VIDEO. Présidentielle: «Je rentrerai dans le communautarisme à vouloir une mesure pour les musulmans»

A VOS SOUHAITS Avant l’élection présidentielle, «20 Minutes» est allé à la rencontre des Français pour prendre le pouls de la nation…

Mathilde Frénois

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Boubekeur Bekri est imam et recteur dans une mosquée de Nice.

Boubekeur Bekri est imam et recteur dans une mosquée de Nice. — M. Frénois / ANP / 20 Minutes

Riches, pauvres, chômeurs, jeunes, retraités, zadistes… A l’approche de l’élection présidentielle des 23 avril et 7 mai, 20 Minutes est allé à la rencontre des Français de tous les âges et dans tout le pays, afin de prendre le pouls de la Nation.

A chaque personne interrogée, trois questions ont été posées, toujours les mêmes. Aujourd’hui, c’est au tour de Boubekeur Bekri, Niçois de 64 ans, imam, recteur de la mosquée Al-Forqane et professeur d’économie-gestion dans un lycée professionnel, d’y répondre.

Quelle première mesure doit être prise par le nouveau président de la République ?

En tant que représentant musulman, je ne me sens pas obligé d’être dans la sphère religieuse uniquement. Je rentrerai dans le communautarisme à vouloir une mesure pour les musulmans. Mais la spiritualité est l’amour de son prochain, et l’amour de son prochain est l’amour du plus faible. Je quitte volontairement le domaine de la spiritualité en la prolongeant par ce qu’attendent les personnes au quotidien.

La première mesure que doit prendre un président de la République, c’est la dualité. Il faut mettre en place une loi pour qu’à chaque fois qu’on accorde une mesure au capital, on vérifie que les retombées sociales soient appliquées à la population. Mon souhait est l’équité. Si on accorde des avantages en faveur de l’investissement dans le tourisme et le BTP qui sont très importants dans notre région [Paca], il faut qu’il soit conditionné au niveau social, par exemple en ayant l’assurance de créations d’emplois.

Pourquoi êtes-vous intéressé par cette élection ?

Je pense que, actuellement, on ne peut pas se désintéresser de la fonction de président de la République. Nous sommes dans un monde tellement compliqué qu’il est impossible de se défaire de cette question. Dans le cas contraire, ce serait se draper dans une sorte d’égoïsme. Comme tout le monde, j’attends beaucoup d’un président de la République. A tel point que ça devient extrêmement difficile de répondre aux demandes. Pour l’essentiel, j’attends la raison, le doute et la sensibilité. J’ai toujours voté, car il faut oser se tromper s’il le faut. Ce n’est pas un engagement ad vitam aeternam, mais un choix à un instant T.

Justement, avez-vous finalisé votre vote ?

Pour être parfaitement conforme à mes exigences, je ne me suis pas figé sur une seule candidature. Je compare, j’observe, je regarde. L’actualité récente (et les surprises !) nous amène à avoir un regard plus posé et plus réfléchi sur nos positions. Je ne me suis pas encore arrêté sur une figure. Je les regarde les unes après les autres, y compris les candidatures avortées. Ce qui m’intéresse, ce sont les Hommes. J’ai déjà rencontré des personnes humainement respectables à droite et à gauche. Dans mon choix, je privilégierai la convergence d’idées, la franchise, l’honnêteté.

En revanche, j’ai exclu des candidats. Par nature, je considère que tout ce qui est de droite extrême est une insulte à la politique. Mais l’extrême droite est aussi une inquiétude parce qu’elle représente une réalité. Cela me conforte dans l’idée qu’il faut qu’il y ait un renouveau pour exclure ce repli identitaire. Quand certaines choses vont à l’encontre de mes idéaux, j’essaie de montrer ce qu’elles ont de négatif. Télescoper des éléments de l’histoire, parler de « eux » et de « nous », regarder dans n’importe quel rétroviseur, ça suffit ! Je suis musulman et fondamentalement croyant. Je veux que la communauté musulmane ait un futur. Je garde l’espoir de relations apaisées.