Les cinq candidats sur le plateau de TF1, lundi 20 mars 2017.
Les cinq candidats sur le plateau de TF1, lundi 20 mars 2017. - Blondet-Pool/SIPA

Elle a eu pas mal de boulot ces dernières semaines. Un peu plus d’un mois après avoir adressé un questionnaire à chacun d’entre eux, l’antenne française de Transparency International a présenté ce jeudi son rapport sur les engagements des candidats à l’élection présidentielle en faveur de l’éthique de la vie publique, sujet imposé dans la campagne présidentielle par l’émergence des affaires autour de François Fillon et Marine Le Pen.

Son président Daniel Lebègue, ancien directeur du Trésor et de la BNP, a rappelé au cas où que « la France n’est pas un pays où la corruption est endémique » mais que « beaucoup de nos concitoyens ont l’impression de s’enfoncer dans le marécage du "tous pourris" ».

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C’est en effet le sentiment de 57 % des Français sondés par Harris Interactive à la demande de l’ONG, 38 % jugeant qu’une petite partie au moins des personnes exerçant des responsabilités sont corrompues, et 4 % seulement ne voyant pas de corruption.

Il y a donc encore des progrès à faire selon Transparency, qui se base sur 11 recommandations pour favoriser la moralisation de la vie publique.

  1. Un casier judiciaire vierge pour être éligible
  2. Droit de pétition national qui s’imposerait aux parlementaires
  3. Consultation accrue des citoyens (par internet par exemple)
  4. Contrôle de l’Indemnité représentative de frais de mandat (IRFM) de 5.770 euros bruts par mois
  5. Contrôle des dépenses de campagne durant les périodes électorales (comme aux Etats-Unis)
  6. Vérification des patrimoines et déclarations fiscales des ministres avant la prise de fonction
  7. Application de la loi sur le non-cumul des mandats
  8. Limite à trois mandats successifs dans le temps
  9. Encadrement des lobbies
  10. Indépendance de la justice vis-à-vis du pouvoir exécutif
  11. Prévention de la corruption dans les collectivités territoriales

 

Ci-dessous, la synthèse du niveau d’accord entre le programme de chaque candidat et les préconisations de l’ONG.

20 Minutes a réparti les candidats en quatre catégories, en fonction des observations de Transparency International : les meilleurs élèves, ceux qui font des efforts, ceux qui doivent un peu revoir leurs copies, et celui qui a refusé de faire ses devoirs.

Les premiers de la classe

Benoît Hamon récolte un 11/11, son programme et les indications qu’il a données à Transparency coche toutes les cases des recommandations. Jacques Cheminade fait un presque-parfait, il préfère juste des référendums ponctuels au principe d’une pétition qui, signée par au moins 450.000 personnes, s’imposerait à l’ordre du jour des chambres parlementaires.

Philippe Poutou complète le trio des bons élèves, avec un 10/11. Paradoxalement, le candidat du NPA est presque trop zélé sur un point selon Transparency, puisqu’il veut tout simplement interdire le lobbying au Parlement, l’ONG préférant un encadrement « d’un rouage de la démocratie » tant qu’il est « éthique et régulé ».

Les bons élèves, avec marge de progression

C’est le peloton, où l’on trouve François Asselineau, Nicolas Dupont-Aignan, Jean Lassalle, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon, avec 8 à 9/11.

Il y a ceux qui, comme Cheminade, préfèrent les référendums au système de pétition (Asselineau, NDA), ou celui qui rejette l’idée pour des questions logistiques (Macron, qui n’est pas non plus chaud pour une vérification fiscale accrue des ministres). Jean Lassalle refuse le non-cumul des mandats, y compris dans le temps.

Sur l’indépendance de la justice, Mélenchon récolte une pastille orange car il veut que le pouvoir judiciaire passe sous autorité du Parlement et plus du gouvernement, ce qui est insuffisant pour Transparency, et Nicolas Dupont-Aignan est en rouge sur ce point, pour sa volonté de placer les magistrats du parquet sous contrôle d’un procureur départemental. Enfin, à l’instar de Poutou, Jean-Luc Mélenchon y va fort sur les lobbies, qu’il veut interdire.

Rassemblement contre la corruption le 5 mars 2017 à Paris, place de la République.
Rassemblement contre la corruption le 5 mars 2017 à Paris, place de la République. - Arnaud Andrieu/SIPA

Le duo des « peut mieux faire »

Les deux candidates Nathalie Arthaud et Marine Le Pen font un peu moins bien, note l’ONG. La présidente du Front national n’est en phase qu’avec le contrôle de l’IRFM, le casier judiciaire vierge et le contrôle des dépenses électorales pendant la campagne.

Pour le reste, elle ne souscrit pas au système de pétition, à la vérification préalable des situations fiscales des ministres, à une réforme pour l’indépendance de la justice et au non-cumul des mandats. En outre, elle partage avec Jean-Luc Mélenchon et Philippe Poutou la volonté d’interdire le lobbying plutôt que de l’encadrer comme aux Etats-Unis.

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Le cas de Nathalie Arthaud est plus simple : si la candidate de Lutte ouvrière récolte autant de rouge, c’est surtout dû à une absence de réponses sur plusieurs points qu’« elle n’estime pas prioritaires, jugeant le problème plus général », relaie le président de Transparency France.

Elle est par exemple la seule candidate à ne pas souscrire à l’idée d’un casier judiciaire vierge pour se présenter à une élection. Les points où elle récolte du vert (vérification de la situation fiscale, contrôle de l’IRFM et des dépenses électorales en quasi-temps réel, encadrement des lobbies) se trouvaient déjà dans son programme.

Celui qui n’a pas répondu au questionnaire et aux mails de Transparency

Les dix autres candidats ayant été cités, il reste François Fillon. Malgré les relances de l’ONG, le candidat des Républicains a refusé de s’épancher sur ses propositions en matière de transparence.

Néanmoins, il avait été interrogé sur ce point lors du débat sur TF1 le 20 mars. Sa réponse, en quelques secondes : « Si je suis élu président de la République, je confierai au vice-président du Conseil d’Etat, au premier président de la Cour des comptes et au procureur près la Cour de cassation le soin de faire des propositions sur la transparence et sur la moralisation de la vie politique. »

Pour rappel, François Fillon est mis en examen depuis le 14 mars pour « détournement de fonds publics, complicité et recel d’abus de biens sociaux, et manquements aux obligations de déclaration à la Haute autorité sur la transparence de la vie publique ».

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