Présidentielle: «Il y a une forme de danger avec Macron», juge Jean-Frédéric Poisson du Parti chrétien-démocrate

INTERVIEW Jean-Frédéric Poisson, président du Parti chrétien-démocrate allié aux Républicains, explique à « 20 Minutes » pourquoi il n’appelle pas à voter Emmanuel Macron, contrairement à François Fillon dimanche…

Propos recueillis par Anne-Laëtitia Béraud

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Le député PCD Jean-Frédéric Poisson, candidat à la primaire de la droite et du centre, le 9 novembre 2016 à l'Assemblée nationale

Le député PCD Jean-Frédéric Poisson, candidat à la primaire de la droite et du centre, le 9 novembre 2016 à l'Assemblée nationale — PDN/SIPA

  • Jean-Frédéric Poisson ne votera ni Macron ni Le Pen au second tour 
  • L'ancien candidat à la primaire à droite estime que le projet du candidat d’En Marche ! est synonyme de « catastrophe »
  • Il appelle à une recomposition du paysage politique et souhaite prendre contact avec des membres d’autres partis, dont le FN ou le Debout la France, pour « occuper cet espace politique et d’offrir un nouveau projet »

« L’extrémisme ne peut apporter que malheur et division à la France », a déclaré le candidat François Fillon dimanche soir, avant d’annoncer qu’il voterait Emmanuel Macron au second tour de l'élection présidentielle. Un choix sur lequel s’oppose Jean-Frédéric Poisson, député des Yvelines et président du Parti chrétien-démocrate, allié aux Républicains. Le successeur de Christine Boutin n’appelle pas à voter Emmanuel Macron… sans pour autant donner sa voix à Marine Le Pen. L’élu appelle à une recomposition du paysage politique avec, pourquoi pas, des membres de la « droite hors-les-murs »​

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Pourquoi refusez-vous d’appeler à voter Emmanuel Macron, contrairement à François Fillon dimanche ?

Je ne peux pas appeler à voter pour quelqu’un qui n’a eu de cesse de cogner sur notre candidat pendant trois mois. Ensuite, Emmanuel Macron est l’héritier, en ligne directe, de François Hollande. Il est coresponsable de la faillite totale que connaît la France dans ce quinquennat. Il a engagé un certain nombre de réformes qui ont aggravé les difficultés dans notre société. Son projet donne une place prédominante à la logique financière et à l’Europe comme espace commercial ouvert à tous les vents. Comme chef du Parti chrétien-démocrate, attaché à la famille et au respect de la dignité humaine, au dialogue social et au partage des richesses, je ne vois rien dans le projet d’Emmanuel Macron qui me permette de souhaiter qu’il devienne chef de l’Etat. Je ne veux pas appeler à voter pour lui parce que je pense qu’il aggravera les difficultés de la France. Par souci de cohérence avec ce que nous défendons, avec la position qui a été la mienne dans l’opposition pendant tout ce quinquennat, je ne vois pas ce qui me mènerait à voter pour lui. C’est une histoire de liberté et de cohérence.

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Appelez-vous à voter Marine Le Pen ?

Non. La catastrophe annoncée avec la dérégulation générale d’Emmanuel Macron n’est pas contrebalancée par une société bloquée et les grandes incohérences, notamment économiques, du projet de Marine Le Pen. Je ne vois donc pas davantage de raisons de voter Marine Le Pen. Je ne veux pas engager ma responsabilité et celle de ma formation politique à appeler à voter pour l’un ou l’autre des candidats.

Vous dites que François Fillon a perdu car « il n’a pas mené son combat jusqu’au bout ». Est-ce plutôt parce que sa stature de président n’était pas crédible pour les électeurs ?

Les historiens démêleront un jour les raisons pour lesquelles nous avons perdu cette élection alors qu’elle nous était promise. J’ai dit à François Fillon que son projet n’était pas suffisamment développé sur un certain nombre de valeurs traditionnelles, en particulier sur la famille. Et que certains points de ce projet étaient trop libéraux par rapport à ce que la France pouvait supporter en l’état. Il y a eu ensuite trois mois de déferlement d’affaires dans les médias qui ont abîmé l’image de François Fillon et occupé son temps de parole. Nous payons aussi une décennie de petits, de grands et de fréquents renoncements de la droite et du centre en France sur les valeurs que nous nous sommes engagés à défendre. La conjonction de ces éléments fait que nous avons perdu hier.

