Législatives: «Une nette majorité pour la gauche, mais la droite n'est pas laminée»

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Publié le 18 juin 2012.

INTERVIEW - Yves-Marie Cann, directeur d'études au pôle opinion-corporate de l'institut CSA, analyse pour «20 Minutes» les résultats du second tour...

«En l’espace de huit à neuf mois, l’alternance aura été totale». Pour Yves-Marie Cann, directeur d’études au pôle opinion-corporate de l’institut CSA, la gauche a désormais le champ libre «pour mettre en œuvre la politique pour laquelle elle a été élue», mais «la droite n’est pas laminée» pour autant. Il décrypte les résultats du second tour des législatives pour 20 Minutes.

La mission est-elle accomplie pour la gauche?
Oui, car il y a une nette majorité, absolue, pour le Parti socialiste et ses alliés. Ils seront en mesure d’apporter à eux seuls une majorité à François Hollande, ce qui pourra faciliter les choses s’il existe des dissensions avec Europe-Ecologie-Les Verts (EELV) et le Front de gauche sur des dossiers sensibles. Le PS n’aura pas besoin de l’apport de ces alliés-là pour adopter des textes.

Les résultats d’EELV et du Front de gauche sont-ils tout de même à la hauteur de leurs ambitions?
Pour le Front de gauche, il est difficile de dire s’il s’agit d’un bon score car ce résultat était attendu, soit dix candidats élus sur douze. En revanche, pour EELV, on est en haut de la fourchette. Il y avait une vraie incertitude car un bon nombre de leurs candidats se présentaient dans des circonscriptions très incertaines. Mais dans la plupart de celles-ci, le parti a pu bénéficier de la démobilisation des électeurs de droite. On voit ainsi qu’EELV parvient à tirer son épingle du jeu, grâce également à l’accord électoral signé avec le PS, s’assurant d’avoir un groupe à l’Assemblée nationale.

Que peut-on dire du résultat de l’UMP, le pire a-t-il été évité?
C’est un petit peu moins bien que ce qui était espéré, mais cela s’explique par une démobilisation de certains électeurs de droite, notamment les plus modérés d’entre eux, peu favorables à la position du «ni-ni» (ni Front national, ni PS, ndlr). Par exemple, le PS est en train de réaliser un grand chelem historique dans le Finistère où se trouve une majorité d’électeurs de droite modérés. Quelques sièges ont pu être perdus dans ces circonscriptions à cause de cela.

Quid de l’abstention? A-t-elle favorisé la gauche?
L’abstention progresse entre les deux tours, battant un nouveau record à 44,4 %. Quand on regarde le rapport de force, on constate qu’elle a sans doute profité à la gauche. Mais l’explication principale de cette défaite de la droite, c’est le vote de confirmation, logique, de l’élection présidentielle. On l’a vu depuis que le quinquennat a été mis en place, en 2002 et en 2007. De plus, ce n’est pas dans la tradition gaulliste d’accepter une cohabitation, ce qui a pu conduire cet électorat à faire un choix en ce sens.

De son côté, le Front national a-t-il réussi son pari?
Le FN avait déjà réussi son pari au premier tour, avec un score nettement supérieur qu’en 2007. En dehors du cas particulier de 1986, c’est une première sous la Ve République pour l’extrême droite qui réussit à avoir trois élus, si on compte Jacques Bompard, qui représente le Ligue du sud mais qui avait effectué un rapprochement avec Marine Le Pen ces derniers temps. Ce résultat n’est pas une surprise, mais il y avait tout de même une incertitude sur la réussite du FN à faire la bascule. Contrairement au Front de gauche, il lui est difficile de transformer ses suffrages en sièges, mais leur objectif d’avoir au moins un député a été atteint, cela sans doute grâce au travail de normalisation et de dédiabolisation de Marine Le Pen.

Avec la défaite de François Bayrou, le centre a-t-il définitivement disparu?
Si le MoDem conserve tout de même deux sièges, il a complètement disparu. Le centre est orphelin de son chef de file qui n’est pas reconduit et va perdre en visibilité et en légitimité. Maintenant, on va voir comment Jean-Louis Borloo et Hervé Morin, tous deux réélus, vont désormais réorganiser ce centre aux côtés de l’UMP. Ce sera tout autant un enjeu très pour cette dernière qui devra récupérer une réserve de voix sur son centre plutôt que sa droite.

Propos recueillis par Corentin Chauvel
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