Présidentielle: Que disent les candidats sur l'Europe, sujet-phare de campagne?

PROGRAMMES La question européenne a été abordée par tous les candidats à la présidentielle...

Laure Cometti

— 

Benoît Hamon, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon, François Fillon et Marine Le Pen. Montage 20 Minutes.

Benoît Hamon, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon, François Fillon et Marine Le Pen. Montage 20 Minutes. — GABRIEL BOUYS / AFP // David Vincent/AP/SIPA // Jean-Francois Badias/AP/SIPA // Michel Spingler/AP/SIPA // Michael Probst/AP/SIPA

C’est l’une des lignes de fracture de cette campagne présidentielle inédite. L’Europe, et surtout l' Union européenne et l’euro, sont revenues dans la plupart des débats et des joutes entre candidats.

>> A lire aussi : VIDEO. Présidentielle: Révélations, envolées ou déceptions... Retour sur les temps forts d'une folle campagne

Un sujet très débattu

« Il y a eu deux temps pendant cette campagne. L’Europe a été extrêmement peu présente dans les primaires, surtout à droite. Puis le sujet a pris de l’importance ces dernières semaines », note Emmanuelle Reungoat, maîtresse de conférences en science politique à l’université de Montpellier.

Est-ce dû à l’inflation des candidats prônant la sortie de l’UE et de l’euro, comme Marine Le Pen (Front national), Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France), François Asselineau (Union populaire républicaine) et Jacques Cheminade (Solidarité et Progrès) ? C’est surtout lié au contexte pour Emmanuelle Reungoat, qui insiste sur « la crise des migrants et le Brexit, qui, en donnant un exemple concret de sortie de l’UE, contribue à légitimer et crédibiliser les positions eurosceptiques ».

Marine Le Pen s'est affichée avec le Néerlandais Geert Wilders du parti europhobe PVV (Partij voor de Vrijheid, Parti pour la liberté), le 21 janvier 2017 à Koblenz en Allemagne.
Marine Le Pen s'est affichée avec le Néerlandais Geert Wilders du parti europhobe PVV (Partij voor de Vrijheid, Parti pour la liberté), le 21 janvier 2017 à Koblenz en Allemagne. - Michael Probst/AP/SIPA

Des positions diverses

Résultat, parmi les cinq candidats en tête des sondages, les positions de rupture ou de transformation de l’UE sont majoritaires. « Emmanuel Macron se distingue car il soutient le projet européen tel qu’il est, et il est le candidat qui en a le plus fait un argument de campagne », note la spécialiste des questions européennes. L’ancien ministre de l’Economie est le seul candidat favorable au CETA, le traité de libre-échange entre l’UE et le Canada. Il souhaite en outre créer un fonds européen de défense pour financer des équipements militaires communs.

Emmanuel Macron agite le drapeau européen pendant un meeting à Nantes, le 19 avril 2017.
Emmanuel Macron agite le drapeau européen pendant un meeting à Nantes, le 19 avril 2017. - David Vincent/AP/SIPA

François Fillon (Les Républicains) a un discours moins « euro-enthousiaste » : « c’est un affichage pour récupérer un vote auprès de l’électorat souverainiste ou critique de l’UE, mais son programme est plutôt dans la continuité de son parti », poursuit Emmanuelle Reungoat. Opposé à toute sortie de l’euro et de l’UE, il est partisan d’un axe franco-allemand et souhaite renégocier les accords de Schengen pour contrôler davantage les frontières européennes.

François Fillon associe drapeaux européen et français pour ses meetings, ici le 18 avril à Lille.
François Fillon associe drapeaux européen et français pour ses meetings, ici le 18 avril à Lille. - Michel Spingler/AP/SIPA

Benoît Hamon propose selon elle « un projet de réforme du projet européen et de transformation institutionnelle ». Au menu : la création d’un gouvernement de la zone euro, la mutualisation des dettes européennes et l’instauration d’un salaire minimum européen. Mais le projet du candidat socialiste « n’a pas été très audible ».

Benoît Hamon lors d'une conférence sur l'Europe, le 10 mars 2017 à Paris.
Benoît Hamon lors d'une conférence sur l'Europe, le 10 mars 2017 à Paris. - GABRIEL BOUYS / AFP

 

>> Benoît Hamon: «Si la Commission européenne n'est pas d'accord avec mon programme, ce sera «merci, au revoir»»

Mélenchon et Le Pen

Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) souhaite renégocier les traités européens, faute de quoi il envisage, en « plan B », une sortie de l’Union et de l’euro. Marine Le Pen veut elle aussi sortir de l’UE et abandonner la monnaie européenne, des pistes qu’elle souhaite soumettre aux Français par référendum. « Leurs positions sont très différentes, souligne Emmanuelle Reungoat. Chez Mélenchon, la sortie de l’UE découle de la critique de l’Europe libérale et de l’austérité, elle s’inscrit dans une idéologie internationaliste de gauche. Tandis que chez le Front national, cette position est justifiée par la souveraineté nationale. Marine Le Pen s’est même radicalisée sur ce sujet après le Brexit, dont elle essaie de tirer une crédibilité », estime-t-elle.

>> A lire aussi : Renégociation des traités: Mélenchon peut-il convaincre l’Europe?

Jean-Luc Mélenchon à une manifetation contre le traité de libre-échange entre l'UE et le Canada, le 15 février 2017 à Strasbourg.
Jean-Luc Mélenchon à une manifetation contre le traité de libre-échange entre l'UE et le Canada, le 15 février 2017 à Strasbourg. - Jean-Francois Badias/AP/SIPA

« Les positions se sont radicalisées. Mélenchon a été très marqué par ce qui est arrivé à Syriza [le parti anti-austérité de gauche radicale grec, qui a finalement cédé aux exigences européennes après des mois de crise]. Quant à Le Pen, elle surfe sur la vague Brexit et la vague Trump », estime auprès de l’AFP Manuel Lafont Rapnouil, directeur du bureau parisien de l’European Council on foreign relations.

Un sujet clivant

Les deux seuls eurodéputés de cette élection présidentielle manient néanmoins l’UE-bashing avec prudence. Dans la dernière ligne droite de la campagne, Jean-Luc Mélenchon préfère insister sur son « plan A ». « Je n’ai pas envie d’imaginer le pire des cas », a-t-il répondu à 20 Minutes, interrogé sur un éventuel Frexit. Quant à Marine Le Pen, elle a recentré son discours sur l’immigration et la sécurité, assurant vouloir négocier avec Bruxelles la sortie de l’euro et le retour des frontières nationales, si elle est élue. En cas d’échec, elle organiserait un référendum sur l’appartenance à l’UE et si le non l’emportait, elle quitterait l’Elysée.

Dans les deux cas, ces discours permettent d’être « moins clivant sur un sujet qui est encore perçu comme risqué pour les électeurs », observe Emmanuelle Reungoat. Selon un sondage publié début mars, plus de 70 % des Français sont opposés à la sortie de l’UE.

En fonction du résultat de l’élection, l’avenir de la France dans l’Europe s’inscrira dans la « continuité ou le changement profond », note Emmanuelle Reungoat. « C’est aussi pour cela que l’élection française est autant suivie par les médias européens et que des politiques prennent position, comme l’Allemand Wolfgang Schäuble qui soutient Emmanuel Macron », souligne la maîtresse de conférences.

>> Quel candidat à l’élection présidentielle correspond le mieux à vos idées ? Testez notre boussole ici dans sa version optimisée ou ci-dessous.