Présidentielle: Pourquoi le FN appelle-t-il soudainement les élus à parrainer Poutou et Guaino?

PARRAINAGES Marine Le Pen et Louis Aliot veulent adresser un message à la « droite hors-les-murs » tout en se posant en parti institutionnel…

Olivier Philippe-Viela

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Louis Aliot et Marine Le Pen, un couple en campagne, le 2 décembre 2015 après un meeting à Nîmes avant les élections régionales.

Louis Aliot et Marine Le Pen, un couple en campagne, le 2 décembre 2015 après un meeting à Nîmes avant les élections régionales. — APERCU/SIPA

On ne l’avait pas vu venir, et pourtant, Louis Aliot, vice-président du Front national, a bien appelé mardi sur BFMTV à parrainer… Philippe Poutou, le candidat du Nouveau Parti anticapitaliste, totalement à l’opposé du spectre politique. « Qu’on le veuille ou non, il représente un pan de l’opinion française », a justifié le député européen.

Dans le même temps, le Conseil constitutionnel mettait à jour la liste des signatures d’élus pour les candidats à l’élection présidentielle : petite surprise, sur les 17 parrainages récoltés par Henri Guaino, le député LR des Yvelines, un a été signé de la main de Marine Le Pen. Explication de la cheffe frontiste sur son site mardi : « « Avec la candidature de François Fillon à l’élection présidentielle, la sensibilité patriote d’Henri Guaino a été définitivement enterrée au sein de LR. »

« Le FN a longtemps eu des difficultés à réunir des parrainages »

Pourquoi donc la candidate du Front national et son vice-président soutiennent-ils des politiques d’autres bords idéologiques ? Philippe Poutou n’a pas cherché à comprendre, refusant dans un tweet le coup de main d’Aliot.

Il y a pourtant des choses à dire sur l’appel de Louis Aliot. Selon le politologue Gilles Ivaldi, chercheur au CNRS à l’Université de Nice-Sophia Antipolis, le geste a une charge symbolique : « Le FN a longtemps eu des difficultés à réunir des parrainages, et en a joué pour se poser en parti antisystème. Soutenir Poutou, cela leur permet de dire d’un que, maintenant, le Front national est un grand parti institutionnel, qui a la force d’appeler à parrainer même ses adversaires ; et de deux, ça leur permet de jouer les grands seigneurs et d’insister sur le respect de la démocratie. »

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Ce coup de pouce de Louis Aliot ne coûtera de toute manière pas grand-chose à son parti, car Philippe Poutou risque de ne pas pouvoir se présenter (il a 357 signatures à trois jours de la date limite) et, s’il réussit, il n’est pas une menace électorale pour le FN, avec environ 1 % d’intentions de vote dans les sondages.

Les législatives dans le viseur frontiste

Le parrainage officiel de Marine Le Pen adressé à Henri Guaino est en revanche bien plus éclairant sur la stratégie du parti. « Elle essaie aujourd’hui de toucher cette droite d’interstice, "hors-les-murs", située quelque part entre Les Républicains et le Front national », explique Gilles Ivaldi.

Trois personnalités en particulier sont concernées :

  • Nicolas Dupont-Aignan, que le FN vise depuis un moment pour créer une dynamique en vue des législatives.
  • Philippe de Villiers, qui s’est rapproché du FN par le biais de la très catholique Marion Maréchal-Le Pen.
  • Et Henri Guaino, devenu un électron libre chez LR.
Henri Guaino assis sur les bancs de l'Assemblée nationale, le 18 septembre 2013
Henri Guaino assis sur les bancs de l'Assemblée nationale, le 18 septembre 2013 - Patrick Kovarik AFP

Le chercheur du CNRS y voit un message du FN, non pas pour la présidentielle, mais pour les législatives dans la foulée, en juin 2017 : « Ce parrainage est une manière de lui faire un appel du pied, avec l’idée que Guaino pourrait grossir les rangs de ce que sera le Rassemblement bleu Marine (RBM). Car quel que soit le résultat de la présidentielle, le défi du FN sera de réussir ce que le RBM n’avait pas réussi en 2012, c’est-à-dire élargir la base du parti au niveau local. En attendant, le FN reste un parti isolé, qui a besoin de trouver des alliés sur le terrain. »

Avec en tête, pour Marine Le Pen, l’idée qu’une élimination de François Fillon au premier tour le 23 avril pourrait provoquer l’implosion de la droite, « rêve du FN depuis des années, rappelle Gilles Ivaldi. Si cela se produit, dans certaines régions, notamment le sud de la France, le Front national pourrait créer des passerelles avec des candidats de droite qui seraient déboussolés et qui voudraient chercher refuge dans un mouvement qui aurait le vent en poupe. »