Présidentielle: Que proposent les candidats pour les prisons et les détenus?

JUSTICE La majorité des candidats à l’élection présidentielle continue de prôner l’augmentation des places en prison, en dépit de nombreuses études remettant en cause l’efficacité de cette mesure…

Helene Sergent

— 

Illustration: Photo d'archives du 9 décembre 2016 montrant l'entrée de la nouvelle prison des Baumettes.

Illustration: Photo d'archives du 9 décembre 2016 montrant l'entrée de la nouvelle prison des Baumettes. — BERTRAND LANGLOIS / AFP

Jamais les prisons françaises n’ont été si saturées. Avec 69.430 personnes incarcérées, le nombre de détenus a atteint au 1er mars un nouveau record. A vingt jours du 1er tour de l’élection présidentielle, la situation carcérale continue d’être analysée par la majorité des candidats via le prisme de la construction de nouvelles places de prisons. Quelles sont les principales propositions des onze prétendants à l’Elysée ? 20 Minutes fait le point

La priorité carcérale

Parmi les candidats, cinq proposent dans leur programme de créer de nouvelles places de prisons. Marine Le Pen (FN) et Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France) visent 40.000 places en cinq ans. François Fillon (LR) propose 16.000 nouvelles cellules, contre 15.000 pour Emmanuel Macron (En Marche !) et 10.000 pour Jacques Cheminade. Une position déjà adoptée par les précédents gouvernements ces vingt-cinq dernières années au cours desquelles 30.000 nouvelles places ont été créées.

Pour Cécile Marcel, directrice de la branche française de l’Observatoire international des prisons (OIP), ces propositions traduisent une véritable « méconnaissance » du milieu carcéral : « Les études l’ont montré, plus on construit, plus on enferme. On continue d’apporter la réponse prison alors qu’on sait qu’elle renforce la récidive et les facteurs de délinquance ». Le Conseil de l’Europe, qui a publié un livre blanc au sujet de la surpopulation carcérale en juin dernier, va également en ce sens : « La pratique a montré que le taux de population carcérale augmente à la suite de la construction intensive de prisons ».

>> A lire aussi : Prisons: Ce que révèle la démission du directeur de l’administration pénitentiaire Philippe Galli

Même constat pour Aline Daillère, responsable justice de l’ONG Acat (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture), « la politique de construction de nouvelles places de prison a démontré qu’elle ne résout en rien la surpopulation carcérale. L’une des solutions passe par le développement de mesures alternatives à la détention ». D’autant que l’augmentation du parc carcéral a un coût. En 2017, le ministère de la Justice s’est engagé à débourser 1.158 milliards d’euros pour créer 1.566 cellules supplémentaires dans 28 quartiers de préparation à la sortie et 3.468 cellules en maison d’arrêt. Aucun des cinq candidats n’a fourni de budget précis pour leur projet.

La fin de la « référence prison »

Trois candidats, Benoît Hamon (PS) et Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) et François Asselineau refusent cette orientation. Le socialiste plaide pour une amélioration de la préparation à la réinsertion et de la prévention de la récidive. Sans donner de chiffre, il s’engage à donner plus de moyens aux services pénitentiaires d’insertion et de probation (Spip). Il souhaite également qu’une unité de vie familiale et des bureaux de vote soient installés dans les prisons.

Des propositions proches de celles de Mélenchon qui veut recruter 2.000 agents pénitentiaires pour les escortes de détenus et promet de rénover les prisons « pour garantir la dignité humaine » et la « socialisation des détenus ». L’accent sera mis sur la « réinsertion » dans le budget de l’administration pénitentiaire et le candidat promet que « le droit à l’encellulement individuel » comme le droit du travail seront respectés.

François Asselineau, le candidat de l’UPR, souhaite « lancer des expériences de détentions alternatives » pour réduire la surpopulation, « favoriser la formation du personnel pénitentiaire » ou propose encore de « lutter contre toute forme de trafic et de violence en détention ». Comment ? Rien n’est précisé pour le moment, ni chiffré (comme Mélenchon et Hamon).

>> A lire aussi : Présidentielle: Une association attaque l'Etat pour permettre aux détenus de voter

Si Emmanuel Macron s’est dit en faveur de la construction de 15.000 nouvelles places en prison, le programme du candidat d’En Marche ! évoque également la « création d’une agence des mesures alternatives à l’incarcération », « l’augmentation des moyens des SPIP » et la rénovation des prisons les plus vétustes du territoire.

Une position ambiguë pour Cécile Marcel de l’OIP : « Quand il dit que les peines inférieures à deux ans ne sont pas exécutées, c’est faux. En proposant de supprimer le principe l’automaticité d’aménagement de ces peines, il surfe sur l’opinion. Comme Marine Le Pen lorsqu’elle avance la mise en place la perpétuité réelle - qui existe déjà - ou quand François Fillon plaide pour un retour des peines planchers, pourtant  l’un des grands échecs du quinquennat Sarkozy ».

>> Quel candidat à l’élection présidentielle correspond le mieux à vos idées ? Testez notre boussole ici dans sa version optimisée ou ci-dessous.