Législatives: Manuel Valls dans l'Essonne, l'étrange campagne du «candidat fantôme»

REPORTAGE L'ancien Premier ministre a décidé de ne pas médiatiser sa campagne...

Thibaut Le Gal

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Tractage à Corbeil-Esonnnes pour Manuel Valls

Tractage à Corbeil-Esonnnes pour Manuel Valls — TLG/20mn

On nous avait prévenus d’emblée que la tâche ne serait pas facile. «Manuel Valls fait une campagne locale. C’est son choix. Nous, on ne communique pas, nous dit une de ses proches. J’ai eu beaucoup d’appels de journalistes, des centaines, mais je donne toujours cette réponse. »

L’ancien Premier ministre est candidat à sa réélection pour la quatrième fois dans la 1re circonscription de l’Essonne. Mais depuis plusieurs semaines, le député fuit les médias comme la peste. Aucune interview nationale. Son agenda n’est pas communiqué. Sa dernière apparition ? En doudoune, captée presque par hasard par Paris Match lors d’une fête du parc des Loges à Evry. Direction Corbeil-Essonnes, ce vendredi, pour tenter d’y voir plus clair.

« L’absence de caméras lui permet d’éviter que les insultes soient médiatisées »

Au marché, Alberto nous accueille avec le sourire derrière son stand de chapeaux. « Ici, Valls on ne l’a jamais vu. Pourtant, on a vu défiler tous les candidats depuis quelques semaines, Le Pen, Mélenchon et compagnie, mais ce type-là, jamais. » Quelques étals plus loin, Momo en dit un peu plus. « Il est passé il y a quelques jours… Je voulais qu’il me rembourse mes 2 euros de la primaire car il a trahi sa parole en soutenant Macron. Mais il a fui dans le bar en face », s’amuse le vendeur. « Ici, les gens ne veulent pas de lui, il n’a rien fait pour le 91… C’est pourquoi je ne comprends pas son score de dimanche. »

Au premier tour, Manuel Valls est arrivé en tête avec 25,45 % des voix, devant Farida Amrani de la France insoumise (17,61 %). Mais devant la menace d’un front anti-Valls, le candidat épargné par le PS et par LREM est en danger. Après une campagne difficile lors de la primaire, l’ancien maire d’Evry limite cette fois les déambulations publiques pour privilégier les « réunions d’appartements » en privé.

« Ils veulent éviter de donner un écho national à l’élection, éviter de provoquer un référendum anti-Valls », avance un membre de l’équipe de la candidate FI. « L’absence de caméras lui permet aussi d’éviter que les insultes ou autres incidents soient médiatisés, mais la colère est grande dans la circonscription. C’est un candidat fantôme, qui n’est plus soutenu par grand monde. »

Distribution de tracts
Distribution de tracts - TLG/20mn

« L’histoire du 49.3 revient en permanence »

Quelques soutiens sont quand même venus tracter ce vendredi. « Vous soutenez le gouvernement Macron ? Et bien il faut voter Valls dimanche prochain », lance l’un d’eux à l’entrée du marché. Le militant nous envoie balader : « On ne parle pas, non… On ne fait que du local. »

Plus loin, une passante refuse de prendre en main le tract estampillé « majorité présidentielle ». « Ah non ! Je ne vote pas pour les pourris ! ». Fabrice et Marie, qui ont rejoint la campagne depuis quelques jours seulement, acceptent de nous dire quelques mots. « Il y a de l’agressivité chez certains, qui le voient davantage comme l’ancien Premier ministre que comme le responsable de la circonscription. D’ailleurs, les insoumis font tout pour mettre de l’huile sur le feu. Leur programme tient en un slogan : dégager Valls », s’agace Fabrice.

« L’histoire du 49.3 revient en permanence. Mais quand on prend le temps de discuter, les gens s’adoucissent », nuance Marie, qui poursuit : « Je comprends qu’il évite la presse vu l’acharnement contre lui. »

Valls soutenu par la droite locale

Zéro caméra donc, mais Manuel Valls peut s’appuyer sur le soutien des six maires de la circonscription, tous de droite à l’exception de Francis Chouat, son successeur à Evry. Mardi, l’encombrant sénateur LR de l’Essonne Serge Dassault, mis en examen pour des soupçons de fraude électorale, a également appelé à voter pour lui.

Farida Amrani, candidate France Insoumise dans l'Essonne
Farida Amrani, candidate France Insoumise dans l'Essonne - TLG/20mn

« Tout ce clientélisme et ces magouilles politiciennes, les gens n’en veulent plus », assure Farida Amrani. « Il est peut-être ami avec des élus de droite, mais notre force à nous, c’est d’être là, présent sur le terrain pour convaincre les gens. » Une fois de plus, l’abstention pourrait décider du résultat de dimanche. Un insoumis confie : « Manuel Valls ne veut pas médiatiser sa campagne car il sait que si la participation est forte, il a des chances d’être battu. »