Présidentielle: Mélenchon dit non à un énième appel au rassemblement d'Hamon

CAMPAGNE Le candidat socialiste à la présidentielle Benoît Hamon a lancé ce mercredi à appel au rassemblement, quand le patron des communistes Pierre Laurent a espéré en une « candidature commune » Mélenchon-Hamon…

Anne-Laëtitia Béraud

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Les hommes politiques Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon lors d'une manifestation à Paris le 21 janvier 2010

Les hommes politiques Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon lors d'une manifestation à Paris le 21 janvier 2010 — CHAMUSSY/SIPA

Le psychodrame continue à gauche, mais, a assuré ce mercredi le patron du PS Jean-Christophe Cambadélis, ce n’est pas une «Saint-Barthélemy socialiste ». Peu après l’annonce de Manuel Valls expliquant qu’il voterait dès le premier tour de la présidentielle pour Emmanuel Macron, Benoît Hamon a lancé  un appel au rassemblement. L’espoir d’une « candidature commune » Mélenchon-Hamon a été relancé ce même jour par Pierre Laurent, secrétaire général du parti communiste. Ressorti du placard depuis plusieurs mois, le scénario d’une alliance Hamon-Mélenchon ressurgit à trois semaines de la présidentielle. Mais le candidat du Parti de gauche l'a fermement écarté, mercredi soir, au grand regret du socialiste.

Parmi les partisans de Benoît Hamon, l’idée d’une candidature commune séduit toujours. La sénatrice de Paris Marie-Noëlle Lienemann assure ce mercredi à 20 Minutes : « J’ai toujours été favorable à ce qu’il y ait un débat à gauche pour une plateforme gouvernementale et législative commune afin d’atteindre une candidature commune… Une rencontre, c’est bien et utile ».

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Ce rendez-vous séduit aussi Gérard Filoche, membre du bureau national du PS, qui estime qu'« en 72 heures, un accord global peut être construit : sur un programme commun, sur le candidat et la composition d’un gouvernement d’union, sur des candidats communs aux législatives afin de déboucher sur une majorité parlementaire ». Des idées de négociations sur lesquelles s’étrangle le Parti radical de gauche (PRG) de Sylvia Pinel, qui juge « inacceptable » « une union entre Benoît Hamon et la France insoumise ». Des commentaires bien loin de la « candidature commune » professée par Marie-Noëlle Lienemann ou Pierre Laurent.

« Une rencontre, c’est bien et utile »

Cet espoir d’une « candidature commune » des candidats des gauches à la présidentielle est par ailleurs impossible. Comme le relève Michel Lascombe, professeur de droit constitutionnel à Sciences-Po Lille, « nous ne sommes pas aux Etats-Unis avec des candidatures sous forme de ticket avec un président et un vice-président. Chez nous, il n’y a qu’un poste, donc un seul candidat », souligne ce spécialiste de droit public. Seule possibilité pour une éventuelle union entre deux prétendants à la magistrature suprême : que l’un des candidats se retire au profit d’un autre. « Un candidat peut se retirer en appelant ses électeurs à voter pour un autre, sans que l’élection présidentielle ne soit reportée ». Petite surprise : même si l’un des candidats se retirait, des bulletins à son nom seraient imprimés et distribués aux électeurs. Avec la suite que l’on peut imaginer dans l’isoloir…

Critères pour évaluer le meilleur candidat

Mais dans le cas où des négociations Hamon-Mélenchon à la Highlander  mènerait à ce qu’il n’en reste qu’un, qui serait le mieux à même d’incarner CE candidat présidentiel ? Et sur quel critère ? Les sondages doivent être pris en compte dans l’équation, explique sur BFMTV le secrétaire général du PCF Pierre Laurent ce mercredi. Le patron des communistes qualifie d’« atout » « la dynamique de campagne » de Jean-Luc Mélenchon, tout en réfutant le « ralliement des uns aux autres ».

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Selon ces évaluations de ces « dynamiques » - que l’on peut traduire par « sondages » - Benoît Hamon est donné en cinquième position du premier tour de la présidentielle par plusieurs enquêtes, derrière Marine Le Pen, Emmanuel Macron, François Fillon et Jean-Luc Mélenchon. Des sondages pris avec des pincettes par le sénateur socialiste Jean-Pierre Sueur, qui confie à 20 Minutes : « Les sondages, à trois semaines du premier tour d’une élection, n’ont pas de valeur » à cause des marges d’erreurs et des critères de redressement « trop elliptiques » effectués par les instituts de sondages. « Aucun sondage ne donne un chiffre exact, mais un éventail, un écart pertinent [pour évaluer une candidature] », précise l’ancien ministre investi sur la question des sondages.

Mélenchon ne veut pas « s’accrocher à un corbillard »

Autre critère, celui-ci avancé par les hamonistes : une supposée « position centrale à gauche » du candidat socialiste. Benoît Hamon a estimé ce mercredi être « le seul à pouvoir conjuguer des électorats différents, des radicaux aux plus modérés ». Et aussi de « créer les conditions d’une majorité parlementaire pour gouverner », selon le candidat. Un argument relayé par la sénatrice Marie-Noëlle Lienemann, qui invite à « réfléchir en particulier à celui qui peut agréger des électorats et qui accepte une plateforme gouvernementale et législative commune, et non d’avoir, seul, les mains libres ». Selon le député PS Jean-Jacques Germain, «Jean-Luc Mélenchon sait très bien qu’il ne peut pas réunir suffisamment d’électeurs pour gagner. Il est de sa responsabilité de le reconnaître. Tout le monde à gauche sait que seul Benoît Hamon le peut par sa position centrale », dit-il à 20 Minutes.

Le député européen du Parti de gauche n’a jamais eu l’intention de se retirer au profit de quiconque. Le 17 février, Jean-Luc Mélenchon affirmait, à propos du PS, « ne pas avoir l’intention d’aller s’accrocher à un corbillard ». Mercredi soir, il a assuré vouloir poursuivre son « chemin, sans ne céder rien », malgré l'appel du pied officiel de Benoît Hamon. « Puisque ce n'est de nouveau pas possible, puisqu'il préfère continuer, qu'il continue, je le regrette profondément », a indiqué le candidat socialiste

Sur son blog mardi, Jean-Luc Mélenchon dressait un tableau d’une supposée recomposition du paysage politique français en cours. « On peut dire que trois pôles se disputent l’hégémonie idéologique sur notre société » représentés par les candidatures de Marine Le Pen, Emmanuel Macron et lui-même, écrit-il. « Entre ces blocs, d’inégale importance, les candidatures qui essaient de se positionner entre deux de ces pôles entrent dans une tension ingérable. » Le PS est mort, dit en substance Jean-Luc Mélenchon.