Vous avez interviewé Benjamin Sportouch et Jérôme Chapuis sur Nicolas Sarkozy et sa campagne présidentielle

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Publié le 14 mai 2012.

VOS QUESTIONS - Les auteurs du livre «Le naufragé, l’histoire secrète d’une descente aux Enfers» ont répondu à vos questions...

[Le chat est terminé]
 
Bonjour à tous et merci d’être au rendez-vous! 
 
Nicolas Sarkozy va-t-il, selon vous, renoncer réellement à la vie politique? Peut-il tenter de s’éloigner pour revenir en “sauveur” en 2017, à la De Gaulle?
Nicolas Sarkozy a clairement laissé entendre pendant toute la campagne, qu’en cas d’échec il se retirerait. Mais au soir de la défaite, on a eu le sentiment qu’il laissait une porte ouverte. Reste à savoir laquelle. Pour 2017, ce sera compliqué: il y a déjà beaucoup de monde en lice. En premier lieu Jean-François Copé qui a fait explicitement état de ses ambitions. François Fillon est en embuscade. Dans notre livre, nous racontons une rencontre entre le Premier ministre et Hervé Novelli, secrétaire-général adjoint de l’UMP, à l’été 2011: déjà à l’époque, il ne cache pas sa volonté de prendre l’UMP dans la perspective de 2017. Ces deux-là ne feront pas de cadeau à Nicolas Sarkozy. Il faudrait un exceptionnel concours de circonstances pour qu’il puisse revenir “en sauveur.” 
 
L'UMP peut-il revenir et remonter la pente d'ici juin pour les législatives?
Pour l’instant c’est la paix armée. ‘Le premier qui dégaine est mort’, disent les hauts responsables du parti parce qu’il sera accusé d’être à l’origine de la désunion. Tout le monde se regarde donc en chien de faïence dans l’attente du résultat des législatives. Ensuite, tout dépendra du score. Le sort de Jean-François Copé en dépend. Si le score de l’UMP est trop faible, il risque d’en payer le prix. Même à droite, ils sont peu nombreux à parier sur une victoire. Quoi qu’il arrive, le moment de vérité pour l’UMP, ce sera au soir du 2nd tour des législatives: c’est à ce moment là que le risque d’éclatement sera le plus fort.
 
Dans quel état d'esprit se trouve Nicolas Sarkozy après sa défaite?        
Vendredi dernier, il a réuni ses proches collaborateurs. “Il est étonnamment serein”, nous confie l’un d’eux. Une de ses amis nous a même dit qu’il était “soulagé.” Faut-il vraiment le croire? Cette défaite reste un coup dur pour Nicolas Sarkozy, qui a voulu y croire jusqu’au bout. Nous le racontons dans les premières pages du livre. Le dimanche 6 mai, juste après avoir acté la défaite, il disait en petit comité: “Il nous a manqué 500.000 voix”. En tous cas, il a l’intention de prendre de longues vacances, avant de redevenir avocat. Il a loué des bureaux tout près de l’Elysée. Il va aussi siéger au Conseil constitutionnel, au côté d’un de ses meilleurs ennemis, Jean-Louis Debré, un très proche de Jacques Chirac. Ambiance! Signe qu’il n’a pas complètement renoncé à l’exercice du pouvoir.
 
Pouvez-vous nous en dire plus sur ce très secret Patrick Buisson? Notamment sur son influence sur Nicolas Sarkozy?
Comme vous le dites, c’est un homme secret. Il rencontre très peu de journalistes et a surtout beaucoup œuvré en coulisse. L’une des rares fois où il est apparu dans un déplacement, c’est en Lorraine pour l’anniversaire de la naissance de Jeanne d’Arc à Domremy en janvier 2012. Une manière, pour lui,  de célébrer les racines chrétiennes de la France. Historien de formation, il a été proche du Front national avant d’être contacté par Nicolas Sarkozy en 2005 pour travailler à ses côtés. Au cours de notre enquête, nous avons vu qu’il intervenait en tous domaines. Pendant la campagne, il voyait quotidiennement Nicolas Sarkozy. L’idée du “candidat du peuple”, des référendums, de l’opposition au mariage homo, c’est lui. Comme ils nous l’ont raconté, beaucoup d’élus ont été agacés de le voir érigé en stratège en chef de la campagne tandis qu’eux étaient relégués au rang de spectateurs. Son influence a été déterminante.
 
