Jean-Luc Mélenchon en meeting à la prairie des Filtres, à Toulouse, le 16 avril 2017.
Jean-Luc Mélenchon en meeting à la prairie des Filtres, à Toulouse, le 16 avril 2017. - Jean-Marc Haedrich/SIPA

Sous les couleurs de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon est candidat pour la deuxième fois à l’élection présidentielle, après avoir obtenu 11,1 % en représentant le Front de gauche en 2012. Le député européen, ancien ministre de l’Enseignement professionnel de Lionel Jospin et sénateur PS de l’Essonne de 1986 à 2010, a répondu aux questions de 20 Minutes.

François Hollande multiplie les interviews pour mettre en garde contre votre candidature. Cela vous étonne ?

Ça m’indiffère.

Ces prises de parole ne vous dérangent pas ?

Non, ça me favorise. Cela montre qui sont ses ennemis et par opposition, qui sont ses amis. C’est un personnage qui est méprisé à juste titre par un très grand nombre de Français. Donc comme disait le président Mitterrand, « n’offense pas qui veut ».

Par rapport à 2012, il y a plus de drapeaux français que de drapeaux rouges, l’Internationale n’est plus chantée en fin de meeting. Pourquoi ?

Nous voulions impulser un mouvement qui ne soit approprié par aucun parti et reprendre des symboles historiquement liés à la mouvance progressiste plutôt qu’à l’extrême droite. Le plus grand dénominateur commun, c’est le drapeau. On a essayé de faire que tous les gens qui viennent à nos rassemblements se sentent à l’aise. Ce qui est intéressant, c’est de voir les différences de générations, entre les jeunes qui n’ont aucune difficulté à chanter la Marseillaise et les plus anciens qui sont attachés aux traditions de la gauche.

>> A lire aussi : La machine à punchlines de Mélenchon est disponible

Avec quelle majorité gouvernerez-vous pendant que l’assemblée constituante écrira sa nouvelle constitution ?

Sous la Ve République, un président élu obtient généralement une majorité qui lui correspond. Je ne me fais pas de souci, nous aurons une majorité de députés de la France insoumise.

Comment gouvernerez-vous ?

En exerçant tous les pouvoirs prévus par la Ve. Je pense travailler avec un gouvernement composé d’un nombre de ministres réduit, mais accompagné de plusieurs hauts-commissaires en mission. C’est-à-dire avec une seule chose à faire, un projet à piloter, de manière à ce qu’on puisse sortir de l’inévitable routine que le pouvoir engendre. J’ai eu cette idée en observant la mission de Martin Hirsch [Haut commissaire du gouvernement Fillon]. J’ai trouvé que c’était un modèle assez performant. Cela permet à quelqu’un d’être à l’aise sur une mission précise, sans avoir en charge toute une administration. Cette formule gouvernementale particulière me paraît adaptée le temps que nous changions de Constitution.

Craignez-vous un risque de blocage institutionnel, par exemple sur la dernière tranche de votre grille d'imposition qui pourrait être jugée confiscatoire?

Avant l’adoption de la nouvelle Constitution, il y aura peut-être des blocages à certains moments car le Conseil constitutionnel fonctionnera d’après sa jurisprudence. Mais concernant la dernière tranche d’imposition à 90 %, ce n’est même pas sûr qu’il y ait un problème car le Conseil constitutionnel évalue le niveau d’imposition à la moyenne de toutes les tranches, et pas à la dernière.

Le candidat à la présidentielle Jean-Luc mélenchon sur sa
Le candidat à la présidentielle Jean-Luc mélenchon sur sa - NICOLAS NICOLAS MESSYASZ/SIPA

Sur l’Europe, votre plan A consiste à renégocier les traités. Quelle sera votre méthode pour convaincre les 27 autres pays de l’UE ?

