Présidentielle: «Macron, c’est la France soumise», juge Bruno Gollnisch du FN

INTERVIEW Membre « historique » du Front national, Bruno Gollnisch revient sur l’entre-deux-tours de la candidate FN Marine Le Pen…

Anne-Laëtitia Béraud

— 

Bruno Gollnisch, eurodéputé FN et membre du bureau politique du parti, le 26 avril 2017 à Paris

Bruno Gollnisch, eurodéputé FN et membre du bureau politique du parti, le 26 avril 2017 à Paris — A.-L. BERAUD/20 Minutes

Membre « historique » du Front national, ami du polémiste Alain Soral, le député européen frontiste, Bruno Gollnisch, revient sur l’entre-deux-tours de la candidate Marine Le Pen. Il estime que, « assez logiquement », les électeurs des candidats battus Jean-Luc Mélenchon, François Fillon, Nicolas Dupont-Aignan et François Asselineau devraient reporter leurs voix sur Marine Le Pen…

>> Notre live politique du jour, Le Pen et Macron à Amiens...

Comment évaluez-vous la situation de cet entre-deux-tours ?

Il y a une unanimité de « l’establishment » contre nous, que Jean-Marie Le Pen nommait « établissement ». Ce n’est pas nouveau. Ce qui est nouveau, c’est l’attitude de François Fillon qui, a sitôt sa défaite, trahi ses électeurs. Il avait des électeurs, des militants et des cadres qui lui étaient fidèles sur le thème de l’hostilité, du moins mythique, à Emmanuel Macron. Et dans la minute qui a suivi les résultats, il a déclaré qu’il fallait voter Macron. Je ne crois pas que cela sera suivi du tout dans son électorat. Et même parmi les cadres, comme pour Charles Millon.

Et parmi les électeurs de Jean-Luc Mélenchon ?

Les électeurs de Jean-Luc Mélenchon, autant que ceux de François Fillon, n’ont pas l’intention de se reporter sur Emmanuel Macron.

Plusieurs études concernant les reports de voix en vue du second tour disent pourtant le contraire…

Bien sûr, certains voteront Emmanuel Macron. Mais comme le dit justement Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon a défini son mouvement comme celui de la « France insoumise », quand Emmanuel Macron, c’est la « France soumise ». Vous pensez que les électeurs de Jean-Luc Mélenchon vont voter pour l’auteur de la loi El Khomri qui les a mis dans la rue ? Je n’en suis pas du tout certain. Ils sont aussi très critiques de l’Union européenne, de son évolution actuelle. Ils sont très critiques du libre-échangisme sur le plan économique, même si Jean-Luc Mélenchon était immigrationniste en quelque sorte. Il y a donc des marges de progression, à droite comme à gauche. Sans oublier les électeurs ouvertement souverainistes qui se sont portés sur Nicolas Dupont-Aignan et François Asselineau. Je ne sais pas ce que va faire Nicolas Dupont-Aignan. Mais assez logiquement, il devrait pencher de notre côté plutôt que du côté d’Emmanuel Macron.

Vous étiez dans la campagne présidentielle de Jean-Marie Le Pen en 2002. Qu’est-ce qui a changé entre 2002 et 2017 ?

Comme je l’avais prévu et dit depuis des années, ils ne pourront pas nous refaire le même coup en 2017. En 2002, nos adversaires disaient que la démocratie et la République étaient en danger. De manière déloyale, ils essayaient de faire régner un climat de guerre civile en mobilisant aussi les enfants des écoles, en violant toutes les règles de droit sur l’équité des temps de paroles entre les candidats et leurs soutiens, en organisant toutes sortes de manifestations qui n’avaient pas lieu d’être puisque le scrutin n’était pas faussé. Cette fois-ci, il y a eu quelques tentatives en ce sens, la centaine de voyous de l’extrême gauche habituelle qui a mis le feu à deux ou trois voitures… Mais cela ne prend plus.

L’opération de « dédiabolisation » menée par la présidente du FN Marine Le Pen depuis 2011 a donc fonctionné selon vous ?

Je pense que la dédiabolisation progresse. Sans diminuer les mérites de Marine Le Pen, je pense que cette progression résulte de la prise de conscience de la population française que nos analyses étaient exactes. Et même que nos solutions sont vraisemblablement meilleures que celles de nos adversaires, puisqu’ils ont piteusement échoué.

L’année dernière, vous étiez au rassemblement de Jean-Marie Le Pen pour le 1er mai. Marine Le Pen a demandé votre exclusion du bureau politique, qui n’a pas été suivi d’effet.  Où irez-vous cette année, au rassemblement de Jean-Marie Le Pen dans Paris ou au meeting de Marine Le Pen à Villepinte ?

Je ne suis pas sûr de pouvoir être sur Paris le 1er mai.