Pourquoi François Bayrou et Nicolas Sarkozy ne s'aiment-ils vraiment pas? Quelle est l’origine de ce conflit?
Entre ces deux-là, c’est une opposition de style, de fond... Et d’ambition. Nous racontons cette scène surprenante: début 2011, François Bayrou est reçu par Nicolas Sarkozy à l’Elysée pour parler politique étrangère. Soudain, le président l’emmène dans ses appartements privés. Il lui fait visiter sa chambre à coucher et lui montre sa collection de DVD! Pas tout à fait le genre de Bayrou, homme pudique.
Il n’y a jamais eu d’atome crochu entre eux. Un centriste à la fibre social, de l’autre un ancien RPR qui assume les valeurs de droite. Les choses se sont aggravées quand le président du Modem a écrit “Abus de pouvoir”, pamphlet au vitriol contre Nicolas Sarkozy. Ils ont fini par se revoir sans jamais s’entendre. Définitivement incompatible. Quinze jours avant le 1er tour, Sarkozy confiait: “Bayrou, il part en torche!” Pas étonnant que celui-ci ait finalement voté François Hollande.
 
Qu'est-ce qui pourrait faire penser à vos lecteurs que vous êtes objectifs dans votre vision/traitement de cette campagne du candidat Nicolas Sarkozy?
Nous sommes journalistes à RTL et L’Express et nous plaçons donc l’objectivité au cœur de notre travail. Ce livre est le fruit d’un suivi au quotidien de la campagne et de très nombreuses rencontres avec les principaux acteurs. Il ne s’agit pas d’une analyse, mais d’un récit, nourri de nombreuses anecdotes (comme celles mentionnées ci-dessus). Ce récit a été écrit au fil de l’eau. A la lecture du livre, on se rend compte que les ingrédients de la défaite étaient en germe. Mais nous savions que nous étions peut-être aussi en train d’écrire l’histoire d’une incroyable résurrection, tant les obstacles ont été nombreux. Les présidentielles sont tellement riches en surprises!
 
Nicolas Sarkozy a-t-il réellement sous-estimé son adversaire?
Oui, sans aucun doute. Nicolas Sarkozy a longtemps parié, sans le dire publiquement, sur un effondrement de François Hollande. 
Son adversaire s’est révélé plus coriace. Exemple, lors du débat de l’entre-deux tours. De l’aveu même de certains de ses proches, il ne s’y était pas suffisamment préparé.
Il misait sur l’inexpérience du socialiste et voulait installer l’idée que François Hollande n’avait pas la stature d’un chef d’Etat. Il pensait l’asphyxier politiquement. Nous racontons une scène très surprenante: dans les coulisses d’une émission, Nicolas Sarkozy explique à un journaliste comment il va s’y prendre. C’est saisissant. Et même assez violent. On ne vous en dit pas plus... :-)
 
Les conseillers de Nicolas Sarkozy ont-ils vraiment été unis sur la stratégie de droitisation après les résultats du premier tour de la présidentielle?
Non. Henri Guaino, le conseiller spécial, a souvent exprimé des réserves, sans être vraiment entendu. Avec l’autre cerveau de la campagne, Patrick Buisson, la guerre d’influence a été discrète mais féroce. Ils ont fini par se retrouver sur le thème de la frontière, qui est apparu assez tardivement. Mais ils n’y ont pas mis le même contenu. Guaino, plume du candidat, voulait parler davantage de protection face à la mondialisation, Buisson privilégiait la lutte contre l’immigration.
 
Est-il vrai que Nicolas Sarkozy a invité Dominique de Villepin à son meeting de la Concorde et que ce dernier a refusé? Si oui, pourquoi ce refus?
Henri Guaino l’a confirmé ce matin. L’ex-premier ministre était invité à s’exprimer à la Concorde. Jusqu’au bout Nicolas Sarkozy a tenté de réunir son camp. En novembre, nous le racontons dans le livre, le futur candidat a reçu Dominique de Villepin à la résidence de La Lanterne, à Versailles. Rencontre plutôt froide. Le rapprochement était voué à l’échec. Au-delà de toutes les raisons politiques, il y a entre eux trop de passion et de haine, sur fond d’affaire politico-judiciaire (Clearstream a laissé des traces). Dominique de Villepin n’avait aucune raison ni aucune envie de faire un cadeau à Nicolas Sarkozy. Il l’a d’ailleurs torpillé dans une formule ciselée entre les 2 tours: “La droite m’effraie, la gauche m’inquiète.”
 
