Gérard Filoche le 1er décembre au palais de Tokyo, à Paris.
Gérard Filoche le 1er décembre au palais de Tokyo, à Paris. - Tristan Reynaud/SIPA

Après l’accord entre Yannick Jadot et Benoît Hamon, le candidat EELV se désistant au profit du socialiste, les regards étaient tournés à gauche vers Jean-Luc Mélenchon. Ou plutôt vers ce restaurant chilien du 20e arrondissement de Paris où les deux champions du PS et de La France insoumise se sont retrouvés vendredi soir. Allaient-ils tomber d’accord ? Non, bien sûr, l’un et l’autre ont confirmé qu’ils seraient candidats, ce qui a mis un coup au moral de Gérard Filoche. Membre de l’aile gauche du Parti socialiste, il explique à 20 Minutes les conséquences de cette absence d’entente entre les deux candidats.

Un accord Hamon-Mélenchon était-il impossible depuis le début, malgré les négociations apparentes ?

C’était tout à fait possible, et ça l’est toujours. Il n’y avait aucun obstacle à cet accord, même pas sur l’Europe, puisqu’ils ont un objectif identique, avec un pronostic différent. Ce n’est pas le programme qui les sépare, simplement ce pronostic. Jean-Luc Mélenchon dit qu’il y a un plan A mais qu’il déclenchera le plan B si nécessaire. Thomas Piketty, conseiller de Benoît Hamon sur la question des traités européens, a commenté en disant : « Oui, il faut prévoir un plan B, mais je préfère insister sur le plan A. » Où est la différence ? Si vous vous lancez dans une bataille politique au niveau de l’Union européenne, alors oui, il y aura un plan A, et oui, si ça ne marche pas, il y aura un plan B, puisque de toute façon l’Europe explosera, qu’ils agissent ou pas.

Il y a quand même une conception différente de la VIe République, qu’ils défendent tous deux ?

Avec ce qu’a apporté Yannick Jadot au programme de Hamon, on peut dire que nous ne sommes plus très loin d’une volonté d’assemblée constituante pour les trois. Benoît Hamon a évolué, il dit qu’il y aura une élection au cours de son quinquennat pour dissoudre l’assemblée et faire la VIe République. On en revient à la même question : où est la différence avec Mélenchon ? Sur le timing, certes, comme pour l’Europe, mais c’est tout. Se séparer non pas sur les objectifs et le programme, mais à cause d’une méfiance par rapport à la méthode pour les mettre en œuvre, c’est le pire que l’on puisse faire.

Si le programme n’est pas un problème, est-ce une affaire d’ego ?

Leur rencontre a duré deux heures. Elle attendait depuis trois semaines, alors que ça aurait dû être fait le 30 janvier. Finalement, ils disent qu’il y a une fatalité. Sauf que s’il n’y a pas d’accord, l’élection présidentielle est perdue.

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À cause de qui ?

Il y a des sectaires de chaque côté. Chez Hamon, on me dit que Mélenchon va plonger dans les sondages, finir à 7 %, pendant qu’eux dépasseront la barre des 20 %. On verra bien, il se pourrait que des gens qui ont tellement envie de voir la gauche gagner se reportent sur Hamon, mais je n’y crois pas. Je pense qu’ils vont stagner tous les deux. Mélenchon est installé dans un électorat, il est entre 10 et 12 %, comme en 2012. Il a gardé ce qu’il avait, il n’a pas de raison de baisser plus. Et du côté de Hamon, il ne pourra pas monter par sa seule force : l’unique événement qui permettrait de dépasser Macron et Fillon serait l’unité de la gauche, qui ferait sauter toutes les digues, porterait le candidat à presque 30 % devant Le Pen au premier tour, et ferait gagner l’élection.

Anticipez-vous des regrets au soir du premier tour, le 23 avril ?

Je suis quelqu’un de très stable du point de vue de l’humeur, mais je suis un peu déprimé depuis ce week-end. C’est quitte ou double. Ils se mettent d’accord, c’est gagné. En face, il y a Macron, un prédicateur évangéliste qui repose sur du vent, Fillon qui plonge car personne ne pourrait devenir président avec des casseroles pareilles, et Marine Le Pen, l’extrême droite engluée dans ses affaires de fric. Je ne suis pas dans un lundi matin enthousiaste, voyez-vous.

Vous dites ne pas avoir abandonné l’espoir d’un accord ?

Parce qu’il n’y a pas de désaccord. Je continue à espérer, j’ai une ténacité qui existe depuis cinquante ans (rires). J’étais heureux, prêt à déboucher le champagne en apprenant qu’ils se rencontraient. Et puis j’ai eu les premiers retours… Ce n’est pas possible, quand j’ai lu le communiqué de Mélenchon, c’est à pleurer. Il y a deux phrases : une sur les différences trop importantes vis-à-vis de l’UE, bon, et une pour dire « Il va se présenter, moi aussi, point. » Benoît Hamon répond : « Il m’a dit qu’il se présenterait, moi aussi, point. » Vous vous rendez compte à quoi tient l’histoire ? Celles de la gauche et du pays se sabordent dans un restaurant chilien de Ménilmontant.

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