On ne fait pas l’Europe sans la France. Les Français se sont exprimés deux fois : contre la Constitution en 2005, puis en votant M. Hollande pour la renégociation des traités. Rien de tout ça ne s’est produit. M. Hollande n’a rien demandé à Mme Merkel. Il ne faut donc pas montrer du doigt la chancelière, mais nos propres dirigeants qui n’ont pas fait le travail. Je serai entendu car moi, je ne traite pas les autres comme des ennemis ou comme des maîtres, mais comme des partenaires. Personne n’a envie que le processus de dislocation européenne, qui a déjà commencé, se poursuive.

Que voulez-vous renégocier ?

D’abord, le statut de la Banque centrale européenne : on ne peut pas accepter qu’elle soit seulement en charge de la stabilité des prix. Elle doit aussi s’occuper de l’emploi et de l’activité. Deuxio : les deux articles qui interdisent l’harmonisation sociale et l’harmonisation fiscale, parce que c’est par ces deux brèches que les peuples sont mis en concurrence, en autorisant des situations aussi indignes que les travailleurs détachés. Il y a aussi la question du protectionnisme aux frontières de l’Europe. Si l’UE a une chance de finir la décennie, c’est en changeant de méthode. Sinon, nous nous en irons.

Dans le pire des cas, vous sortez donc de l’UE par l’article 50 ?

Je n’ai pas envie d’imaginer le pire des cas.

À quel moment dites-vous, « ce n’est plus possible de négocier »…?

Vous verrez. C’est une négociation, pas un jeu. Vous croyez que je vais vous dire ici comment je vais m’y prendre ? Si je suis élu, je dois aller discuter avec les autres pays. J’ai la certitude absolue que nous serons entendus.

>> A lire aussi : Mélenchon ne souhaite pas vivre à l'Elysée

Vous proposez une augmentation massive des dépenses de l’Etat. Comment éviter la fuite en avant du déficit ?

Notre plan de relance se compose d’abord de 100 milliards d’investissements. Ce n’est pas énorme comparé aux 600 milliards de dette qu’a coûté le passage de M. Fillon au pouvoir. Ces 100 milliards engendrent un circuit économique vertueux par la création d’emplois, donc la baisse des dépenses en indemnisation chômage et l’augmentation des recettes fiscales. C’est pourquoi j’ai dit que s’il le fallait, on débloquerait un deuxième plan de 100 milliards en cours de route.

Par ailleurs, les dépenses publiques liées aux mesures sociales comme la retraite à 60 ans et au recrutement de fonctionnaires augmenteront pour 173 milliards. Les recettes nouvelles induites ont été évaluées à 190 milliards. Sur cinq ans, 3 millions d’emploi devraient être créés. Ce ne sont pas des chiffres lancés à la volée, ils n’ont d’ailleurs pas été contestés.

Votre programme économique présente aussi un risque de forte inflation…

Oui, il y a un risque d’inflation, et tant mieux. La BCE elle-même essaie d’en créer en faisant tourner la planche à billet. Elle met 80 milliards tous les mois sans aucun résultat. J’ai demandé à des économistes ce que provoquerait en inflation la mutualisation de la totalité des dettes souveraines : au maximum 5 points. 5 points d’inflation pour sortir de la dette et relancer l’activité, ce n’est rien ! J’ai vécu une époque où la France connaissait jusqu’à 10 points d’inflation, et dans le même temps, toutes nos dettes étaient épongées en dix ans.

L’économie française peut-elle résister à la pression des marchés financiers ?

Oui, et la question inverse se pose : est-ce que les marchés financiers peuvent résister à la pression de la France ? Mon personnage est assez redoutable et redouté pour qu’ils y réfléchissent à deux fois avant de s’en prendre à nous. Ils ne tomberont pas sur quelqu’un qui va se mettre à genoux devant je ne sais quelle agence de notation. D’ailleurs, à chaque fois qu’un pays est passé outre les recommandations de la Banque mondiale et du FMI, cela lui a réussi. Mais je n’aurai pas besoin d’en arriver là. Personne ne peut nous imposer une décision qu’on ne veut pas prendre.

