Comme prévu par les instituts de sondage ces derniers jours, Emmanuel Macron, candidat de En marche, est arrivé en tête du premier tour des élections présidentielles, le 23 avril 2017.
Comme prévu par les instituts de sondage ces derniers jours, Emmanuel Macron, candidat de En marche, est arrivé en tête du premier tour des élections présidentielles, le 23 avril 2017. - ERIC FEFERBERG / AFP
  • Les prévisions des instituts de sondage français donnant Macron, en tête du premier tour, étaient justes.
  • Les instituts ont parié sur un choix d'échantillon de population plus important pour plus de fiabilité.
  • Les sondages sont accusés d'avoir influencé les électeurs.

Ils étaient devenus les boucs émissaires du monde entier. Pendant cette campagne, les médias semblaient même frileux à l’idée de citer un sondage, tant les prévisions des instituts avaient été à côté de la plaque pour le Brexit et l’élection prétendue « improbable » de Donald Trump.
Mais dimanche, les vrais vainqueurs du premier tour, c’était bien eux.

En France, les instituts de sondage ont enfin vu juste. Soulagement et sentiment de revanche : les résultats sont dans la ligne des tendances constatées ces dernières semaines.

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Les derniers sondages publiés vendredi, donnaient Emmanuel Macron entre 23 et 24 %, Marine Le Pen entre 22 et 23 %, François Fillon entre 19 et 21 % et Jean-Luc Mélenchon entre 18 et 19,5 %. Les résultats publiés par le ministère de l’intérieur lundi, à 3h du matin, donnent raison à cette fourchette d’estimation.

Les sondeurs avaient prédit une hausse de participation

Craignant en début de campagne électorale un fort taux d’abstention, les instituts de sondage avaient en fin de compte constaté récemment une hausse régulière du taux de participation, passé en dix jours de 65 à 75 % pour finalement s’établir autour de 78 %.

« Ces derniers jours, ils ont bien senti la remontée tardive du niveau de participation et ont indiqué Emmanuel Macron en tête et Marine Le Pen en seconde position », souligne Anne Jadot, maître de conférences en science politique à l’université de Lorraine. Ceci alors « qu’ils étaient confrontés à une indécision inédite et très forte des électeurs », puisqu’un Français sur trois environ disait ces derniers jours n’avoir pas encore décidé pour qui il allait voter ou pouvoir encore changer d’avis, ajoute-t-elle.

Des instituts à l’épreuve après l’échec des primaires

Cette instabilité compliquait le travail des instituts de sondage, déjà sous surveillance après l’incapacité de leurs homologues anglo-saxons à anticiper l’élection de Donald Trump et le vote pour le Brexit en Grande-Bretagne. Les instituts français semblaient eux aussi à la peine, après avoir sous-estimé le vote en faveur de François Fillon lors de la primaire de la droite, ou la victoire de Hamon lors de la primaire PS.

Le choix de l’échantillon de la population interrogé par les instituts, avait notamment été montré du doigt. Dans une tribune au Monde le 18 avril, le professeur de science politique de l’université de Montpellier Jean-Yves Dormagen prévoyait ainsi de « nouvelles surprises électorales » car il jugeait que « les échantillons surreprésentent massivement les diplômés et les catégories supérieures et à l’inverse sous-représentent les milieux populaires et les seniors ».

Les instituts, après le fiasco des primaires, avaient alors mis en place des échantillons plus importants pour la présidentielle. Mais pour Pierre Lefébure, du Laboratoire de communication politique (LCP-Irisso) de Paris-Dauphine, les instituts tiennent surtout leur revanche grâce à leur perspicacité et à la bonne lecture des tendances et dynamiques. « Les différents paliers ont correspondu à des événements de campagne », note-t-il, comme le débat télévisé du 20 mars qui a marqué le croisement des courbes entre Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon, ou le soutien du centriste François Bayrou à Emmanuel Macron qui lui a fait gagner autour du 20 février trois à quatre points d’un coup alors qu’il était au coude-à-coude avec François Fillon.

Les sondages ont également perçu « le tassement progressif de Marine Le Pen » ces dernières semaines, souligne Pierre Lefébure qui émet l’hypothèse que les électeurs indécis ne sont pas allés vers sa candidature, ce qui l’a mécaniquement fait baisser.

Les sondages ont-ils influencé les électeurs ?

Si les sondages se sont donc montrés globalement fiables, certains leur reprochent d’avoir eu une réelle influence sur la campagne et le choix des électeurs à travers notamment la thématique du « vote utile » à gauche. « Pendant cette campagne, les électeurs, notamment à gauche, ont raisonné de manière stratégique, pour faire barrage au Front national et à François Fillon, davantage que sur le fond des programmes », note Pierre Lefébure. « Cette considération a joué très précocement dans la campagne dans l’augmentation du vote Macron (…). Dès lors, le vote Hamon, d’un point de vue stratégique, n’avait plus d’utilité ».

Alors qu’Emmanuelle Macron remporte le premier tour de ses élections avec un score de 23,86 %, Benoit Hamon, candidat PS, vit une défaite historique avec l’obtention de seulement 6, 35 % des voix.

>> Estimations des résultats du premier tour de l’élection présidentielle (IPSOS) :

>> Comment a voté votre commune ? Les résultats de l’élection présidentielle, ville par ville.

 

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