Présidentielle: Uniforme, discipline… Comment les candidats veulent renforcer l’autorité à l’école

PROGRAMMES Plusieurs candidats, majoritairement à droite, propose des mesures pour améliorer le respect de la discipline en classe…

Delphine Bancaud

— 

Une écolière en uniforme.

Une écolière en uniforme. — OJO Images / Rex Featur/REX/SIPA

Ligne de fracture entre candidats de gauche et ceux de droite, la question de l’autorité dans les établissements et du respect des enseignants prend une large place dans le volet éducation de certains programmes électoraux. Avant le débat ce mardi soir des onze candidats à la présidentielle sur BFMTV et CNews, 20 Minutes revient sur ces mesures très clivantes, qui sont surtout portées par les candidats de droite.

Rétablir le port de l’uniforme, certains en rêvent

C’est le cas de Marine Le Pen et de François Fillon. Une idée à laquelle bon nombre de Français ne sont pas hostiles. En effet, un sondage BVA publié en septembre 2016 indiquait que 65 % des personnes interrogées y étaient favorables.  Nicolas Dupont-Aignan est lui, moins directif sur le sujet et explique dans son programme vouloir « donner la possibilité à un établissement, en accord avec l’institution scolaire, de décider du port de l’uniforme dans le primaire et au collège ».

Une mesure qui si elle était instaurée, constituerait un retour en arrière car la tenue vestimentaire unique n’est plus obligatoire depuis 1968, bien qu’elle soit toujours prisée dans certaines écoles privées et militaires ainsi que dans les départements d’outre-mer.

Interdire le portable dans les établissements

« Nous interdirons l’usage des téléphones portables dans l’enceinte des écoles primaires et des collèges », lance Emmanuel Macron dans son programme. Une idée que défend aussi Nicolas Dupont-Aignan. Cette mesure est un peu surprenante puisque la plupart des règlements intérieurs interdisent déjà les portables en classe.

Par ailleurs, plusieurs observateurs du monde éducatifs se demandent comment ils pourront contrôler les élèves. Faudra-t-il ouvrir les sacs à l’entrée de l’établissement ? Et épier dans la cour ceux qui auront quand même réussi à rentrer avec un portable ?

Valérie Sipahimalani, secrétaire générale adjointe du SNES, rappelle d’ailleurs que les élèves sont équipés de portable par leurs parents, « qui veulent pouvoir joindre leur enfant après la classe, parce que ça les rassure ». Peut-on les priver de cela ? D’autre part, selon Christian Chevalier, ex-secrétaire général du SE-Unsa, « On ne peut pas avoir un discours sur le développement du numérique et interdire à l’école l’outil numérique le plus facile d’accès », indique-t-il.

Evaluer le comportement de l’élève

Bavardages, bruit, manque d’attention… Selon une récente enquête* révélée par la FCPE, le comportement des élèves français en classe est un des pires de l’OCDE. Une réalité que semble avoir pris en compte François Fillon dans son programme car il prévoit d'« instaurer une évaluation du comportement de l’élève au collège afin de prendre en compte l’assiduité en classe, le respect des règles de l’établissement, le respect des autres et d’abord des professeurs et éducateurs, la politesse, l’attention aux élèves malades ou handicapés, la prise de responsabilité. »

Nicolas Dupont-Aignan va dans le même sens, en fixant comme objectif : « Apprendre les règles élémentaires de politesse et de civilité et confirmer le vouvoiement obligatoire des élèves envers les enseignants (de la sixième à la terminale) et des enseignants envers les lycéens par nécessité d’un respect mutuel ». Des règles qui sont déjà établies dans la majorité des établissements, mais que le candidat de Debout la France veut quand même graver dans le marbre.

Sanctionner plus durement les incivilités à l’école 

Nicolas Dupont-Aignan veut être intraitable avec les auteurs de harcèlement scolaire. Dans son programme, il déclare même vouloir : « exclure les élèves coupables de harcèlement et supprimer les allocations familiales de leurs parents ». Même « tolérance zéro » face aux incivilités scolaires. Selon lui, il faut « simplifier les procédures d’exclusion pour faits de violence, et assurer la protection des personnels dans l’exercice de leur métier ». Dans le même esprit, il souhaite « conditionner le versement des allocations familiales à l’assiduité scolaire et sensibiliser les familles aux obligations de leur enfant en milieu scolaire lors d’une réunion ou d’un entretien de rentrée à laquelle un représentant légal sera tenu d’assister ». La suspension des allocations familiales pour les parents dont les enfants étaient trop souvent absents en classe existait lors du quinquennat de Nicolas Sarkozy et a été abrogée sous François Hollande.

François Fillon est à peu de chose près sur la même ligne. Il veut sanctionner les parents d’élèves perturbateurs en suspendant leurs allocations familiales. Et pour les élèves les plus perturbateurs, il veut créer des « établissements adaptés ». Marine Le Pen est un peu plus floue dans ce domaine, en déclarant : « il convient de responsabiliser les parents par la suppression du versement des aides sociales aux parents de mineurs récidivistes en cas de carence éducative manifeste (engagement 18) ».

Sans surprise, Jean-Luc Mélenchon  s’oppose à cette gestion autoritaire des conflits scolaires. Il mise davantage sur la médiation et sur le renforcement des services de vie scolaire. Il se fixe ainsi l’objectif de « recruter 8.000 conseillers principaux d’éducation (CPE) et [de] garantir la présence d’au moins un CPE à plein-temps dans chaque établissement, avec un plan de pré-recrutement ouvert aux assistants d’éducation (AED), et recentrer le métier autour de ses missions éducatives ».

Pour mieux lutter contre toute forme de violence à l’école, il veut « former l’ensemble du personnel à la gestion des phénomènes de violence » et « adopter dans chaque établissement un plan de lutte contre les violences et le harcèlement scolaires ». En revanche, peu de candidats évoquent dans leur programme la question des sanctions scolaires.

​>> Quel candidat à l'élection présidentielle correspond le mieux à vos idées ? Testez notre boussole ici dans sa version optimisée ou ci-dessous.​

 

*L'enquête a été réalisée sur 6.000 élèves de la troisième à la première.