Réactions en série après la déclaration de Claude Guéant sur les civilisations

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Publié le 7 février 2012.

POLITIQUE - Le ministre de l'Intérieur a déclenché samedi une vive polémique après avoir déclaré que «toutes les civilisations ne se valent pas»...

Interrogé dimanche matin sur RTL au sujet de sa déclaration de samedi sur les civilisations, Claude Guéant a affirmé qu'il ne la «regrett[ait] pas». Il a par ailleurs accusé la gauche d'avoir extrait cette phrase de son contexte. «Je ne la regrette pas mais je regrette que certains à gauche continuent à extraire des petites phrases de leur contexte et enlèvent ainsi la dignité du débat démocratique»

Claude Guéant avait déclenché samedi une vive polémique en déclarant que «toutes les civilisations ne se valent pas» dans un discours sur la République, aussitôt dénoncé à gauche comme une tentative pour Nicolas Sarkozy de glaner des voix du Front national, à moins de 80 jours du premier tour de la présidentielle.

Très rapidement, cette phrase prononcée par le ministre de l'Intérieur lors d'un colloque organisé par l'association étudiante de droite Uni, s'est répandue sur Internet, provoquant des réactions indignées. D'abord au conditionnel, la réunion étant huis clos, avant qu'elle ne soit confirmée dans la soirée par l'entourage de Claude Guéant.

«Un discours absolument républicain» pour l'entourage du ministre

Dans le discours obtenu par l'AFP, Claude Guéant appelle à «protéger notre civilisation» et s'en prend à la gauche. «Contrairement à ce que dit l'idéologie relativiste de gauche, pour nous, toutes les civilisations ne se valent pas», a déclaré le ministre également chargé de l'Immigration.

«Celles qui défendent l'humanité nous paraissent plus avancées que celles qui la nient», a-t-il argumenté, ajoutant: «celles qui défendent la liberté, l'égalité et la fraternité, nous paraissent supérieures à celles qui acceptent la tyrannie, la minorité des femmes, la haine sociale ou ethnique». «Cette phrase a été prononcée à l'occasion d'un discours absolument républicain dont tout l'enjeu était de condamner les civilisations qui ne respectent pas la liberté de conscience, la liberté d'expression et l'égalité entre les hommes et les femmes», a fait valoir auprès de l'AFP l'entourage du ministre.

Les ministres UMP François Baroin, Gérard Longuet et Xavier Bertrand ont pris sa défense, tandis qu'Henri Guaino, conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, appelait à cesser «l'hystérie» à moins de 80 jours du premier tour de l'élection présidentielle. Le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, a en revanche nuancé son soutien, en soulignant que si «sur le fond» Claude Guéant était «un républicain», l'usage du mot «civilisation» pouvait «prêter à confusion». «Tous les systèmes politiques ne se valent pas», a-t-il corrigé sur BFM TV.

Le ministre de l'Economie et des Finances, François Baroin, a déploré «l'exploitation» systématique des déclarations de Claude Guéant, qu'il a présenté comme «un profond républicain» au Grand Rendez-Vous Europe 1-Le Parisien-i-télé. Pour Gérard Longuet, ministre de la Défense, la phrase de Claude Guéant est «intéressante dans son contexte» et «d'une banalité totale».  «Si on ne peut même pas dire cela, c'est la censure à tous les étages et à tous les moments de la réflexion», a-t-il déclaré sur RTL. «Je crois qu'il faut condamner le relativisme qui consiste à dire 'tout s'équivaut'. Tout ne s'équivaut pas».

«La provocation pitoyable d'un ministre réduit à rabatteur de voix FN»

Interrogé par Forum Radio J, Dominique de Villepin a estimé que Claude Guéant avait abordé «un sujet un peu glissant», faisant «courir le risque d’alimenter les haines». Assurant avoir «à titre personnel, de l'estime pour Claude Guéant», le candidat de République solidaire (RS) à la présidentielle a estimé qu’«il faut faire attention à ce que ce que l'on peut dire dans des circonstances électorales ne soit pas mal interprété» et souhaite que «la politique évite de rentrer dans ces ornières-là, évite de jouer avec de tels sujets, susceptibles de nourrir un débat franco-français qui ne me paraît pas sain».

Dans une interview à paraître lundi dans La Dépêche du Midi, le candidat centriste François Bayrou déplore «un dangereux détournement de pensée» visant l'islam avec «une volonté de dresser les sociétés les unes contre les autres».

Sur son compte Twitter, Harlem Désir, numéro 2 du PS, y a vu «la provocation pitoyable d'un ministre réduit à rabatteur de voix FN. Une majorité en perdition électorale et morale». «Retour en arrière de trois siècles. Abject», a écrit sur le sien Cécile Duflot (EELV).

SOS Racisme a dit, dans un communiqué, «espérer un démenti urgent» de ces propos. «Si ces derniers, très graves, avaient été bel et bien tenus par le ministre de l'Intérieur en fonction, ils marqueraient une nouvelle étape dans une dérive vers des extrêmes inacceptables, structurés notamment par des logiques d'infériorisation de l'Autre».

Les critiques se sont poursuivies dimanche, la socialiste Ségolène Royal fustigeant sur France 3 «des propos obscurantistes et dangereux», Najat Vallaud-Belkacem, l'une des porte-parole de François Hollande, une résurgence des «thèses du différentialisme ethnique et culturel».  «M. Guéant, qui a pratiqué une xénophobie d'Etat, vient maintenant donner des leçons à la gauche. C'est insupportable», a commenté pour sa part Jean-Luc Mélenchon au Grand Jury LCI-RTL-Le Figaro. Le candidat du Front de Gauche à la présidentielle a estimé que le ministre mélangeait civilisation et politique. «Le principe des droits de l'Homme, c'est une déclaration politique, ce n'est pas un fait de civilisation».

Cette nouvelle polémique à moins de 80 jours du premier tour de la présidentielle intervient alors que tous les sondages donnent Nicolas Sarkozy perdant face à son rival PS François Hollande. Elle survient aussi au moment où la candidate du FN, Marine Le Pen, créditée d'environ 20% d'intentions de vote, tire la sonnette d'alarme sur sa capacité à rassembler les 500 parrainages d'élus nécessaires pour se présenter à la présidentielle.

A. D. et A.C. avec AFP
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