Le candidat à la présidentielle Les Républicains François Fillon lors d'un meeting à Nantes le 27 mars 2017
Le candidat à la présidentielle Les Républicains François Fillon lors d'un meeting à Nantes le 27 mars 2017 - SEBASTIEN SALOM-GOMIS/SIPA

Sur votre écran, les réseaux sociaux ou dans vos journaux, vous verrez à coup sûr aujourd’hui un sondage sur l’élection présidentielle. Rebelote demain si vous y prêtez attention. Selon ces enquêtes organisées comme une « photographie » de l’opinion à un instant « T », Marine Le Pen et Emmanuel Macron sont au coude-à-coude, quand  François Fillon  arrive en troisième position, à 6-8 points derrière. Le candidat de la droite pourrait-il être sous-estimé, bénéficiant d’un « vote caché » comme l’affirment ses soutiens ?…

Interrogés par 20 Minutes, les instituts de conseils et de sondages BVA Opinion, Ifop, OpinionWay et PollingVox répondent en chœur : non, le candidat de la droite à la présidentielle n’est pas sous-coté dans ces enquêtes. Il est crédité de 16 à 20 % des intentions de votes. Après ce premier constat, un second : l’incertitude des électeurs rend le scrutin d’avril très incertain.

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Les sondés changent plus facilement de préférence qu’auparavant et ne se décident que dans les derniers jours de la campagne. « Il y a une difficulté de mesurer le score de François Fillon compte tenu du climat des affaires qui brouillent cette campagne surprenante », confie Erwan Lestrohan, directeur d’études à BVA Opinion.

Volatilité des sondés

Parmi les soutiens de François Fillon, on espère qu’un « vote caché » des sondés minorerait les intentions de vote des enquêtes. Un argument utilisé par Nicolas Sarkozy lors de la présidentielle de 2012 puis lors de la primaire à droite de 2016… Mais qui ne s’est finalement pas vérifié. Certains sondeurs ne rejettent cependant pas cette hypothèse. Jérôme Sainte-Marie, président de la société d’études et de conseils PollingVox, juge « possible qu’il y ait aujourd’hui un vote Fillon honteux, sur le modèle de ce qui s’est passé à la présidentielle de 2012 avec Nicolas Sarkozy. Des sondés ont tu leur choix mais ont voté pour lui. Les résultats au second tour de la présidentielle 2012 ont été finalement plus resserrés que tous ceux mesurés », estime le sondeur.

« On peut s’interroger avec prudence à propos d’un vote caché sur la candidature de François Fillon, compte tenu du climat de cette campagne », souligne Bruno Jeanbart, directeur général adjoint de OpinionWay. Pour ce dernier, « le second tour à la présidentielle n’est pas joué entre Emmanuel Macron et François Fillon » pour deux raisons : « La moitié des sondés préférant aujourd’hui Emmanuel Macron n’est pas sûre de son choix. Et les candidatures du centre peuvent être parfois surestimées dans les enquêtes », continue-t-il.

Les sondages et l'élection

François Fillon, avec une chute de dix points dans les sondages depuis la primaire à droite, peut-il espérer une qualification au second tour de la présidentielle ? Pas impossible, répondent prudemment les sondeurs. « François Fillon peut agréger à son socle solide quelques points venant des abstentionnistes mais aussi de ceux d’électeurs de droite passés chez Emmanuel Macron », évalue Jérôme Sainte-Marie de PollingVox. Et si le candidat n’a pas la même force dans son camp que Nicolas Sarkozy en 2012, relève Erwan Lestrohan de BVA Opinion, François Fillon bénéficie d’une large base d’électeurs sûrs d’aller voter pour lui (70 %).

L’élection présidentielle française reste, à un mois du premier tour, très ouverte. D’autant que « les sondages, qui devaient rester une mesure réalisée avec rigueur, sont devenus un élément du débat politique », note le sénateur PS Jean-Pierre Sueur, coauteur avec son collègue LR Hugues Portelli d’amendements sur les sondages dans la loi d’avril 2016 relative à la modernisation de règles concernant les élections. « Les sondages sont des acteurs qui interfèrent dans le débat car une partie des électeurs vote contre les évaluations données par ces sondages », développe le sénateur du Loiret très investi sur les méthodes des sondages publiés. Pour cet ancien ministre, « le seul sondage intéressant, c’est l’élection. Pas les calculs, les marges d’erreur et les critères de redressement qui restent toujours trop elliptiques… »

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