La procédure judiciaire, inédite, lancée à l'encontre de Pôle emploi par un chômeur estimant n'avoir pas été suffisamment suivi, soulève la question lancinante de ses moyens humains, renforcés par le gouvernement face à l'explosion du chômage.
La procédure judiciaire, inédite, lancée à l'encontre de Pôle emploi par un chômeur estimant n'avoir pas été suffisamment suivi, soulève la question lancinante de ses moyens humains, renforcés par le gouvernement face à l'explosion du chômage. - Alain Jocard afp.com

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La procédure judiciaire, inédite, lancée à l'encontre de Pôle emploi par un chômeur estimant n'avoir pas été suffisamment suivi, soulève la question lancinante de ses moyens humains, renforcés par le gouvernement face à l'explosion du chômage.

Le tribunal administratif de Paris devait se prononcer mardi sur la plainte d'un demandeur d'emploi de 54 ans, qui estime que le service public a violé son obligation d'accompagnement et de suivi. En trois ans, cet homme affirme n'avoir bénéficié que de trois rendez-vous et n'avoir reçu aucune offre d'emploi.

C'est la première fois que Pôle emploi est visé par une telle action, engagée dans le cadre d'un référé liberté, une procédure d'urgence réservée aux violations des libertés fondamentales.

Par ce biais, la CGT chômeurs et précaires, qui soutient cette démarche, entend "interpeller l'institution sur sa mission de service public". "Il est anormal d'abandonner les chômeurs à leur sort", dénonce Henri Arnoux.

Me Florent Hennequin, l'un des avocats du plaignant, évoque les "dysfonctionnements structurels" de Pôle emploi, engagé dans un nouveau plan stratégique, alors que le nombre de demandeurs d'emploi sans activité a dépassé la barre des 3 millions.

Entérinant l'échec du suivi mensuel personnalisé - un objectif jamais atteint - ce plan ambitionne d'abaisser la charge moyenne par conseiller de 161 à 127 personnes, 70 pour ceux qui suivent les publics les plus en difficulté.

"L'essentiel va être de dégager du temps pour le conseiller, ça va passer par la simplification de l'organisation du travail", avait promis le directeur général Jean Bassères en juillet.

Une réorganisation rendue possible par des redéploiements et la création de 2.000 postes en CDI d'ici fin 2012, annoncée par le gouvernement en juin.

A l'évocation du cas de ce demandeur d'emploi, Emmanuel M'hedhbi, secrétaire national du SNU-FSU, majoritaire chez Pôle emploi, n'est "pas étonné". "C'est une triste réalité, nous n'avons pas les moyens de suivre toute le monde", déplore-t-il.

Seuls 14,7% des effectifs dédiés à l'accompagnement

Sur 45.400 équivalents temps-plein, seuls 6.700 se consacrent exclusivement aux entretiens, soit 14,7% des effectifs. La majorité étant affectée à l'indemnisation, l'accueil téléphonique, ou encore aux fonctions support et techniques.

Une proportion récemment dénoncée comme trop faible par plusieurs rapports et personnalités.

Dans une note publiée début septembre, la direction générale du Trésor souligne ainsi que les "réformes du service public de l'emploi" en Allemagne ont contribué "à la décrue importante et continue du chômage, en s'appuyant sur une étude menée en 2011 par l'Inspection générale des Finances (IGF).

D'après celle-ci, les effectifs du service public français (150 équivalent temps-plein pour 10.000 demandeurs d'emploi) représentent moins de la moitié des effectifs allemands (377) et britanniques (349).

L'IGF ajoute que, d'un point de vue quantitatif (temps accordé) comme qualitatif (palette des services offerts, formation...), la France est moins performante que ses voisines.

En août dernier, c'est l'ancien directeur de l'Apec (Association pour l'emploi des cadres), Jacky Chatelain, qui s'était livré à une charge virulente, estimant que "Pôle emploi cumule sureffectif et sous-effectif", "conséquence d'une fusion désastreuse avec les Assedic" (en 2009) et que "la question n'est pas celle des moyens, mais bien de la méthode".

Le président du conseil d'administration de l'opérateur, Claude Nogué, lui avait répondu que "réduire le service aux demandeurs d'emploi aux seuls conseillers référents est réducteur". Concédant toutefois que "beaucoup reste à faire pour améliorer l'efficacité".