Olivier Falorni célèbre sa victoire aux législatives face à Ségolène Royal le 17 juin 2012.
Olivier Falorni célèbre sa victoire aux législatives face à Ségolène Royal le 17 juin 2012. - XAVIER LEOTY / AFP

Maud Pierron, en Charente-Maritime

De notre envoyée spéciale à La Rochelle,

«Douce France, cher pays de mon enfance»… Les mots de Charles Trenet résonnent devant Les Dames. C’est la brasserie où Olivier Falorni, le tombeur de Ségolène Royal soutenu par la Première dame a choisi de fêter sa victoire. Une grosse centaine de personnes ont répondu à l’invitation. Des militants socialistes qui seront «peut-être, qui sait demain» exclus du PS. Mais dans le camp Falorni, vainqueur par K.O. (63% contre 37% à Royal), on a le sentiment d’être dans son bon droit. «On a enterré la primaire, ça a été un déclic. J’ai failli rendre ma carte du PS à ce moment mais on s’est dit que la démocratie était de notre côté», raconte Marie, Rochelaise depuis 32 ans.

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Car ici, l’enracinement, ça compte. Le beau-père d’Olivier Falorni raconte même que Ségolène Royal a commencé par dire qu’elle n’aimait pas le rugby. Or, «c’est important le rugby à La Rochelle, il y avait peut-être là un problème de préparation du terrain», assène-t-il. Et puis annoncer viser le perchoir dès le début de la campagne, «c’est la principale erreur» de la battue, explique Mireille, une autre militante PS, car «c’est le mépris de la population».

Mais de manière générale, on ne pardonne toujours pas au PS d’avoir supprimé le vote militant. «Ségolène aurait peut-être gagné, on se serait pliés à la démocratie», glisse un homme. Vu le «diktat de Paris», La Rochelle, «belle et rebelle» n’a eu d’autre choix que de «résister», expliquent ces militants en chœur. «Même Richelieu s’est cassé les dents sur La Rochelle. Ici, la résistance pour la démocratie, c’est une philosophie», dit Hélène, également encartée au PS. Et pas question de dire qu’«Olivier» a été élu avec les voix de la droite. «Les gens ont voté pour la démocratie, pas pour Olivier, pas contre Ségolène», explique Marie, soutien de Falorni mais ex-soutien, jusqu’aux
primaires, de Ségolène Royal. Et puis, «Hollande a bien été élu avec des voix de droite» et il ne s’en plaint pas, lance Mireille.

La bataille de la mairie engagée

«C’est particulier La Rochelle, on vote pour une personne, pas pour un programme.» Tous brossent un «Olivier» particulièrement «humaniste, très à l’écoute des gens, dans la lignée de Michel Crépeau [maire de La Rochelle de 1971 à 1999] et proche de Hollande». Un homme «courageux» qui a vaincu «l’appareil de Paris» qui doit désormais comprendre que la province ne peut accepter «la dictature». Et puis d’ajouter une pique à l’égard du Président: «On a mis fin au clan Sarkozy, c’est pas pour retrouver le clan Hollande!» La soirée avance et le buffet copieux à l’étage est avalé à pleine dents par les partisans d’«Olivier». Qui attendent leur champion qui enchaîne encore et encore des interviews devant la brasserie.

Il monte enfin, des applaudissements fusent. Et les chants se multiplient, dont le fameux: «Ici, ici, c’est Falorni», calqué sur des chants de supporters de rugby. On se délecte de la «raclée» infligée à Royal, à d’autres tables on ironise sur le retour de la «Madone» à Poitiers. La campagne a été violente. Une militante, en fin de soirée, est «écœurée»: ses parents, soutiens de Falorni, ont reçu dimanche soir des menaces.

La victoire laissera des traces à La Rochelle. Le maire et député sortant qui est allé chercher Ségolène Royal, Maxime Bono, est désavoué. «Là, c’est deux ans de tempête jusqu’aux prochaines municipales», annonce un soutien de Falorni. La plupart jugent qu’il doit démissionner puisqu’il s’est trompé dans les grandes largeurs: des «Bono démission» ont d’ailleurs été scandés salle de l’Oratoire.

Interview sur interviews

La pluie a beau tomber drue, les éclairs zébrer le ciel et l’orage gronder, les partisans de Falorni continuent de chanter la victoire de leur champion. Célèbrent «les Rochelais» contre «le Chabichou» vanté par Ségolène Royal, aidés par le rosé ou le vin rouge. Il est tard, après 23 heures, mais le grand vainqueur de la soirée, inconnu il y a encore une semaine, n’a pas eu le temps de dîner. Son assiette de poulet, penne et légumes est toujours devant lui. Il n’arrête pas de recevoir les félicitations de militants et même d’adversaires politiques…

Un jeune électeur UMP est venu le féliciter et saluer son «courage» dans son combat. D’autres lui parlent de la pluie. Olivier Falorni, tout sourire, rétorque: «on a une petite pensée pour ceux qui sont dans les jardins», allusion à Royal qui a fait sa déclaration dans les jardins du Muséum d’histoire naturelle. Lui aussi, entre deux félicitations, vante la «victoire d’une certaine démocratie». A-t-il reçu au cours de cette belle soirée des messages du Président, de socialistes ou même de la Première dame? «Je ne sais pas, je n’ai pas eu le temps de consulter mon téléphone. Ce soir, je me consacre aux Rochelais», lâche-t-il avant de donner une nouvelle interview.