Marion Le Pen, le 14 mars 2010 à Saint-Cloud.
Marion Le Pen, le 14 mars 2010 à Saint-Cloud. - REVELLI-BEAUMONT/SIPA

Alexandre Sulzer

De notre envoyé spécial à Pernes

Juste avant sa réunion publique à Pernes (Vaucluse), le député (UMP) Jean-Michel Ferrand, candidat à sa propre succession, procède à un petit rituel: une distribution de chèques aux associations locales. Ce mardi soir, l’épicerie sociale recueille 2.000 euros, la chorale du coin 1.500 euros et l’association qui s’occupe de la propreté de la rivière 2.000 euros. Au total, ce sont 100.000 euros de fonds de réserve parlementaire que l’élu va distribuer, légalement, à travers la 3e circonscription. «J’ai obtenu des choses pour toutes les communes», se vante le député qui a fait de cet «ancrage local» son principal argument face au Front national qui a fait ici, à la présidentielle, avec 31,5% des voix contre 27,65% pour Sarkozy, son meilleur score national. Et a investi en catastrophe dans cette «circo» prenable Marion Maréchal-Le Pen, la petite-fille de Jean-Marie Le Pen, 22 ans.

«J’aurais préféré affronter le grand-père»

A la tribune à Pernes, Jean-Michel Ferrand prévient: «si vous ne voulez plus de subventions pour votre commune, ne votez pas pour moi». Et d’opposer cette «implantation» au parachutage de «Marion-nette», sa cible principale, venue «que trois ou quatre fois dans sa vie» dans le Vaucluse. «Un département frondeur, longtemps terre papale, qui ne reconnaît pas l’autorité de Paris», détaille Jean-Michel Ferrand pour expliquer le vote FN. Plus «l’expression d’un malaise qu’un vote d’adhésion», évacue-t-il, serein. Il n’entend donc pas battre spécialement le pavé. «J’ai trois permanences et suis sur les marchés toute l’année.» Tout juste concède-t-il que c’est «moins facile» pour lui de «taper» sur une jeune fille novice en politique. «J’aime le combat, j’aime quand ça sent la poudre, lance-t-il, bravache. Mais là, ça va sentir la poudre de riz! J’aurais préféré affronter le grand-père.»

Face à cette «campagne clientéliste», Roger Martin, le candidat du Front de gauche (FG), oppose «le terrain». Comprendre marchés et porte à porte. «C’est la seule solution. Pendant des années, j’ai participé à des manifestations où l’on criait "F comme fasciste, N comme nazi", je ne le ferai plus, le public ne le comprend pas», lâche-t-il. D’ailleurs, les seuls électeurs frontistes qu’il essaye encore de convaincre, ce sont les précaires. Pour les autres votes FN – « pied noir, agricole et viticole, commerçant de villes moyennes», classe-t-il – il a lâché l’affaire. «Ça use, je ne vais pas y passer ma vie», glisse celui qui évoque des «positions durcies» chez les électeurs.

Au PS, pas de consigne de vote en cas d'absence au second tour

Sur le marché de Vedène, Catherine Arkilovitch, la candidate socialiste, en fait l’expérience. «Des fois, je me demande si la France a vraiment basculé à gauche», soupire-t-elle, las. Quand elle s’approche des électeurs, une majorité lui fait signe de s’en aller de la main, le visage crispé. «Vous comprenez maintenant pourquoi je n’insiste pas», dit-elle, une liasse de tracts à la main. Mais si le Vaucluse «n’est pas une terre de gauche», le PS et le FG ne se sont pas mis pour autant d’accord sur une candidature commune. Catherine Arkilovitch évoque même les «tensions» avec Roger Martin. «La légitimité du combat contre le FN, ici, c’est moi», confirme le communiste qui rappelle son implication contre le Front lors de l’affaire du cimetière juif de Carpentras. Catherine Arkilovitch regrette quand même qu’il n’y ait pas une plus grande mobilisation anti-FN dans le département. «Je ne comprends pas le mutisme des instances nationales socialistes sur ce sujet-là.» Elle aurait voulu organiser un grand raout avec des figures anti-FN connues «comme BHL». Mais «on m’a demandé de me taire», regrette-t-elle, amère. Autre sujet de discorde avec le national. Elle n’appellera pas à un front républicain contre le FN au second tour. «Ferrand est membre de la droite populaire. Il n’est pas un républicain.» Si elle ne passe pas le premier tour, elle ne donnera aucune consigne de vote. «Moi, je voterai blanc.»

Au moins un point d’accord avec Roger Martin. Déjà candidat en 1997, il avait pourtant appelé à l’époque à voter Ferrand pour faire barrage à l’extrême droite. «Ça fait cinq ans qu’il met tout sur le dos des immigrés. Il a rempli le fossé qui le séparait du FN.» «Qu’il se batte donc seul au second tour pour montrer qu’il est différent!» conclut-il. Dans ce contexte de divisions, Marion Le Pen compte elle aussi faire la différence.