«Il n’a jamais fait aussi beau» rigolent Pierre et Raphaël, lycéens de 16 ans. Grelottant dans leurs sweats à capuche, ils profitent d’une heure de pause pour braver l’averse de grêle et accueillir François Hollande à l’Hôtel de Ville. Il est 14h30 et le nouveau président de la République doit arriver sous peu.
Environ 200 personnes sont présentes, plus ou moins bien loties, avec ou sans parapluie. Manuel, 96 ans, est venu «le voir de près» mais sous les rafales, finit par déclarer forfait. Quant aux nombreuses personnes qui restent, rien ne peut entamer leur enthousiasme.
Amina, venue avec ses amies Hanan et Djamila, attend le président de la République «comme le messie». Elle croit à sa victoire depuis plus d’un an. «Je suis sereine et optimiste pour l’avenir. Il est arrivé avec la pluie et pour les musulmans, c’est un bon présage.» Fabrice aussi est optimiste, même si «ça ne va pas être facile ». A 44 ans, il est venu célébrer les valeurs de la France.
Quant à Illès, 20 ans, il espère que François Hollande va «redresser la France». Et qu’il va donner la priorité à la problématique de la crise, selon lui «plus importante que l’islamisme». Jean-Louis, sans emploi, s’est déplacé de banlieue pour l’occasion: «Je souhaite plus d’intégrité et de morale dans la vie politique.»
C’est avec trente minutes de retard et sous un soleil éblouissant que François Hollande et Valérie Trierweiler arrivent sur le parvis, accueillis par des applaudissements et «Hollande président!» Ce dernier salue la foule puis se rend à l’intérieur de l’Hôtel de ville pour rencontrer Bertrand Delanoë et de nombreux élus. Deux écrans géants (muets) prennent le relais. Les gens se parlent spontanément, comme Guy, retraité parisien, et Djim, sans-papiers congolais, qui approuvent la présence de nombreux immigrés sur le parvis.
Derrière eux, un autre Guy se montre un peu moins optimiste. «La dette est un boulet qu’on va devoir traîner pendant tout le quinquennat». Il pense aussi au chômage des jeunes «sacrifiés» pendant cinq ans. Un coup d’œil à l’écran, François Hollande déambule dans les couloirs fastueux de l’Hôtel de ville et signe le parchemin attestant de sa visite. «Tous ces ors, ça ne fait pas très républicain, on se croirait au Kremlin», se moque Patrick. Voici venu le temps de la bise à Ségolène Royal puis de l’accolade avec Bertrand Delanoë: «Hou hou!» réagit le public, taquin, avant d’entonner la Marseillaise. A 16h, le son est activé sur les écrans géants.
Les écrans s’éteignent et l’averse reprend pendant le discours du maire de Paris. Quelques minutes plus tard, le soleil revient avec l’image, faisant apparaître le visage de François Hollande. A 16h30, le président sort de l’Hôtel de ville sous les vivats. Sophiane, ingénieur d’origine tunisienne de 38 ans, confie aimer «cette force tranquille qui émane de lui et qui nous rassure». Pour lui, Nicolas Sarkozy a dissocié les Français, qui ont voté le rassemblement et la confiance en élisant François Hollande.
La foule se disperse. Près des barrières de sécurité, Jérémie et Rénald, professeurs en Seine-Saint-Denis, agitent encore un grand drapeau tricolore. « En 2007, on avait voté Sarkozy. On est pour François Hollande aujourd’hui parce qu’il soutient les enseignants». Les deux amis suivent le marathon de l’investiture depuis lundi matin: «On a tout fait: L’Elysée, les Invalides, la place de l’Etoile, les Tuileries...» Leur périple s’arrête ici: Le nouveau président de la République a maintenant rendez-vous à Berlin.