Législatives: Dans quel but l'UMP banalise-t-il le FN?

LEGISLATIVES Le parti multiplie les équivalences entre Front national, Parti socialiste et Front de Gauche...

Anne-Laëtitia Béraud

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Jean-François Copé, secrétaire général de l'UMP, le 13 juin 2012 à Paris.

Jean-François Copé, secrétaire général de l'UMP, le 13 juin 2012 à Paris. — WITT/SIPA

«Il n’y a aucune alliance avec le FN. Et je n’ai pas à recevoir de leçons de morale d’un Premier ministre, qui, lui, n’a aucun scrupule à faire alliance avec l’extrême gauche de Jean-Luc Mélenchon», explique Jean-François Copé, secrétaire général de l’UMP, dans une interview au Figaro publiée ce vendredi matin.

Comme pour toutes élections et pour tous les partis, l’UMP répète des éléments de langage pour ces législatives. Et depuis plusieurs jours, les divers responsables du parti orphelin de Nicolas Sarkozy multiplient les équivalences entre une extrême gauche incarnée par le Front de gauche [constitué du Parti communiste et du Parti de Gauche] et une extrême droite incarnée par le Front national, sans faire la moindre différence entre les deux.

Autre élément de langage martelé par l’UMP cette semaine: Voter FN équivaut à voter PS, allié au Front de gauche, et c’est pourquoi les électeurs de Marine Le Pen sont incités à voter pour l'UMP, «qui n’a de leçon à recevoir de personne». Un autocollant, diffusé au siège de l’UMP le soir du premier tour des législatives, résume cette comparaison. (Voir photo ci-dessous)

Ces équivalences entre FN, Front de gauche et PS interpellent. Ce vendredi matin, le ministre de l’Education nationale, Vincent Peillon, a déclaré sur France Info: «Je vois que toute la droite fait une campagne sur une équivalence entre le Parti communiste, le Front de gauche et le Front national, je dis: 'Attention'. Les grandes démissions commencent par la confusion intellectuelle et la perte de mémoire. Le Parti communiste en France, c’est le parti des fusillés, le général de Gaulle a gouverné avec les communistes (…) Je vois que l’on fait sur les plateaux une équivalence que seule l’extrême droite faisait dans notre pays. Je dis à la droite républicaine: 'Attention'.»

Au centre, la position fait également réagir. Ce vendredi matin, un communiqué du Mouvement démocrate, signé du porte-parole Yann Wehrling, fustige: «LUMP a pris une position qui augure d'inquiétantes choses. (…) Non, il n’y a pas un signe 'égal' entre un candidat du PS ou de lUMP et un candidat du FN. Le FN n’a fondamentalement opéré aucune mue entre le père et la fille. (…) Comment cette même UMP peut-elle aujourd'hui hésiter?».

Pourquoi les valeurs du Front national en font toujours un parti d’extrême droite, ce qui le différencie du Front de Gauche? La réponse en vidéo de Sylvain Crépon, chercheur à l'université Paris-Ouest-Nanterre, spécialiste de l'extrême droite et du Front national.


Sylvain Crépon - Le Front national reste-t-il un parti d'extrême droite? par 20Minutes

Et alors, la «lépenisation des esprits», par la dédiabolisation du parti, souhaitée par Marine Le Pen, a-t-elle réussie? Elle est engagée, explique Sylvain Crépon.


Sylvain Crépon - La «lepénisation» des esprits... par 20Minutes

Si les discours populistes sont employés par les deux leaders des formations Front national et Front de Gauche, leurs valeurs, leur conception fondamentale de la République, la place de l'homme et de l'étranger sont différentes. La vision du système politique faite par les deux partis n'a, là aussi, que peu de rapport. Mais alors, pourquoi l'UMP tend à multiplier ces équivalences, banalisant le Front national? Selon Sylvain Crépon, des accords électoraux sont en ligne de mire, afin de préparer l’échéance électorale des municipales de 2014.