De notre envoyée spéciale à La Rochelle
Etrange moment que ce dimanche soir, à 19h50, dans la cour du Muséum d’histoire naturelle de La Rochelle, réputé pour sa collection d'animaux empaillés. Le soleil se fait plus doux dans la cour très verte et un pupitre est dressé à à côté d’une mare où des dizaines de nénuphars flottent. En face, une corde, derrière laquelle patientent une grosse centaine de journalistes. On attend Ségolène Royal depuis 19h15. Sans attendre la proclamation des résultats, la candidate socialiste veut reconnaître sa défaite dans une déclaration enregistrée que les télés diffuseront à 20 heures. Pour faire patienter les journalistes, quelques chansons passent, dont «Allo maman bobo» d’Alain Souchon jusqu’à ce que l’entourage de Royal fasse changer la bande-son.
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Elle arrive enfin, dans une veste rouge éclatante, ce même sourire toujours accroché sur le visage. Mais les yeux sont un peu humides. De nombreux applaudissements résonnent comme un premier réconfort pour la battue du soir. «Ségolène, on t’aime!» lance une partisane. Maxime Bono, le maire de La Rochelle et député sortant de la circonscription, prend la parole, très en colère. Il annonce «la victoire de la droite», «la première à La Rochelle depuis 1975». Une «honte», lance-t-il amer.
Le ton change mais pas le fond lorsque Ségolène Royal s’approche du micro. Et commence à lâcher ses coups: «Le candidat qui vient d’être élu avec le soutien de l’UMP a permis à la droite de réussir son tir de barrage contre la candidate de la gauche et ce soir c’est un député de droite qui est élu puisqu’il recueille 75% des voix de la droite et 25% des voix de la gauche.» Pour elle, «ce résultat est le résultat d’une trahison politique» et dit-elle en citant Victor Hugo, «toujours la trahison trahit le traître». Les applaudissements ponctuent chacune de ses phrases.
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Et déjà, battue, défaite, elle prend date pour la suite, signe qu'elle avait intériorisée sa défaite cette semaine. «J’ai perdu cette élection mais je garde intacte cette volonté à servir notre territoire que je sers, j’ai mené une campagne difficile, droite et loyale avec le sens de l’honneur et de l’engagement et je continuerai à la faire car je suis animée passionnément par l’amour de la France et je continuerais donc aussi à peser sur les choix et la réussite de la politique nationale», conclut-elle sa courte déclaration sous les acclamations ferventes de ses soutiens.
Car Ségolène Royal donne le change. Pas question de rééditer les images désastreuses du premier tour de la primaire où elle avait pleuré devant les caméras. Royal se tient en «femme debout». «Je ne suis pas émue, je suis combative», rectifie-t-elle immédiatement auprès des journalistes qui cherchent du pathos. Peine perdue, ce dimanche soir, elle commence le procès de sa défaite. Elle pointe du doigt une «collusion d’intérêts» qui a voulu sa perte, ceux du «vieil appareil du parti [socialiste] local» - une pique à Lionel Jospin, son ennemi rétois notoire? – et ceux «de l’appareil de l’UMP local». «Ce qui m’importe, c’est de repartir au combat car une trahison comme celle-là, il ne faut pas l’accepter», insiste-t-elle, très droite. «La victoire de la trahison ne doit durer qu’un temps», martèle-t-elle.
Alors que fera-t-elle pour continuer de «peser» au niveau national? «Je vais réfléchir, je vais analyser la situation et je dirai dans quelques temps ce que je ferais», explique-t-elle. Voudrait-elle prendre le PS? «Je réfléchis, je n’exclus rien», lâche-t-elle dans la mêlée des journalistes, alors que sa voix est couverte par les cris de supporters d’Olivier Falorni qui passent dans la rue. Dans le jardin du Muséum, Royal enchaîne les interventions auprès des médias. Ses partisans n’en finissent plus de l’applaudir toutes les cinq minutes. «On connaît Ségolène, on sait qu’elle restera debout, c’est une battante. Il y a d’autres échecs, elle s’est toujours relevée. Elle repartira», apprécie Michèle, une partisane qui a fait la route depuis Melle pour assister à cette situation.
A une grosse centaine de mètres de là, Olivier Falorni, le grand vainqueur du soir, enchaîne les directs sur les chaînes de télévision. Il appelle sa rivale malheureuse au «respect» et rappelle que les Rochelais «ont tranché». Il passera la soirée à la «Brasserie des dames».