollande depuis New York. - Fred Tanneau afp.com

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Le gouvernement avait préparé les esprits dès le début du mois, il l'a confirmé mercredi: le seuil symbolique des trois millions de demandeurs d'emploi sans activité a été franchi en août en métropole, "une situation dont nous héritons", s'est défendu François Hollande depuis New York.

Ces chômeurs ne "sont pas venus depuis quatre mois", a souligné le président de la République, promettant de "tout faire (...) pour endiguer, puis ensuite faire reculer le chômage".

On dénombrait à la fin août 3.011.000 demandeurs d'emploi sans activité, 23.900 de plus qu'en juillet (+0,8%), une barre jamais dépassée depuis 1999.

Au total, en incluant les inscrits à Pôle emploi exerçant une activité réduite, 4.494.600 chômeurs cherchaient un travail en métropole, un record depuis la mise en place de statistiques comparables en 1991.

Outre-mer compris, ce sont désormais 4.776.800 demandeurs d'emploi qui étaient recensés fin août, avec ou sans activité.

"La réalité est d'au moins 5 millions", a pour sa part estimé AC, Agir ensemble contre le chômage et la précarité, à l'instar de nombreuses associations.

Même chiffre du côté de la CGT qui évalue les chômeurs à "plus de 5 millions, en ajoutant les bénéficiaires du RSA, les demandeurs d'emploi en formation et ceux qui ne sont pas comptabilisés". Le syndicat juge nécessaire "de sortir du dogme prétendant que le coût du travail serait responsable de la crise".

La hausse du chômage "n'est pas inéluctable", a de son côté considéré le secrétaire général de la CFDT François Chérèque, pour qui le "manque d'anticipation" dans les entreprises et "le manque de compétitivité" sont des défis à relever.

On est toutefois désormais très loin du niveau plancher de février 2008, où le nombre de demandeurs d'emplois sans activité avait atteint un plus bas depuis le début des années 1980, avec 1.984.000 chômeurs en métropole.

"Face à ce dur constat, le gouvernement est déterminé à mettre en oeuvre au plus vite" ses réformes, a affirmé le ministère du Travail dans un communiqué, évoquant la signature des premiers emplois d'avenir "dès le mois de novembre" et des premiers contrats de génération "dès le début de l'année prochaine".

Principales victimes: les jeunes

Si le ministre du Travail Michel Sapin avait de nouveau jugé "atteignable" l'engagement du Président "d'inverser la courbe du chômage en un an", les experts restent sceptiques. Selon Marion Cochard, de l'OFCE, "il faut 0,9 ou 1% de croissance pour stabiliser l'emploi, et 1,5% pour faire baisser le chômage". "Or on sera autour de zéro cette année, et 0,3% en 2013, donc la situation devrait continuer à se dégrader pendant encore une bonne année, les mesures du gouvernement ne permettant pas de compenser ce qui va se passer dans le secteur marchand", juge l'économiste.

"Tant que les perspectives ne s'amélioreront pas, le nombre de nouveaux inscrits à Pôle emploi (en solde entre entrées et sorties) continuera de croître", selon Philippe Waechter, directeur de la recherche économique chez Natixis Asset Management.

Les chiffres les plus inquiétants concernent les chômeurs de longue durée inscrits depuis plus de 3 ans: ils étaient plus de 475.000 en août, soit une hausse de 21,6% sur un an. Au total, quelque 1,87 million de personnes pointent à Pôle emploi depuis plus d'un an.

La hausse est toujours particulièrement marquée chez les seniors (plus de 50 ans): +1,7% sur un mois, +16,9% sur un an, pour ceux n'ayant eu aucune activité.

Chez les jeunes de moins de 25 ans, l'augmentation est inférieure à la moyenne (0,7% sur un mois). Cela s'explique notamment pas le fait que beaucoup d'entre eux, n'ayant droit à aucune indemnité, ne s'inscrivent pas à Pôle emploi, et que d'autres retardent leur entrée dans la vie active.

"Mais dans cette crise, plus que lors des précédentes, les principales victimes sont les jeunes", estime Marion Cochard.

Pour les chômeurs, les seuils, symboliques ou non, n'ont guère d'importance. Au bout de cinq ans, "j'en suis arrivé à la certitude que je ne peux compter que sur moi", confie Mickaël, 35 ans, croisé à Limoges, qui constate l'"impuissance" de Pôle emploi.