Législatives: A Carhaix, «on dirait que l'affaire Ferrand n’a pas pesé, pourtant ça en fait du bruit»

REPORTAGE «20 Minutes» s'est rendu à Carhaix (Finistère) dans la circonscription du député sortant Richard Ferrand, qui joue son ministère dimanche...

Laure Cometti

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Les affiches de Richard Ferrand (LREM) et Gaëlle Nicolas (LR) pour les élections législatives, à Carhaix, le 15 juin 2017. Lancer le diaporama

Les affiches de Richard Ferrand (LREM) et Gaëlle Nicolas (LR) pour les élections législatives, à Carhaix, le 15 juin 2017. — L. Cometti / 20 Minutes

De notre envoyée spéciale dans le Finistère,

« On dirait que les affaires n’ont pas pesé, et pourtant ça en fait du bruit ici ! » Quatre jours après le premier tour des élections législatives, cette habitante de Carhaix, dans la 6e circonscription du Finistère, n’a pas totalement digéré les 33 % de suffrages obtenus par Richard Ferrand. « J’étais dégoûtée quand j’ai vu les résultats », lâche Karine, soignante de 46 ans. A trois jours du second tour qui opposera le ministre de la Cohésion des territoires à Gaëlle Nicolas, candidate Les Républicains, les Carhaisiens croisés par 20 Minutes se répartissent entre électeurs « dégoûtés de la politique », « pro » et « anti » « Richard », comme on l’appelle ici, dans cette commune de 7.000 habitants où le député sortant a commencé sa carrière il y a près de vingt ans, après avoir été décroché son premier mandat électoral en 1998 comme conseiller général du canton.

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« Ici, à la section PS, on soutient Richard »

A l’époque, Richard Ferrand était membre du Parti socialiste (PS), « dans l’aile gauche », se souvient Jean-Charles, retraité. Les murs du local de la section PS carhaisienne attestent de l’ascension électorale de cet Aveyronnais d’origine. Les murs sont tapissés d’affiches de Richard Ferrand, entre lesquelles subsiste un poster de François Mitterrand. Quelques affiches de Benoît Hamon pour la présidentielle se sont également glissées sur les murs de cette pièce dont la décoration est un condensé de l’évolution du parti. « L’an dernier, notre section socialiste comptait une trentaine de membres, nous ne sommes plus qu’une vingtaine aujourd’hui. Certains sont partis vers En marche !, par le biais de Richard, forcément », témoigne Stéphane Cotty, qui a succédé en 2015 à Richard Ferrand au secrétariat de la section.

La section locale du Parti socialiste, à Carhaix (Finistère).
La section locale du Parti socialiste, à Carhaix (Finistère). - L. Cometti / 20 Minutes

Dans cette circonscription, la plus étendue de France métropolitaine, Solférino n’a pas investi de candidat, mais a soutenu le candidat écologiste Nathanaël Legeard, en vertu de l’accord conclu entre Benoît Hamon et Yannick Jadot avant la présidentielle. « Mais ici, à la section, on voulait soutenir Richard, désigné par les militants à 80 % des voix en novembre ». Résultat, les militants se sont « dispersés » : « une grande majorité, 80 % » selon Stéphane Cotty, « a décidé de faire campagne pour Richard, et les autres sont restés neutres ». Lui fait partie de la première catégorie, il mène même une campagne active pour son candidat. « Mais je ne suis pas en marche », précise-t-il.

La section locale du Parti socialiste, à Carhaix (Finistère).
La section locale du Parti socialiste, à Carhaix (Finistère). - L. Cometti / 20 Minutes

« Il vient que quand il y a une élection, le reste du temps on le voit pas »

D’autres le sont dans la ville, séduits pas ce député « présent », « accessible », qui « répond toujours aux habitants ».

« Richard a beaucoup travaillé sur le dossier Doux et il a œuvré pour la fusion hospitalière, les Carhaisiens s’en souviennent », assure Stéphane Cotty. La mémoire est visiblement à géométrie variable à Carhaix, selon les inclinaisons politiques des uns ou des autres. « Richard Ferrand, il vient que quand il y a une élection, le reste du temps on le voit pas. Les affaires, les ragots, je m’en fous, ça éclipse les programmes », déplore Walid, gérant d’un restaurant kebab sur l’artère principale, encore incertain de son vote au second tour.

L’ouverture d’une enquête préliminaire sur l’affaire immobilière des Mutuelles de Bretagne est évidemment reprise par le camp adverse. « La nôtre, elle est nette de chez nette » lance Cécile, qui colle une affiche de Gaëlle Nicolas sur la place de l’église. La maire de Châteaulin a obtenu 8.037 voix de moins que Richard Ferrand au premier tour, avec 18,1 % des suffrages exprimés, contre 33,4 % pour le ministre.

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Rivalités historiques et nouveau paysage politique

« Il a été légèrement sanctionné par l’affaire immobilière, sinon il aurait fait 40 % comme les autres ministres », juge Jean-Charles. Il estime que l’affaire Ferrand a aussi pesé sur le taux d’abstention. « On veut plus parler de politique, y’en a marre ! », nous rembarrent d’ailleurs gentiment deux femmes devant une boulangerie. Bien des habitants semblent quelque peu déroutés par ces derniers mois de campagne qui ont rebattu les cartes politiques.

Habitant Carhaix depuis 1981, le retraité juge sévèrement l’évolution politique de l’ancien socialiste. « Il a trahi son camp. Il était au PS et le voilà dans un gouvernement avec des ministres de droite ! C’est un opportuniste », tranche-t-il sèchement. Jean-Charles a voté pour le maire de la ville, le régionaliste Christian Troadec, rival historique de Richard Ferrand, qu’il a battu deux fois aux municipales. Arrivé en troisième position avec 14 % des suffrages le 11 juin, le maire a cette fois été battu par Richard Ferrand. « Je ne donne pas de consigne de vote, mais personnellement, je ne voterai pas pour Monsieur Ferrand », nous explique-t-il ce jeudi. « C’est l’affaire de trop », assène-t-il.

Le candidat du Front national (7 %) soutient pour sa part la candidate de droite, tandis que la France insoumise (11,5 %) ne soutient aucun des candidats qualifiés pour le second tour. Quant aux Carhaisiens, ils pourraient se mobiliser davantage au second tour. De quoi corser le match électoral du 18 juin.

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