Une vue générale de l'hémicycle de l'Assemblée nationale.
Une vue générale de l'hémicycle de l'Assemblée nationale. - A. GELEBART / 20 MINUTES

Matthieu Goar

Sous leur ciel tout rose, les socialistes profitent de leur nouvelle majorité. Avec 300 députés PS à l’Assemblée, selon les données du ministère de l’Intérieur, et une majorité au Sénat, le tandem Ayrault-Hollande va découvrir les saveurs de l’hyperpuissance parlementaire qui leur permet de ne pas avoir à négocier avec d’autres groupes le vote des lois. Sauf qu’un groupe parlementaire très important est plus difficile à contrôler comme a pu le constater François Fillon avec les débats sur le travail dominical et la taxe carbone. «Il y a une fragilité dans l’hyperpuissance. Notamment parce que le PS devra s’astreindre à organiser, au sein d’une majorité pléthorique du débat et de la démocratie», résume Rémi Lefebvre, politologue spécialiste du PS.

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Les courants vont-ils faire leur réapparition?

Arrivé au faîte de sa popularité, le PS va maintenant s’atteler à mettre en place son programme dans un contexte de crise. Avec une majorité serrée, les députés socialistes auraient dû s’astreindre à une discipline, sous peine de mettre l’exécutif dans la panade. Avec cette nouvelle majorité, les tentations de rebellions seront sans doute plus nombreuses. «Sous Sarkozy, l’UMP a quand même fait bloc à l’Assemblée dans les moments de grande adversité. Le problème est que le PS a une culture différente», poursuit Lefebvre. Une façon polie d’évoquer la culture des courants au sein du PS qui fait qu’un Benoît Hamon est parfois plus proche d’un Jean-Luc Mélenchon que d’un François Hollande. Atténués depuis le Congrès de Reims catastrophique,  les courants pourraient s’épanouir à nouveau au sein de l’Assemblée lors de moments de tension de l’exercice du pouvoir.

Le parti aura-t-il un rôle à jouer?

Hollande a pris des garanties contre ces risques. En nommant Jean-Marc Ayrault, ancien président de groupe à l’Assemblée, et en ne s’opposant évidemment pas à la candidature de l'un de ses proches, Bruno Le Roux, à la tête du nouveau groupe, le président de la République place deux fins connaisseurs des humeurs du Palais Bourbon au cœur de la machine législative. Sauf que d’autres personnalités sont restées à l’extérieur. Martine Aubry ou Ségolène Royal par exemple. «Certains auront forcément envie de faire entendre leur petite musique. Martine Aubry bien sûr mais aussi Manuel Valls, Arnaud Montebourg ou d’autres dans le gouvernement. Il faut arriver à organiser une polyphonie mais dans l’harmonie», résume Lefebvre.  

Coquille vide depuis l’accession au pouvoir de tous les dirigeants socialistes, le PS pourrait avoir un rôle à jouer. Entre boîte à idées pour le nouveau pouvoir,  lieu d’expression des différentes humeurs et simple relais de la parole présidentielle, les nouveaux dirigeants devront définir le rôle du parti à l’automne. Un rôle qu’a toujours eu du mal à définir l’UMP des années Sarkozy ou le PS des années Mitterrand. Le contrôle du PS lors du prochain Congrès  est donc la prochaine étape importante du verrouillage du système où les râleurs devront trouver leur place. «Fiinalement, ne vaut-il pas mieux avoir une petite opposition en interne qu’une grosse avec le Front de gauche?», conclut Rémi Lefebvre.