François Fillon, candidat LR à la présidentielle, le 1er mars 2017 au QG de campagne à Paris
François Fillon, candidat LR à la présidentielle, le 1er mars 2017 au QG de campagne à Paris - Francois Mori/AP/SIPA

Une journée de tempête, une de plus dans la campagne de François Fillon. Depuis la révélation d’emplois présumés fictifs en janvier par Le Canard enchaîné, chaque jour apporte son lot d’empoisonnements. Ce mercredi matin, la campagne du candidat Les Républicains commence par l’annulation surprise, via un communiqué à 8 h 10, de sa visite au Salon de l’agriculture. Quelques minutes plus tard, un autre communiqué annonce à midi une « déclaration » du candidat depuis son QG à Paris. Sans motif.

>> A lire notre live de cette journée de campagne marquée par les nouvelles déclarations de Fillon

Rumeurs d’une renonciation et informations s’entremêlent et s’amplifient parmi des soutiens et au sein même la société Image 7, dirigée par l’une des conseillères en communication de François Fillon. Personne ou presque n’affirme connaître la teneur du discours à venir au QG de campagne. Incertain de la décision de son champion, un parlementaire explique à 20 Minutes : « Je lui ai envoyé un message d’encouragement, mais je ne sais pas du tout ce qu’il a décidé. On verra bien… » Une démission ? Serait-ce impensable ? Mais au profit de qui ? Que font Alain Juppé et Nicolas Sarkozy ? Que faire des promesses de parrainages du candidat qui sont déjà arrivées au Conseil constitutionnel ? Et les neuf millions d’euros de la primaire à droite ? « Du courage, il en faut », souffle un membre de l’équipe filloniste.

« Aucune hypothèse n’est exclue. On attendra cependant midi ! »

Quelques minutes avant la venue de François Fillon à la tribune de la grande salle du QG, les interrogations fusent toujours en off. Une élue Les Républicains confie à 20 Minutes avoir « mal au cœur de voir François Fillon dans cette tempête ». L’un de ses collègues estime quant à lui : « Tout cela confirme ce que l’on sait tous sur le terrain, à savoir que la campagne est extrêmement difficile. A ce stade, aucune hypothèse n’est exclue. On attendra cependant midi ! » Une dizaine d’élus préfère encore ne pas répondre aux sollicitations de 20 Minutes. La prise de parole prend du retard. La tension monte dans cette grande salle où plus d’une centaine de journalistes et de soutiens se piétinent.

>> A lire aussi : VIDEO. «La France est plus grande que mes erreurs»... Retour sur le discours de François Fillon

Changement de rythme quand François Fillon déboule à la tribune, accompagné par quelques applaudissements. Tout de go, le candidat confirme avoir été convoqué en vue d’une mise en examen le 15 mars. Il attaque immédiatement la justice et les médias, dénonçant un « assassinat politique ». « L’état de droit a été systématique violé », estime-t-il encore, affirmant que l’on souhaite l'« empêcher d’être candidat à la présidentielle ». François Fillon maintient sa candidature, appelant ses électeurs à « ne pas se laisser abuser ».

Service après-vente des partisans

Des mots reçus 5 sur 5 par les soutiens présents qui vont désormais marteler et amplifier le message du candidat. La députée LR d’Ille-et-Vilaine Isabelle Le Callennec évoque « une guerre psychologique », développant : « Les Français ont bien compris la manipulation, la machination : on veut assassiner François Fillon. » A quelques mètres du sénateur de la Meuse Gérard Longuet qui argue que « la justice est biaisée », le député LR de Paris Bernard Debré parle, lui, d’un « acharnement de la justice sur le seul candidat de la droite et du centre jusqu’à essayer qu’il ne soit plus candidat. Vous croyez franchement que les électeurs vont tomber dans le panneau ? »

Interrogé sur les déclarations de François Fillon annonçant, en janvier, qu’il se retirerait en cas de mise en examen, Bernard Debré explique encore : « François Fillon aurait été mis en examen il y a deux mois il serait parti, mais là, le 14 mars, les signatures [promesses de parrainages pour la présidentielle] seront données. Et mettre qui à la place ? Personne. » « On a une campagne polluée, une démocratie mise en danger par tout ce qui se passe. Aujourd’hui, on a un homme d’Etat qui tient bon dans la tempête, François Fillon », maintient la députée Valérie Boyer, ancienne porte-parole du candidat.

Le candidat Fillon remis en selle par ses nouvelles déclarations offensives ? Deux professionnels de la communication de crise répondent par la négative à 20 Minutes. Jacky Isabello de l’agence de communication CorioLink évoque une séquence de communication « dysfonctionnelle » et « incohérente ». « Commencer par poser un lapin au monde agricole ce matin, ça n’envoie pas un bon message à ce public qui n’est pourtant pas vraiment porté sur les casseroles », explique le communicant. Pour un autre professionnel de la communication politique, cette matinée particulière de campagne est une « preuve que Fillon était le seul à savoir ce qu’il allait faire. Seul, alors qu’il est entouré d’une équipe de professionnels. Il est peut-être très intelligent, mais la solitude de François Fillon l’amène à se planter. »

>> A lire aussi: Le hashtag #MaisLaFranceEstPlusGrandeQueMesErreurs inspire Twitter

« La célérité et la coordination du message politique ont été nulles ce matin », reprend le communicant Jacky Isabello. « La cohérence du message, c’est du grand n’importe quoi : le candidat affirme en janvier ne pas être candidat si une mise en examen est prononcée, avant de se dédire cinq semaines plus tard. Sans parler de la conviction des troupes qui pêche, avec Bruno Le Maire démissionnant de ses fonctions moins de deux heures après la déclaration de François Fillon ». Pour ce professionnel de la communication, « l’ensemble de la mécanique communicationnelle de François Fillon est incohérent. Briser sa parole va lui faire du mal parmi les électeurs. Qui va lui accorder sa confiance et le croire quand il rompt ses promesses en campagne ? » Tonnerre de midi amène la pluie.

Mots-clés :