Dans un bureau de vote parisien le 10 juin 2012.
Dans un bureau de vote parisien le 10 juin 2012. - V. WARTNER / 20 MINUTES

C. La. , M.P, A-L.B , M.G

A quelques jours du deuxième tour des élections législatives de ce dimanche 17 juin, vous étiez nombreux à exprimer des interrogations sur le scrutin. Les journalistes de la rubrique politique de la rédaction de 20 Minutes se sont donc penchés sur vos questions. Voici leurs éclairages.

Honoré (via
reporter-mobile@20minutes.fr): Pourquoi y a-t-il des triangulaires?

Le premier tour sert à départager les candidats entre eux et à sélectionner ceux qui seront qualifiés pour le second tour. Les règles pour y accéder sont simples: Il faut réunir les suffrages d’au moins 12,5% des inscrits (et non des votants). Avec 40% d’abstention, il fallait donc avoir en moyenne 21% des voix exprimés pour se maintenir au second tour. Mais évidemment, tout dépend de la mobilisation dans chaque circonscription. Il peut donc y avoir des triangulaires (32 cette année) et des quadrangulaires (aucune cette année).
Les partis de gauche, dans la majeure partie des cas, se mettent d’accord pour que le moins bien placé se désiste en faveur du mieux placé, il s’agit du désistement républicain. Très souvent, les triangulaires mettent aux prises un candidat de gauche, de droite et du FN. Dans ce cas, le PS appelle son candidat au désistement en faveur de l’UMP pour «faire barrage» au FN. Mais localement, les consignes ne sont pas toujours appliquées, comme c’est le cas dans la deuxième circonscription du Gard, où Katy Guyot a refusé de se désister. Résultat: Gilbert Collard a de bonnes chances d’être élu.

Monjoie38: Pourquoi la proportionnelle intégrale semble si difficile à mettre en œuvre en France, alors qu'elle est monnaie courante dans nombre de démocraties, notamment européennes?

Pour les élections législatives, le scrutin en France est uninominal, majoritaire et à deux tours, ce qui favorise les grands partis. Le scrutin proportionnel vise, lui, à répartir des sièges suivant le nombre de voix recueillies par parti, ce qui favorise les petites formations politiques. En France, le scrutin majoritaire est notamment utilisé pour la présidentielle, alors que les élections européennes sont au scrutin proportionnel. La proportionnelle intégrale est un objectif politique pour plusieurs partis, dont le Front national et les Verts.

En Europe, les situations sont diverses, et il n’y a pas de proportionnelle intégrale. Au Royaume-Uni, il n’y a qu’un tour aux législatives, tandis qu’en Allemagne, un système de compensation est appliqué à la proportionnelle. Un système mixte (majoritaire et dose de proportionnelle) avec une compensation est aussi appliqué, de manière différente en Suède, en Danemark et en Hongrie.

En France, la Ve République n’a connu qu’une seule élection au scrutin proportionnel, lors des législatives de 1986. 35 députés du Front national ont été élus. Deux ans plus tard, lors de nouvelles législatives, une seule députée FN, Yann Piat, a été réélue (avant de changer d’étiquette politique).

Koralyne: Au deuxième tour, si le taux d'abstention est énorme dans une circonscription et les votes blancs également, un candidat peut-il gagner avec 15% des voix? Y-a-t-il une règle dans ce cas précis? Un minimum à obtenir?

Pour être élu au premier tour, il faut remplir des critères très précis: obtenir plus de 50% des suffrages exprimés et au moins 25% des inscrits (nombre total de votants dans une circonscription). En revanche, au second tour, il suffit d’arriver en tête; c’est ce qui s’appelle la majorité relative.

54berry18 et Neofire: Pourquoi la règle du désistement systématique entre partis politiques frères ne tient aucun compte du choix des électeurs du premier tour?

La règle du désistement républicain fonctionne surtout à gauche et vient d’une longue tradition issue de la IIIe République. Un siècle après la Révolution française, la France a du mal à se stabiliser: monarchies constitutionnelles, empires et Républiques se succèdent. En 1870, la IIIe République est instaurée et pour éviter un retour à la monarchie, les Républicains de tout bord se mettent d’accord. Il y aura désistement en cas de victoire d’un député monarchiste. Cette règle a ressurgi dans les années 30 et était un marqueur de la gauche contre la droite. Là encore, l’enjeu est d’empêcher la droite d’arbitrer les débats internes à la gauche. C’est un peu ce qu’on voit à La Rochelle, où le dissident socialiste Olivier Falorni arrive en tête devant Ségolène Royal avec, si l’on en croit les sondages, une majorité de voix de la droite et de l’extrême droite.

Cette règle est toutefois contestée dans les cas de duel gauche contre gauche et le principe d’une candidature unique passe mal chez certains électeurs qui considèrent que tout électeur peut arbitrer n’importe quel duel, à gauche, ou à droite. Et ce qui est à l’origine un principe peut également passer pour des arrangements entre appareils politiques.

Quand il y a désistement, comme en Seine-Saint-Denis, d’un candidat PS au profit d’un candidat PC (ou l’inverse) et qu’il se retrouve seul en lice, un second tour est toutefois organisé.

Imhotep2750: Si des désistements mutuels comme à gauche existaient entre le FN et l'UMP, quelles seraient les gains en nombres de députés pour ces deux partis?

Si l’on parle des désistements mutuels, en cas de duel et non de triangulaire, en faveur du candidat arrivé en tête, cela ne favoriserait pas le FN. Ce cas de figure concerne 8 circonscriptions (11e du Rhône, 4e, 5e, 6e du Var, 9e des Bouches-du-Rhône, 4e et 8e des Alpes-Maritimes et 2e du Vaucluse) et à chaque fois, c’est le candidat de l’UMP qui arrive en tête devant le candidat du Front national. Le candidat UMP est donc quasiment assuré de l’emporter à chaque fois, et celui du FN de perdre. Mais au final, ce sont les électeurs qui choisissent.

Attila007: Est-ce que Mélenchon peut monter un groupe à l’assemblée?

Jean-Luc Mélenchon, candidat dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais, n’a pas réussi à se qualifier pour le second tour des législatives. Il est arrivé troisième et n’a pas réuni les 12,5% des inscrits nécessaires à la qualification pour le second tour. Il ne siégera donc pas à l’Assemblée nationale. Le Front de gauche pourrait toutefois avoir un groupe parlementaire. Pour cela, il faudrait atteindre le seuil de 15 députés du Front de gauche, ce qui semble irréalisable. Les projections de l’Ifop estiment que le Front de gauche pourrait remporter entre  8 et 10 députés… Ceci étant, la majorité peut décider d’abaisser le seuil pour constituer un groupe parlementaire à 10 députés. Le gouvernement l’avait déjà abaissé de 20 à 15 en 2009.