Qui est Robert Bourgi, l’avocat de la «Françafrique» qui a payé les costumes de François Fillon?

JUSTICE L'avocat de 71 ans, figure discrète des réseaux politiques sur le continent africain, conseille et habille François Fillon...

Olivier Philippe-Viela

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L'avocat Robert Bourgi dans son cabinet a Paris, le 9 septembre 2011.

L'avocat Robert Bourgi dans son cabinet a Paris, le 9 septembre 2011. — BERNARD BISSON/JDD/SIPA

Il avait l’habitude de donner du « papa » à Omar Bongo, l’ancien président gabonais. L’avocat Robert Bourgi, figure discrète de la « Françafrique », est l’homme qui a offert deux costumes à François Fillon, pour 13.000 euros, indique Le Monde ce vendredi, après la révélation du JDDsur les habitudes vestimentaires du candidat LR à l’élection présidentielle. « Je ne ferai aucun commentaire. Je donne la priorité aux juges s’ils venaient à m’interroger », a soufflé à l’AFP le généreux donateur.

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L’histoire d’amour, ou d’intérêts, entre Robert Bourgi, 71 ans, et la droite française, remonte à loin. Né au Sénégal en 1945, dans une famille libanaise dont il a hérité sa foi de musulman chiite, Bourgi est considéré comme le successeur du « Monsieur Afrique » de Charles de Gaulle, Jacques Foccart.

Son père, Mahmoud, l’un des premiers adhérents du Rassemblement du peuple français fondé par le général après-guerre, faisait fructifier ses affaires de grand commerçant du textile à travers les réseaux gaullistes de Foccart. Lui-même proche du RPR, Robert Bourgi avait fréquenté le « club 89 », groupe créé par Alain Juppé après la victoire de Mitterrand afin de « reconstruire le projet de la droite ». Il a par la suite conseillé Jacques Chirac, Dominique de Villepin, Nicolas Sarkozy et aujourd’hui François Fillon.

« Bourgi rendait compte de toutes les humeurs d’Omar Bongo »

De tous les dirigeants africains à qui il a servi de relais, Robert Bourgi a surtout cultivé un lien particulier avec « papa » Bongo. Le journaliste Antoine Glaser, spécialiste de la « Françafrique » et fondateur de La Lettre du continent, rappelle à 20 Minutes le rôle de l’avocat : « "Le vieux" était très généreux avec un certain nombre de dirigeants politiques français pour obtenir ce dont il avait besoin. Bourgi était une sorte de porte-parole, il rendait compte de toutes les humeurs d’Omar Bongo. Par exemple, quand un ministre de la Coopération déplaisait au dirigeant gabonais, on en changeait. »

Robert Bourgi lui-même avait confirmé auprès de RTL qu’en mars 2008, sous Nicolas Sarkozy, Jean-Marie Bockel avait été « remplacé » en tant que secrétaire d’État chargé de la Coopération et de la Francophonie, après un coup de fil d’Omar Bongo à l’avocat : « Je suis allé voir le Président de la République à l’Elysée en présence de M. Guéant [alors secrétaire général de l’Elysée], et je lui ai passé le message ferme et voilé de menaces du président Bongo. Et il m’a dit : écoute, dis à Omar, comme il l’appelle, et aux autres chefs d’Etat que M. Bockel partira bientôt et sera remplacé par un de mes amis, un ami de M. Guéant ». « Il a eu leur tête à chaque fois, et Bourgi intervenait à chaque fois », résume le spécialiste de l’Afrique.

Conseiller Afrique de François Fillon depuis 2012

Récemment, il a usé de ses entrées auprès de Nicolas Sarkozy, pour tenter de réconcilier l’ancien président avec l’actuel candidat LR à la présidentielle François Fillon. « En vain », selon Le Monde. Bourgi tient depuis 2012 un rôle de conseiller officieux du député de Paris sur les questions africaines : « En novembre 2013, il avait notamment contribué à l’organisation de son voyage au Sénégal, puis en Côte d’Ivoire, où il entretient les meilleures relations », écrit le quotidien du soir.

Antoine Glaser précise néanmoins que son influence n’est plus la même que dans les années 80 : « Depuis la fin de la Guerre froide, l’Afrique s’est mondialisée et Bourgi a eu moins de poids. Mais à partir du moment où, à Paris, peu de gens suivent les affaires africaines, il a continué à avoir des relations dans plusieurs pays africains. » Depuis son bureau avenue Pierre-1er-de-Serbie, dans les beaux quartiers de Paris, l’avocat qui roule en Maserati joue toujours de ses réseaux. Et de son chéquier, qu’il a usé pour régler des vêtements sur mesure pour l’ex-Premier ministre pour un montant de 13.000 euros.