Pourquoi? Serait-ce car il savait à l’avance que la stratégie de “droitisation” du président sortant était vouée à l’échec?
Comme nous l’avons dit, Henri Guaino n’était pas favorable à la “droitisation” qui s’est amplifiée entre les deux tours. C’est d’ailleurs lui qui a corrigé publiquement Nicolas Sarkozy lorsque celui-ci a parlé de la Fête du “vrai travail”. Le soir de la défaite, il était peut-être préoccupé par son avenir personnel. Il devait s’assurer que sa candidature aux législatives dans les Yvelines serait validée par l’UMP. Cela a été fait trois jours après.
 
J'ai trouvé que Nicolas Sarkozy, contrairement à 2007, manquait réellement de mordant. Il s'est ressaisi après le premier tour, mais avant c'était plutôt mou, sa campagne était mal ficelée. Qu'en pensez-vous?
C’est vrai, il y a eu de l’improvisation dans cette campagne. Nicolas Sarkozy voulait surprendre son adversaire en multipliant les annonces. Il a lui-même été surpris par François Hollande, notamment sur l’imposition à 75%. L’impression qui ressort, c’est que c’était moins bien préparé qu’en 2007. Il pensait pouvoir se déclarer tard, mais face à l’avance persistante de François Hollande dans les sondages, il a dû accélérer... et donc improviser. Autant sur le fond que sur la forme. Il n’avait pas de slogan saillant (comme “Travailler plus pour gagner plus” il y a 5 ans). Autres exemples: la musique de ses meetings a été composée dans les 15 jours qui ont précédé l’entrée en campagne et l’affiche a été réalisée trois jours avant seulement.
 
Pouvez-vous nous expliquer le titre de votre livre? "Le naufragé, l'histoire secrète d'une descente aux enfers". Et nous dire également quand cette chute a commencé, selon vous?
Le jour de sa déclaration de candidature, Nicolas Sarkozy se présente en “capitaine de tempête.” Sur son affiche, il pose devant une mer calme. Dans ses meetings, il en appelait aux Français: “Aidez-moi! Aidez-moi!” Début avril, il a dit: “Je sens monter la vague.” Nous décrivons aussi sa solitude dans cette campagne. Tous ces éléments nous ont amené à choisir ce titre. Rétrospectivement, cette fin semblait écrite, peut-être même depuis les erreurs de son début de quinquennat qu’il n’est pas parvenu à gommer.
 
Pourquoi, d'après vous, Sarkozy s'est-il obstiné a écouter son conseiller Patrick Buisson (surtout au deuxième tour) alors que la majorité à l'UMP était contre?
Devant la poussée du FN, la droite est face à un dilemme. Le pari de Nicolas Sarkozy a toujours été de parler aux électeurs de Marine Le Pen en espérant les amener à lui dès le premier tour. A l’UMP, certains sont d’accord avec cette stratégie. Jean-François Copé la reprend d’ailleurs pour les législatives. Quant à ceux qui y étaient opposés, ils ne se sont pas beaucoup manifestés publiquement. Même si certains nous ont confié leurs doutes... et c’est dans notre livre.
 
Pourquoi a-t-il choisi NKM comme porte-parole? Etait-ce une erreur selon-vous?
Nicolas Sarkozy voulait quelqu’un de jeune. Un complément plus qu’un clone, pour élargir son électorat. NKM est une femme moderne, son profil était susceptible de plaire aux électeurs du centre voire du centre-gauche. Patrick Buisson estimait que c’était une erreur. Il a d’ailleurs eu une explication avec elle durant la campagne. Quoi qu’il en soit, le rôle de porte-parole est toujours l’un des plus ingrats dans une présidentielle: si le candidat gagne, c’est grâce au candidat. S’il perd, c’est à cause de ses collaborateurs...
 
Merci à tous pour vos questions. Ce tchat était une première pour nous deux. Un plaisir! Bonne lecture du “Naufragé” et à bientôt!
 
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Présentation du chat:
 
Jusqu'au bout, Nicolas Sarkozy a cru qu’il pouvait faire mentir les sondages et battre le candidat socialiste, François Hollande. Le 6 mai, le résultat a été cinglant, il a perdu la partie.
 
Dans «Le naufragé, l’histoire secrète d’une descente aux Enfers» publié ce 11 mai aux Editions Flammarion, Jérôme Chapuis et Benjamin Sportouch, respectivement journalistes à RTL et L'Express, ont réalisé des dizaines d'entretiens qui permettent de lever le voile sur les conversations secrètes, les rivalités entre conseillers occultes, les doutes de la majorité présidentielle qui ont émaillé la campagne.
 
Qu'est-ce qui a précipité la chute de Nicolas Sarkozy? Pouvait-il vraiment gagner? Quel a été le rôle joué par les proches du président sortant?
 

 

Cédric Garrofé
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