Jean-Louis Georgelin, grand chancelier de la Légion d'honneur,  nomme François Hollande  Grand croix de la légion d'honneur, le 15 mai 2012.
Jean-Louis Georgelin, grand chancelier de la Légion d'honneur,  nomme François Hollande Grand croix de la légion d'honneur, le 15 mai 2012. - F. DUFOUR / POOL / AFP

Matthieu Goar

De notre envoyé spécial à l'Elysée

Un hélicoptère de la télévision survole le 8e arrondissement. Il est 9h57, la cour de l’Elysée s'anime. «Il arrive, même pas en retard», ironise un journaliste. Les gardes républicains présentent leur arme. François Hollande marche sur le tapis rouge et serre la main de Nicolas Sarkozy, qui l’attend en haut du perron au son d’une musique militaire. Aucun sifflet en provenance des partisans de l’UMP massés devant le Palais et appelés en renfort par textos. Ils avaient pourtant hué presque toutes les personnalités socialistes qui s’étaient présentées.

Un orchestre et des cheveux gris

Les sixième et septième présidents de la République s’engouffrent dans le hall et grimpent vers le bureau pour un état des lieux de la République. Les invités se ruent vers les dorures de la salle des Fêtes. Un petit orchestre de chambre enveloppe les conversations feutrées. Les anciens Premiers ministres Pierre Mauroy, Lionel Jospin et Laurent Fabius refont le monde. De l’autre côté de l’allée qu’empruntera François Hollande, les membres du futur gouvernement, Martine Aubry, Pierre Moscovici, Manuel Valls, mais aussi les soutiens fidèles, les rares qui ne l’ont jamais lâché, comme Stéphane Le Foll et le chef de cabinet Faouzi Lamdaoui.  Les représentants des corps constitués, les Prix Nobel invités par Hollande, tout le monde patiente. L’orchestre enchaîne. On tapote sur les  portables, des personnes âgées s’assoient. «A partir de combien de temps peut-on considérer que le tête-à-tête s’éternise?» s’inquiète une dame. «Une heure», répond, catégorique, sa voisine.

Après 40 minutes de conversation, les écrans montrent Nicolas Sarkozy et Carla Bruni quittant l’Elysée. François Hollande fait son entrée. Il se positionne en face de Jean-Louis Debré, président du Conseil constitutionnel, qui proclame les résultats. «Vous symbolisez maintenant la République et vous représentez la France», déclare Debré. Hollande ne cille pas. Sous le regard attentif de ses camarades, dont aucun ne l’imaginait avoir un destin national il y a quelques années, il vient de devenir le 24e président de la République française. On lui présente le «grand collier de grand maître de la légion d’honneur»… Il se dirige vers le pupitre pour son premier discours de président.

Un discours grave, de crise

Excités, les invités en costume tendent les bras pour prendre des photos et gâchent le cadre. Les photographes de presse râlent. Hollande parle à la France. De façon grave. «En ce jour où je suis investi, j’adresse aux Français un message de confiance. Nous sommes un grand pays qui a su traverser les épreuves (…) Nos diversités ne doivent pas devenir des discordes», débute-t-il avant de s’évoquer la crise, le chômage, les atouts du pays («la démographie», «l’impatience de notre jeunesse», etc.), de rappeler son programme et de faire coucou à Angela Merkel qu’il rencontrera dans quelques heures («Bien des peuples, et d’abord en Europe, nous regardent»). Le socialiste a un mot pour chacun de ses prédécesseurs, dont il loue une action. «La modernisation de la société» pour Giscard, «la défense des valeurs de la République» pour Chirac. Et Nicolas Sarkozy ? «Je luis souhaite bonne chance pour sa nouvelle vie». Point final… La campagne a laissé des traces.

Hollande se lance dans la tournée des invités. Il serre des mains, embrasse Fabius, traîne dans le coin des socialistes. Valérie Trierweiler, qui ne veut pas qu’on l’appelle «Première dame», l’imite quelques mètres derrière. L’Elysée vient de se trouver un nouveau couple. Les cocktails font leur apparition. «Pour moi, le temps de la conquête est fini, je repars à mes affaires», glisse, ému, un proche de Hollande. A l’extérieur, sous la pluie, fidèle amie de sa fin de campagne, le nouveau président fait la revue des troupes. Déjà happé par le protocole.