Gard: Les chiens de faïence de Saint-Gilles

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Publié le 5 juin 2012.

LEGISLATIVES - Reportage dans une commune du Gard où le FN est la première force politique...

De notre envoyé spécial à Saint-Gilles (Gard)

Accoudé au comptoir d’un café – le patron ne veut pas que le nom apparaisse - «Obélix» - il ne veut pas donner son vrai nom – évoque ironiquement une «ambiance cool, détendue» à Saint-Gilles, commune aux portes de la Camargue où le FN a fait 35,37% à la présidentielle. «On s’entend bien avec eux mais on ne les aime pas. Ils ne portent pas la ceinture de sécurité, n’ont pas de permis. Pourquoi nous, on nous arrête et pas eux?», dit-il d’entrée, sans préciser qui sont «ils» et «eux». Sous-entendu mais évident. «Ils» et «eux» sont à une centaine de mètres de là, au café des Arts, où les Français d’origine maghrébine ont l’habitude de se retrouver. Deux univers côte-à-côte mais bien étanches.

«C’est du racisme hypocrite, dit Fethi, un habitué des Arts. Ici, les gens qui votent FN sont originaires d’Espagne, d’Italie ou sont pieds noirs.» Les gens extérieurs à la communauté ne fréquentent pas le café, confirme-t-il. «Les seuls qui viennent sont ceux qui cherchent des sensations». C’est-à-dire viennent les insulter. Les bagarres ne sont pas rares. «Y’a que les claques qui marchent, ils n’arrivent pas à se mettre dans la tête qu’on est français», lâche Hocine. Quand il se rend à la mairie, il ne «dit plus bonjour» parce qu’il «sait qu’ils me voient comme un Arabe, pas comme un Français». Le pronom «ils» revient inévitablement dans les bouches.

«Chacun ressent l’autre comme une menace, ce sont des réactions tribales»

«On était docile. Maintenant qu’on connaît nos droits, on est des parasites», poursuit Fethi, en référence au travail dans les cultures fruitières de la région. «Ca, ça ne parle pas français, interrompt Rachid en montrant du doigt par la vitre un saisonnier espagnol sur le trottoir. Mais là, on ne dit rien parce que c’est blanc et que ça mange du porc!» Véhément, il dit avoir «plâtré trois mecs» qui l’avaient traité de «parasite» à la terrasse le samedi d’avant. «Le mec qui dit ça à mes enfants, je l’ouvre!»

«Le regard qu’on nous porte nous ramène à nos origines, tempère Hicham. C’est une spirale sans fin, on est dans une impasse.» Et c’est pour échapper à ce regard que ces Français d’origine algérienne ou marocaine, tous nés dans le Gard, se retrouvent au café des Arts. «Quand on rentre dans un autre café, tout le monde se tait et nous regarde», explique Fethi. «On a pris nos habitudes, regrette Hicham. Cet entre-soi se forme dès le collège.»

Retour au premier bistrot. Un quadra, devant son café, constate que «chacun reste dans sa tour d’ivoire.» «Chacun ressent l’autre comme une menace, ce sont des réactions tribales», souligne celui qui confirme que «la peur de l’autre et du lendemain est ici dans toutes les conversations». «Ca revient tout le temps, ça me gonfle». Lui ne votera pas pour le FN qui ne fait qu’ «attiser le feu». Ira-t-il un jour prendre son café, en face, aux Arts? «Non, honnêtement, non. J’ai mes habitudes.»

>>>Lire aussi notre reportage dans le Gard avec Gilbert Collard, candidat du FN dans la 2e circonscription...

Alexandre Sulzer
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