Législatives: La grande famille des dissidents

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Publié le 14 juin 2012.

LEGISLATIVES - Tour d'horizon des rebelles qui refusent les consignes de leur parti...

Candidats oui mais candidats rebelles. Les politiques qui se présentent aux législatives n’aiment pas que les états-majors de leur parti leur donnent des ordres. Au premier tour, cela s’est traduit par une multiplication de candidatures dissidentes, une cinquantaine à gauche, une quinzaine à droite. Au second tour, les situations se complexifient parfois encore, sur fond de risque FN ou d’absence du camp adverse. Petite typologie des dissidences françaises.

Le dissident qui se maintient contre l’avis de son parti.

Même s’il n’est pas sorti en tête du premier tour, il se maintient. C’est bien sûr le cas du très médiatisé Olivier Falorni dans la 1re circonscription de Charente-Maritime face à Ségolène Royal. Il ne bénéficie pas du soutien du PS, mais de la première dame, Valérie Trierweiler. Autre dissident dans cette situation: l’UMP Thierry Solère à Boulogne-Billancourt, face à Claude Guéant. S’il s’est maintenu au second tour, c’est qu’il «n’y a aucune chance que la gauche ne gagne», quoiqu’elle soit qualifiée. «Les chances de gagner comptent dans la décision de se maintenir ou non», reconnaît celui qui compte sur les voix de l’électorat socialiste pour l’emporter. Et de tacler Claude Guéant: «C’est moins gênant d’avoir le soutien de gens qui ont voté Hollande que de Marine Le Pen». Au cœur de la motivation de ce dissident, pas tant la remise en cause d’un parachutage que l’adéquation avec l’orientation idéologique du territoire. «Les Boulonnais sont de droite modérée, pas de celle qui fait des clins d’œil au FN.»

Le dissident qui obtient l’investiture du parti.

Le rebelle devient l’officiel. Au PS, ils ne sont pas moins de 13 dissidents, selon Slate.fr, à se maintenir au second tour alors que les candidats soutenus par l’appareil au premier tour, souvent des candidats Europe-Ecologie-Les-Verts, ont mordu la poussière. C’est le cas de l’emblématique René Dosière dans la 1re circonscription de l’Aisne. Un habitué puisqu’il y a cinq ans déjà, il avait été soutenu par le PS au second tour après avoir été en dissidence au premier. De nombreux autres candidats sont dans cette catégorie: Thierry Braillard dans la 1re circonscription du Rhône qui a barré la route du second tour à l’EELV Philippe Meirieu ou encore Edith Gueugneau dans la 2e circonscription de Saône-et-Loire qui a battu l’écologiste Nicolas Guillemet.

Le dissident qui se plie au parti.

Finalement, il soutient son rival. Les motivations peuvent être variées. Pour Olivier Delaporte, dissident UMP dans la 3e circonscription des Yvelines, c’est pour «ne faire courir aucun risque de gauche» localement qu’il se retire et apporte son soutien à Henri Guaino. Pour Brigitte Kuster, les raisons sont différentes puisque seuls des candidats de droite – elle et Bernard Debré – étaient qualifiés pour le second tour. Mais avec 23,01% contre 45,07% pour son rival, elle ne croyait plus en ses chances. «Un duel aussi frontal aurait laissé trop de marques, à un moment il faut savoir s’arrêter», indique celle qui est aussi maire du 17e arrondissement. Et dont la majorité municipale s’est déchirée entre les deux candidats. Autre cas, les dissidents éliminés dès le premier tour. Ils sont nombreux et n’ont d’autres choix que de soutenir le candidat officiel au second.

Le dissident pour lequel la question de la dissidence ne se pose même plus.

Ni lui ni l’autre candidat de son camp n’ont réussi à se qualifier au second tour. Cette situation se retrouve dans la 2e circonscription du Vaucluse - où le candidat EELV et le dissident socialiste sont éliminés - dans la 11e du Rhône ou encore dans la 5e de l’Eure. Idem dans la 3e circonscription de Vendée où le dissident PS Jacques Fraisse est sorti à l’issue du premier tour avec le candidat EELV, soutenu par Solférino. «J’ai fait une erreur d’analyse tactique et stratégique, reconnaît Jacques Fraisse, j’ai sous-estimé le poids des Verts et surestimé la vague rose, je pensais vraiment que je pouvais gagner.» De la «déception» donc mais pas de regrets pour celui qui s’est fait exclure du PS après y avoir milité 26 ans: «avec ou sans ma candidature, je ne pense pas que les Verts étaient en mesure de se qualifier pour le second tour.» Si aucun candidat de gauche ne s’est qualifié, c’est qu’il y a eu une «confusion entre nos deux candidatures chez les électeurs».

 Le candidat officiel qui devient dissident en se maintenant.

C’est une dissidence inversée puisque le candidat était non-dissident au premier tour. Un seul cas: celui de la socialiste Catherine Arkilovitch dans la 3e circonscription du Vaucluse. Elle refuse de se désister en faveur de l’UMP, comme le lui demande Martine Aubry, pour faire barrage à Marion Maréchal-Le Pen (FN). «Pour faire un Front républicain, encore faut-il que le candidat que l’on soutienne soit républicain», dénonce-t-elle, en référence à l’appartenance du député (UMP) Jean-Michel Ferrand à la Droite populaire. Dissidence dans la dissidence: son suppléant, Roland Davau, appelle à voter UMP, conformément aux instructions de Solférino. Ce qui lui a valu d’être traité de «sans-couilles» par sa propre candidate.

Le candidat officiel qui devient dissident en se désistant

C’est une dissidence doublement inversée. Non seulement le candidat ne devient rebelle aux instructions de son parti qu’au second tour mais il le devient en claquant la porte. Deux cas de cette dissidence très stylée. Celle de l’UMP Roland Chassain dans la 16e circonscription des Bouches-du-Rhône qui se désiste pour faire barrage à la gauche et donc soutenir le FN. Ce qui lui vaudra l’exclusion de l’UMP. Dans la 2e du Gard, le député UMP sortant Etienne Mourrut était tenté de faire de même… avant de se décider à se maintenir, conformément à la demande de Jean-François Copé. Même scénario dans la 5e circonscription du Vaucluse où la frontiste Martine Furioli-Beaunier se retire pour faire gagner l’UMP. Au grand dam de Marine Le Pen.

Le candidat officiel qui devient dissident en se maintenant contre l’ancien dissident

C’est du grand art dans la dissidence. La palme revient à Fawaz Karimet dans la 1re circonscription de l’Aisne. Soutenu par l’appareil socialiste face au député sortant et dissident René Dosière, il arrive troisième à l’issue du premier tour avec 21,47% des voix, derrière René Dosière (29,11%) et la Nouveau Centre Aude Bono (26,49%). Conformément à la règle du désistement républicain, le PS soutient au second tour René Dosière. Mais Fawaz Karimet le refuse. «Il y a cinq ans, je m’était déjà désisté au profit de Dosière qui m’avait dit que ça serait son dernier mandat. Il a 71 ans, j’en ai 54. La jeunesse doit arriver à l’Assemblée nationale, maugrée-t-il. Je ne suis pas le diviseur, je ne veux simplement pas être humilié.»

Alexandre Sulzer
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