François Fillon lors de sa conférence de presse à son QG à Paris, le 6 février 2017.
François Fillon lors de sa conférence de presse à son QG à Paris, le 6 février 2017. - Martin BUREAU / AFP

Il avait demandé un sursis à sa famille politique, le 1er février, après la deuxième salve de révélations dévastatrices du Canard enchaîné sur les soupçons d’emplois fictifs de son épouse Penelope et de deux de ses enfants. « On a quinze jours à tenir. Dans quinze jours, on aura le résultat », lançait alors  François Fillon aux parlementaires Les Républicains  réunis dans son QG parisien. La quinzaine quémandée a-t-elle porté tous les fruits espérés ? 20 Minutes fait l’inventaire.

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1. Toujours pas de décision du parquet

Le candidat LR espérait une enquête rapide. A J-2 du terme de ce sursis de quinze jours, la menace d’une mise en examen, et donc d’un renoncement auquel il s’est engagé, n’est pas écartée. Le parquet national financier (PNF), qui a ouvert une enquête préliminaire le 25 janvier dernier, a indiqué dimanche qu'« aucune décision n'(était) prise à ce stade de l’enquête » et qu'« aucun calendrier (n’était) fixé à ce jour ».

Selon les informations recueillies par 20 Minutes, les policiers n’ont pas encore remis le rapport de synthèse de leurs investigations au PNF. La patronne du parquet Eliane Houlette devra ensuite trancher entre un classement sans suite, une citation directe devant le tribunal correctionnel ou l’ouverture d’une information judiciaire. Les avocats du candidat ont toutefois écrit au PNF le 9 février pour lui demander de se dessaisir de l’enquête préliminaire en cours lors d’une conférence de presse très médiatisée.

2. Les doutes subsistent au sein de la « famille » LR

Ce sursis devait aussi permettre de ressouder son camp politique alors que des voix s’élevaient pour appeler à changer de candidat. La conférence de presse du 6 février a fait momentanément taire les dissonances, mais un groupe de parlementaires LR « inquiets » a prévu de se réunir ce lundi soir pour dîner autour des députés sarkozystes Georges Fenech et Sébastien Huygue. Pour mater le « putsch », le comité stratégique a été resserré, de 45 à 23 membres, ainsi que le nombre de porte-paroles (passé de six à un seul).

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Après la conférence de François Fillon, Pascal Coste, président du Conseil départemental de la Corrèze et membre de l’équipe « Animation/mobilisation » dans l’équipe du candidat, a décidé de « se mettre en retrait de cette campagne présidentielle ». « Je ne peux pas faire comme si rien ne s’était passé », a-t-il déclaré à La Montagne. D’autres députés LR ont témoigné auprès de 20 Minutes de leurs difficultés à défendre le candidat face à « la colère et au ras-le-bol » de certains Français.

3. Sur le terrain, une campagne « très difficile »

Le sursis de 15 jours a-t-il permis de relancer la campagne du candidat ? « Pour moi, elle ne s’est même jamais arrêtée. Nous avons continué à affiner le projet de François Fillon et sommes restés très mobilisés sur le terrain », répond la députée Isabelle Le Callennec. Les six autres soutiens de François Fillon contactés ce lundi par 20 Minutes sont restés silencieux. Il faut dire que sur le terrain, l’opération de reconquête des Français s’annonce ardue. Même Thierry Solère, désormais seul porte-parole du candidat, le reconnaît. « Sur un plan politique, la période est très difficile, c’est une campagne très très compliquée ».

Depuis le début de l’affaire, des Français en colère attendent le candidat à chaque déplacement. Il a été traité d'« escroc » lors de sa visite de l’usine Le Coq sportif à Romilly-sur-Seine (Aube) le 7, accueilli avec des casseroles avant son meeting à Poitiers le 9, et chahuté par des manifestants dès son arrivée sur l’île de la Réunion le 11. Il a même dû annuler une visite au mémorial de Gaulle de Saint-Denis, selon Le Monde.

Ce mouvement, qui ne semble pas s’essouffler à ce jour, pourrait-il prendre de l’ampleur ? Un appel à un « rassemblement contre la corruption des élus » dimanche 19 février à Paris est soutenu par 13.000 internautes sur Facebook, dont 3.000 indiquent vouloir y participer.

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4. Une petite embellie sondagière (enfin !)

Après avoir honni les sondages pendant plusieurs mois, le camp Fillon y trouve un peu de réconfort ce lundi. « Je regardais le sondage paru aujourd’hui, c’est la première fois que ça remonte depuis trois semaines », affirme Thierry Solère. Le député des Hauts-de-Seine fait référence à une enquête Ifop parue ce lundi qui crédite François Fillon de 18 % des intentions de vote au premier tour de la présidentielle. Soit une hausse de 0,5 point depuis le dernier sondage. Une maigre consolation pour celui qui reste en troisième position derrière Marine Le Pen et Emmanuel Macron, une place qu’il ne quitte pas depuis le début de l’affaire.

Autant d’éléments qui laissent penser que le sursis de 15 jours n’aura pas permis au candidat de rebondir. François Fillon lui-même le reconnaît ce lundi, avoir demandé à ses troupes de lui donner une quinzaine de jours « était une erreur », lâche-t-il dans le Figaro.

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