Le Président français François Mitterrand (à gauche) et le chancelier allemand Helmut Kohl (à gauche) scellent l'entente retrouvée à Verdun, le 22 septembre 1984.
Le Président français François Mitterrand (à gauche) et le chancelier allemand Helmut Kohl (à gauche) scellent l'entente retrouvée à Verdun, le 22 septembre 1984. - WITT/SIPA

Anne-Laëtitia Béraud

Le jour-même de son investiture, François Hollande se rend en Allemagne, à la rencontre de la chancelière Angela Merkel. Ce baptême du feu diplomatique augure l’espoir d’une nouvelle relation privilégiée entre les deux pays. Il rappelle aussi un autre rendez-vous: le 16 mai 2007, Nicolas Sarkozy s’était rendu à Berlin au soir de sa prise de fonction comme chef de l’Etat, pour la première de ses entrevues avec Angela Merkel.

Un nouveau président, un premier voyage officiel en Allemagne? L’équation n’est pas si récente,Jacques Chirac ayant privilégié les Etats-Unis pour son premier voyage hors de l’Hexagone, en juin 1995. Mais la relation «spéciale» entre l’Allemagne et la France est bien plus ancienne. Celle-ci débute avec la réconciliation entre le général de Gaulle et Konrad Adenauer en 1962, avant que les dirigeants ne lancent l’année suivante un traité de coopération franco-allemand.

Des liens historiques et économiques

«Le lancement de l’axe franco-allemand, qui intervient peu d’années après la capitulation allemande, est très important. Des générations politiques, jusqu’à celle de Nicolas Sarkozy, ont été marquées par l’héritage de la Seconde Guerre mondiale, et de l’urgente nécessité d’un monde pacifié», explique Jean Garrigues, professeur d’histoire contemporaine à l’université d’Orléans.

Si le souvenir des blessures de l’Histoire est présent dans cette relation toute spéciale entre les deux pays, celle-ci est dirigée par des impératifs concrets. Selon le spécialiste d'histoire politique, «les liens économiques sont indissolubles, l’Allemagne et la France étant les premiers partenaires économiques.»

Par cette première rencontre entre la chancelière et le président, c’est aussi un nouveau couple de dirigeants franco-allemand qui se forme. «Il y a dans l’histoire un renouvellement et une continuité de ces couples. Après de Gaulle et Adenauer, il y a aussi eu Valéry Giscard d’Estaing et Helmut Schmidt qui ont formé l’un des couples les plus européanistes, tandis que François Mitterrand et Helmut Kohl ont soldé l’héritage de la guerre par leur poignée de main à Douaumont (Meuse) le 22 septembre 1984», rappelle Jean Garrigues.

Renouvellement et continuité du couple franco-allemand

Une petite musique franco-allemande qui a continué à travers les mandats, rappelle l’historien: «Gerhard Schröder et Jacques Chirac avaient une sociabilité et des goûts communs, et pas seulement pour les bonnes tables... Quant au couple Angela Merkel - Nicolas Sarkozy, il a pu apparaître moins original, mais les deux dirigeants, qui partaient sur des relations pas si simples, se sont accordés, ce qui a finalement alimenté la critique – parfois injuste- des adversaires de Nicolas Sarkozy, avec le vocable ‘Merkozy’.»

Cette relation privilégiée entre les deux pays, qui doivent faire face à une crise aigüe de l’Union européenne, devrait une nouvelle fois se développer avec François Hollande. Car, le rappelle Jean Garrigues, «la construction de l’Union européenne a beau avoir été imparfaite, c’est toujours le couple franco-allemand qui a été le moteur de celle-ci».