À Paris, lors du passage de la
À Paris, lors du passage de la - NICOLAS NICOLAS MESSYASZ/SIPA

Vous proposez d’augmenter le smic net mensuel de 16 %, à 1.326 euros. Comment comptez-vous aider les TPE et PME ?

D’abord, je remplis le carnet de commandes, ce qui est nouveau pour elles. La sous-utilisation des équipements et des personnels est aujourd’hui criante. Une partie des marchés publics sera justement réservée aux PME et TPE françaises. Je baisse aussi l’impôt sur les sociétés de 33 à 25 % de manière à ce qu’elles retrouvent une marge sans toucher aux cotisations sociales. Je crée également un pôle bancaire public proposant des taux à 0 %. Les petites entreprises seront libérées de la situation actuelle qui les force à emprunter à des banques qui prennent 2 %. La disparition du RSI et l’inscription au régime général de la Sécurité sociale devraient être bien accueillies par les entrepreneurs.

Pourquoi insister autant sur la mer dans votre projet écologique ?

Pour qu’une économie redémarre, il faut trouver le secteur qui permettra la relance, et qui entraînera les autres. Nous avons le deuxième territoire maritime du monde. L’économie de la mer, qui permettra de créer 300.000 emplois, concerne la pêche, la construction navale, les éoliennes, la culture d’algue, la biologie. Des activités indélocalisables.

Surtout, la mer contient soixante-quinze fois les besoins en énergie de la terre. De quoi nous aider à passer à 100 % d’énergies renouvelables, ce qui divisera par deux la facture du commerce extérieur français, composé à 50 % d’importation de pétrole et de gaz.

N’est-ce pas paradoxal de se présenter comme « le candidat de la paix » et du désarmement tout en proposant un service militaire obligatoire de 9 mois ?

C’est un service civique dans lequel vous avez une branche militaire. Être candidat de la paix, c’est prendre les mesures adéquates pour que la population ait la capacité de se protéger en cas d’attaque. Ce service civique a aussi pour objectif de brasser les Françaises et les Français. J’appelle cela « faire France de tout bois ». Est-ce une pensée conforme à ma famille politique ? Oui, car elle rétablit le primat de l’intérêt général, plutôt que le chacun pour soi et le marché pour tous.

Pourquoi sortir de l’Otan ?

Nous n’avons aucune raison d’être embarqués dans les guerres américaines. L’Otan, c’est les Etats-Unis et rien d’autre. Les Américains ont une attitude agressive avec le monde entier. Ils engendrent continuellement des conflits. Je n’aime pas plus l’impérialisme américain que je n’aime la volonté de domination de quelque pays que ce soit.

Vous ne pensez pas qu’il existe un nouvel impérialisme russe ?

Je n’y crois pas une seconde. Du point de vue de l’Etat russe, il y a un sentiment d’insécurité, aggravé par les provocations innombrables des Nord-Américains. Il faut arrêter cet enchaînement. C’est pourquoi j’ai proposé une conférence sur la sécurité de l’Atlantique à l’Oural. Je ne suis pas d’accord pour qu’on accepte l’annexion de la Crimée. Pour autant, que fait-on ? On se prépare à la guerre ? Autant reprendre la discussion à zéro. Il vaut mieux traiter la question des frontières à froid dans une conférence, avant que tout le monde en vienne aux mains.

Question d’un internaute, Vivazapata : Comment nous assurer que vous ne referez pas les mêmes erreurs que votre modèle François Mitterrand ?

J’ai toujours dit que le changement viendrait à la fois d’en haut, et du peuple lui-même. J’ajoute que le référendum révocatoire que nous avons prévu d’inscrire dans la nouvelle Constitution permettra d’interrompre le mandat de n’importe quel élu, dont le président de la République. À tout moment, le peuple gardera sa capacité d’initiative.

>> Quel candidat à l’élection présidentielle correspond le mieux à vos idées ? Testez notre boussole ici dans sa version optimisée ou ci-dessous.

Mots-clés :