Benoît Hamon au Salon de l'agriculture, le 2 mars 2017 à Paris.
Benoît Hamon au Salon de l'agriculture, le 2 mars 2017 à Paris. - THOMAS SAMSON / AFP

Dans la valse des candidats à la présidentielle qui se succèdent porte de Versailles, à Paris, où se déroule le Salon de l’agriculture, un prétendant à l’Elysée manquait encore à l’appel ce jeudi matin. Emmanuel Macron ? Non, l’ancien ministre de l’Economie était présent la veille avec beaucoup de journalistes pour l’accompagner. Alors serait-ce François Fillon ? Non, le candidat LR est venu la veille aussi, avec autant de policiers autour de lui. Jean-Luc Mélenchon ? Toujours pas, car il ne viendra pas cette année.

« Mais c’est M. Hamon ! », s’émerveille un visiteur coiffé d’un béret (c’est le thème local), tendu sur la pointe des pieds pour apercevoir le député socialiste nassé au cœur d’un troupeau de journalistes et de gardes du corps.

« Je l’imaginais beaucoup plus grand », conclura monsieur après sa prise d’information. « Il est tout petit, comment fait-on pour le voir ? », confirme une autre passante. Comme pour Emmanuel Macron la veille, la taille de Benoît Hamon (1m69 pour info) a été soulignée par à peu près tous les visiteurs qui ont croisé la masse de caméras cerclant le candidat.

Une poignée de main avec Stéphane Le Foll

Alors qu’il est venu en terrain loin d’être conquis, au crépuscule d’un quinquennat Hollande que ne regrettera pas le monde agricole, Benoît Hamon a mis dans sa poche ses interlocuteurs. Une petite blague par-ci, un « selfie pour le Gers ! » par-là, quelques signatures à droite à gauche, et voilà que le charme du candidat « détendu » opère. Car il n’a pas été question que de la taille du député frondeur.

« Il est détendu [oui, le mot "détendu" revient tout le temps], intéressant, il a pris le temps pour discuter avec nous », s’enthousiasme Sylvie, après quelques minutes passées avec l’ancien ministre au stand de l’Institut national de la recherche agronomique. « Il a même insisté auprès de son staff pour rester et poser des questions ! », renchérit son collègue Thierry, qui a débriefé pendant dix minutes sa brève rencontre avec le socialiste. Tous les professionnels ont été séduits : « Il était très ouvert, très à l’écoute des propositions sur la PAC et les évolutions à prévoir sur les garanties de revenu pour nos agriculteurs », se félicite Dominique Chalumeaux, secrétaire général de l’assemblée permanente des chambres d’agriculture.

Le PS s’est d’ailleurs un peu réuni ce jeudi. Quelques élus socialistes locaux avaient fait le déplacement exprès pour saluer leur candidat. L’arrivée de Benoît Hamon a donné lieu à la scène symbolique du jour : le frondeur a commencé par un passage au stand du ministère de l’Agriculture où les photographes ont immortalisé la poignée de main avec le ministre Stéphane Le Foll, également porte-parole du gouvernement, qui hésite encore à soutenir Macron et En Marche!. Les deux hommes ont ensuite partagé un « un smoothie aux fruits anti-gaspillage », qui « donne de l’énergie pour continuer ». Quand il a été question d’innovation en agronomie, Hamon a été accompagné de Thierry Mandon, secrétaire d’État chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, qui lui a de son côté apporté  un soutien sans condition.

Benoît Hamon au Salon de l'agriculture, le 2 mars 2017 à Paris.
Benoît Hamon au Salon de l'agriculture, le 2 mars 2017 à Paris. - THOMAS SAMSON / AFP

« Tout petit », « détendu », souriant, blagueur et socialiste, ça ne rappelle personne ? Une semaine après sa victoire à la primaire PS, Hamon assurait ne pas se poser « en homme providentiel ». On a donc demandé aux proches du député s’il revendique l’étiquette de « candidat normal » utilisé par François Hollande en 2012. « Il n’est pas le candidat normal, parce que le sigle est déjà déposé », sourit son lieutenant Ali Rabeh, avant de citer Benoît Hamon citant Victor Hugo : « Il l’a dit, quand un lion imite un lion, c’est un singe. Mais il reste simple, détendu, accessible, pas "normal" mais naturel. Lui n’a pas besoin d’écarter les bras en croix dans la posture miraculeuse du sauveur », ajoute-t-il en taclant Emmanuel Macron au passage.

« S’il fait comme en 2012, ce sera un très bon cru alors ! »

L’ancien ministre de l’Ecologie Philippe Martin, présent aux côtés de son ex-collègue du gouvernement, a aussi beaucoup rigolé de la comparaison entre Hamon en campagne aujourd’hui et Hollande il y a cinq ans, sans nier : « S’il fait comme en 2012, ce sera un très bon cru alors ! », clin d’œil à l’appui. Le candidat PS en a profité pour parler burn-out des agriculteurs et se positionner contre le CETA, contrairement à Macron, arguant qu’être pour revient à dire que « tous les engagements qu’on peut prendre en matière environnementale sont des engagements bidons ».

Des promesses sociales et une ambiance « détendue » donc, entre petites blagues à la François Hollande et marathon de cinq heures dans les allées du parc des Expositions. Attention quand même à ne pas faire deux fois le coup aux habitués des lieux, explique le président des Jeunes agriculteurs, Jérémy Decerle, qui a passé un instant avec le candidat : « Hamon visite un salon différent de 2012. La crise agricole touche maintenant toutes les productions, aucune n’est épargnée. Les politiques doivent prendre conscience que les attentes des agriculteurs sont bien plus grandes qu’il y a cinq ans. » Semblait-il plus intéressé qu’un François Hollande ? « Il était à l’écoute, mais pendant le salon, ils le sont tous », conclut l’agriculteur.

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