François Fillon évoquait le danger de l’extrême droite avant d’appeler à voter Emmanuel Macron. Vous évaluez différemment ce danger ?

Il y a une autre forme de danger avec Emmanuel Macron. Malgré nos efforts à l’Assemblée nationale et au Sénat, j’ai vu Emmanuel Macron démanteler les professions judiciaires et en faire des biens marchands comme les autres. Je l’ai vu vendre des aéroports français ou des sociétés d’armement français à des opérateurs étrangers au mépris de la souveraineté de notre nation et de son indépendance. Et je ne vois pas de cohérence dans les nombreux sujets sur lesquels il a changé d’avis…

Vous concentrez vos critiques sur Emmanuel Macron…

La famille politique dont je fais partie est en train d’apporter un soutien sans enthousiasme mais massif à Emmanuel Macron. Mais je crois que nous devons à nos électeurs une clarté : la société du tout-libéral et tout-financier voulue par Emmanuel Macron ne convient pas aux besoins de la France d’aujourd’hui.

Vous appelez à une recomposition politique à droite. Comment et avec qui ?

Pour l’instant, je ne sais pas. La défaite des deux formations politiques qui animent la vie politique de notre pays depuis plusieurs décennies est révélatrice de l’incapacité de ces deux partis à adopter une ligne claire, qui donne confiance aux Français. Au PS, au FN comme chez Les Républicains, il y a bien deux lignes politiques qui s’opposent : l’une qui considère que la logique de marché l’emporte sur toutes les autres, et une autre qui souhaite faire plus attention à la dignité humaine, aux relations sociales et à la justice. Cette fracture idéologique traverse toutes les familles politiques et chacune d’elles doit faire un effort de clarification. Il y a un besoin d’alternance en France et beaucoup d’électeurs demandent un projet politique qui soit tranquillement conservateur sur les questions sociales, animé par une volonté de partage, par le respect de l’environnement sans entrer dans les excès des écologistes, et enfin attentif à la souveraineté de la France. Tout cela constitue un espace politique qui n’est aujourd’hui pas occupé. Je pense qu’il est de ma responsabilité d’occuper cet espace et d’offrir un nouveau projet.

Président du parti chrétien-démocrate (PCD), vous pourriez quitter Les Républicains ?

Je suis au PCD qui est indépendant à côté des Républicains. Il n’y a aucune raison pour que nos relations avec LR changent. Nous sommes résolument dans le camp politique de la droite et du centre. Dès notre naissance, nous avons fait le choix stratégique d’une alliance avec les partis de gouvernement. Je ne vois pas de motif particulier de changer cette mécanique d’alliance à partir du moment où la constitution de cette nouvelle offre politique ne serait qu’une forme de rappel aux fondamentaux de cette famille politique qui les ont oubliés au fur et à mesure du temps. Il n’y a donc pas de problème de compatibilité et d’alliance  aujourd’hui avec Les Républicains.

Qui voudriez-vous rassembler dans cette nouvelle offre politique ? Nicolas Dupont-Aignan, Philippe de Villiers, Marion Maréchal-Le Pen… ?

Je pense à toutes les personnes qui considèrent que, grosso modo, on ne peut pas continuer à ignorer la dignité de la personne dans la vie publique comme on le fait aujourd’hui ; à ignorer qu’il n’y a pas de société heureuse sans cellule familiale qui soit aidée et confortée quelle que soit sa composition ; à ignorer que la France doit être forte et souveraine dans une Europe entièrement refondée. Les personnes dont vous venez de citer les noms sont effectivement, sur un certain nombre de sujets, voire pour tous ces sujets, aussi attentives que nous le sommes. Nous allons donc prendre contact et voir comment les résultats d’hier doivent nous conduire à agir.