Emmanuel Macron
Emmanuel Macron - Montage 20 Minutes: CHAMUSSY/SIPA

C’est une annonce, glissée par Emmanuel Macron au fil  d’un entretien paru dimanche dans le JDD, qui n’est pas passée inaperçue. Le candidat d’En marche ! à la présidentielle affirme qu’il souhaite, s’il est élu, réformer le droit du travail par ordonnances. Un outil qu’il a pourtant critiqué par le passé.

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Comment Emmanuel Macron veut-il avoir recours aux ordonnances ?

Pour deux réformes, dès le début de son éventuel mandat : l’une sur le « droit à l’erreur », l’autre sur le Code du travail. « Fin mai ou début juin, un projet de loi d’habilitation permettra au gouvernement d’agir par ordonnances pour mettre en place le droit à l’erreur : sauf cas grave, l’administration qui contrôle un individu ou une entreprise ne sera plus immédiatement dans la sanction, mais dans l’accompagnement et le conseil », déclare l’ancien ministre de l’Economie au JDD.

Interrogé sur le droit du travail, il dit vouloir « introduire dès l’été un projet de loi d’habilitation pour simplifier le droit du travail et décentraliser la négociation ». Au menu : « donner plus de place à l’accord majoritaire d’entreprise ou de branche, encadrer les décisions des prud’hommes ». Des mesures qui prolongeraient la loi Travail promulguée en 2016. Emmanuel Macron souhaite que les horaires effectifs ou l’organisation du travail soient négociés au niveau des entreprises, par accords majoritaires ou référendum.

A nouveau, le candidat précise que cela se fera « par ordonnances, pour procéder de manière rapide et efficace ». Soit un outil inscrit dans la Constitution qui permet au gouvernement de légiférer sans passer par le processus parlementaire traditionnel, même s’il faut au préalable présenter au Parlement une loi d’habilitation. Un levier que François Fillon (Les Républicains), prévoit lui aussi d’actionner.

Que disait Emmanuel Macron il y a cinq mois au sujet des ordonnances ?

Ces engagements récents ne sont pas cohérents avec ce que déclarait le candidat au journal Le Monde, le 24 novembre dernier : « Je ne crois pas une seule seconde aux cent jours et à la réforme par ordonnances. Regardez ce qui vient de se passer quand on réforme en passant par le 49.3, qui est pourtant un article constitutionnel : les gens le prennent très mal ». Le candidat faisait référence à l’adoption « au forceps » de la loi Travail par le gouvernement Valls.

Il n’en fallait pas plus pour relancer ceux qui accusent le candidat de changer régulièrement d’avis. Sur les réseaux sociaux, les militants pro-Le Pen, Mélenchon, Fillon ou Hamon se sont empressés de critiquer Emmanuel Macron.

Benoît Hamon a également estimé lundi qu’il « n’est pas acceptable que la leçon que l’on puisse tirer de l’épisode de la loi El Khomri, ça soit de légiférer par ordonnances ». Le candidat socialiste a prédit qu’il se passerait « inévitablement » la même chose qu’avec la Loi Travail. D’autres candidats à la présidentielle ont relevé cette annonce, comme Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon.

Comment Emmanuel Macron justifie-t-il ce revirement ?

Face aux critiques, le candidat a essayé de se justifier ce mardi. « Nous avons besoin de faire passer cette réforme pour que les premiers effets se fassent sentir rapidement », a-t-il déclaré sur Sud Radio et Public Sénat. « C’est plus rapide et efficace sur le sujet », a-t-il poursuivi. Et d’ajouter : « C’est très différent d’un 49.3, ça permet d’accélérer les débats ». Il a par ailleurs précisé que ses propos de novembre dernier avait été « sortis de leur contexte » et que sa critique des ordonnances portait sur la loi Travail.

Dans son entourage, on se défend de tout « revirement » auprès de 20 Minutes. « On a toujours dit qu’on utiliserait tous les moyens institutionnels pour réformer. On aura recours aux ordonnances sur un seul sujet, et d’entrée de jeu, non pas pour passer une loi malgré des négociations. » Manière d’essayer de se distinguer du feuilleton loi Travail.

 

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